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Mercredi 14 Octobre 2026
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Aéronautique : les compétences locales, un maillon essentiel de la montée en gamme

Comment faire des talents marocains les moteurs de la montée en gamme de l’aéronautique nationale ? Au-delà des besoins de recrutement, la question engage la formation, l’évolution des métiers et la capacité des ingénieurs à prendre part à la conception des systèmes et à la maîtrise des technologies. La Journée Talents du Marrakech Airshow 2026 a lancé la réflexion sur le lien entre capital humain et ambition industrielle : celui qui sépare la capacité à produire de la maîtrise des savoir-faire.

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Les avancées de l’industrie aéronautique marocaine devraient se mesurer aussi à l’aune des activités développées sur le territoire, des technologies maîtrisées et des savoir-faire acquis. La Journée Talents organisée dans le cadre du Marrakech Air Show 2026 a mis en lumière une question centrale pour le Made in Morocco : comment faire de la fabrication locale un levier de maîtrise technologique ? Pour Taoufiq Moucharraf, secrétaire général du ministère de l’Industrie et du commerce et président de l’Association des Salons du spatial, de l’aéronautique et de la défense (ASSAD), l’enjeu dépasse la simple réponse aux besoins des recruteurs. Il s’agit d’anticiper les besoins des entreprises, de transmettre les savoir-faire et de préparer les nouvelles générations à des responsabilités qui ne se limitent pas à l’exécution. L’avenir du Made in Morocco dépend aussi de cette capacité à former des professionnels aptes à concevoir, développer et faire évoluer les technologies produites au Maroc, a-t-il insisté.

Anticiper les besoins plutôt que courir derrière les recrutements

La filière aéronautique marocaine aborde désormais une étape où la croissance des activités appelle une attention accrue aux compétences qui la soutiennent. Hamid Benbrahim El Andaloussi, président de la zone d’accélération industrielle Midparc et président d’honneur du Groupement des industries marocaines aéronautiques et spatiales (GIMAS), en a rappelé les trois défis majeurs : augmenter les capacités de production pour répondre à une demande croissante, anticiper la décarbonation du transport aérien et disposer des compétences nécessaires pour accompagner ces mutations.

Ces trois défis placent les ressources humaines au cœur d’une des ambitions industrielles du Maroc. Il faut en effet pouvoir compter sur des profils qualifiés, capables de répondre aux exigences de précision et de qualité propres au secteur. Quant à la transition environnementale, elle élargit encore le champ des savoir-faire à acquérir et des technologies à maîtriser. À mesure que les impératifs industriels se diversifient, les qualifications attendues évoluent elles aussi.

Dès lors, la gestion des ressources humaines ne saurait se limiter à pourvoir les postes vacants au fur et à mesure des besoins. Elle suppose d’anticiper les métiers qui se dessinent, de repérer les compétences à renforcer et de préparer les parcours professionnels qui permettront de les développer. L’enjeu est ainsi de ne pas laisser les besoins en compétences courir derrière la croissance, mais de les préparer en amont, afin que les entreprises disposent des qualifications nécessaires aux différentes étapes de leur développement.

Cette anticipation engage aussi la complémentarité des profils et la transmission des savoir-faire. Une filière qui élargit ses activités a besoin de compétences diversifiées, mais aussi de la capacité à les faire progresser, à les articuler entre elles et à renouveler les connaissances au rythme des évolutions techniques. C’est dans cette continuité, entre les besoins immédiats de l’industrie et la préparation des compétences futures, que se joue une part de sa capacité à soutenir durablement sa croissance.

Former aujourd’hui aux métiers de demain

Mohammed Ben Al Allam, directeur des ressources humaines et HSE Maroc chez Safran, a insiste sur l’impératif de préparer des ressources capables de relever les défis d’aujourd’hui et de demain. Les besoins de l’aéronautique s’étendent désormais, dit-il, à des domaines tels que l’énergie, les matériaux, le numérique et l’intelligence artificielle, tandis que la transition environnementale ouvre de nouvelles perspectives aux jeunes générations. «L’aéronautique de 2050 se construit aujourd’hui», relève M. Ben Al Allam tout en soulignant l’importance de l’anticipation dans la préparation des talents. Les compétences à développer aujourd’hui détermineront, en partie, la capacité des équipes de demain à concevoir, à maîtriser et à faire progresser les technologies de l’industrie aéronautique.

Au-delà de l’emploi, la place dans la conception

La montée en gamme industrielle se joue aussi dans la place accordée aux compétences locales, de la conception d’un produit jusqu’à sa fabrication. «Un drone est un produit, mais une usine est une capacité», souligne Natasha Villaceran, Global Head of Talent de Harmattan AI. L’ambition donc est de faire en sorte le Maroc ne soit pas seulement le lieu où ces systèmes sont fabriqués, mais aussi celui où ils sont conçus et développés par des équipes locales. Elle rappelle à cet égard que le projet industriel porté par le groupe associe une usine, un centre de recherche et développement et des coopérations avec les universités.

Amir Benmahjoub, General Manager Morocco, précise pour sa part que pour constituer ses équipes, l’entreprise s’appuie notamment sur les universités marocaines, tout en restant ouverte aux Marocains de la diaspora et aux profils internationaux prêts à s’installer dans le Royaume. Pour lui, l’enjeu est de faire de cette diversité de compétences une force collective. Lorsque les ingénieurs locaux prennent part aux choix techniques dès l’amont, leur contribution ne se limite plus à l’exécution ou à l’assemblage : elle participe à la conception et à l’évolution des systèmes. Le Made in Morocco gagne alors en profondeur, en associant à la fabrication sur le territoire les savoir-faire qui permettent d’en maîtriser les fondements techniques.

Des parcours professionnels à la mesure des ambitions

La diversité des compétences recherchées apparaît également dans les perspectives de Royal Air Maroc. Le contrat-programme signé en 2023 avec l’État prévoit de faire passer la flotte de la compagnie nationale de 50 à 200 avions à l’horizon 2037. Une telle ambition concerne un large éventail de métiers : personnel navigant, personnel au sol, fonctions transversales et spécialités propres au transport aérien. Pour El Mehdi Skalli, Manager Recrutement de Royal Air Maroc, le capital humain est indispensable à la réussite de ce programme. «On n’arrivera à réussir le plan de développement qu’à travers le capital humain», a-t-il souligné. La compagnie entend notamment attirer les jeunes diplômés marocains, y compris ceux de la diaspora qui souhaitent revenir travailler au Maroc.

Au-delà des qualifications techniques propres à certains postes, M. Skalli a également mis l’accent sur les compétences interpersonnelles, l’intelligence émotionnelle, le sérieux et l’engagement. Ces qualités rappellent que la performance collective ne dépend pas uniquement de la maîtrise d’un métier. Elle repose également sur la capacité à travailler avec les autres, à assumer ses responsabilités et à évoluer au sein d’une organisation. L’exemple de Royal Air Maroc élargit ainsi la réflexion au-delà des profils d’ingénieurs et des métiers de haute technicité. L’aéronautique repose sur une pluralité de fonctions, dont la complémentarité conditionne le fonctionnement des entreprises. Pour les ressources humaines, le défi consiste à rendre ces parcours lisibles, à attirer des profils diversifiés et à permettre aux compétences de se développer en fonction des besoins du secteur.

La Journée Talents du Marrakech Airshow prend ici tout son sens : rapprocher les entreprises des jeunes générations ne suffit pas à lui seul. Il faut également rendre visibles les métiers, expliciter les qualifications recherchées et donner aux futurs professionnels une idée des responsabilités auxquelles ils pourront accéder.
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