Convertir 1 million d’hectares de terres céréalières à l’agriculture de conservation d’ici 2030 : c’est l’un des objectifs phares de la stratégie Génération Green 2020-2030, dont l’un des axes centraux vise à répondre à la dégradation des sols, au stress hydrique et au changement climatique. Mais entre l’ambition affichée et la réalité des exploitations, l’écart reste considérable, révèle une étude publiée dans la revue «Agricultural Systems» par une équipe associant le Centre international de hautes études agronomiques méditerranéennes (CIHEAM-IAMM), l’International Center for Agricultural Research in the Dry Areas (ICARDA), l’Institut agronomique et vétérinaire Hassan II, ainsi que les Universités du Queensland d’Alberta et le Centre de recherche allemand ZALF. Leur travail, mené à partir d’une enquête de terrain auprès de 3.589 foyers agricoles répartis dans neuf régions du Royaume, propose la cartographie la plus fine à ce jour de la préparation réelle des exploitants marocains à ce virage agronomique.
Dans un second temps, ces quatre profils ont été croisés avec un indice de «disposition» (Readiness) à l’agriculture de conservation, construit à partir de variables comportementales, informationnelles et institutionnelles : perception de l’utilité de la pratique, accès au Conseil agricole, connaissance effective des techniques, usage d’outils numériques, vulnérabilité perçue au changement climatique, ou encore intégration de légumineuses dans les rotations. L’indice, noté de 0 à 100, permet de situer chaque type d’exploitation sur une échelle de préparation au changement de pratique.
Localisées dans les plaines fertiles de Casablanca-Settat et du Fès-Meknès, spécialisées à 82% dans les céréales, elles affichent le meilleur score de disposition de tout l’échantillon : 49,8%. Leurs exploitants, plus âgés en moyenne, se distinguent par un usage fréquent d’applications mobiles pour accéder à l’information climatique et par une perception très favorable de l’utilité de l’agriculture de conservation. Les petites exploitations de subsistance (30,2% de l’échantillon). Les plus petites surfaces de l’échantillon (3,7 hectares), gérées par les exploitants les plus jeunes, avec une production quasi exclusivement tournée vers les céréales (89%) et peu de diversification. Leur disposition reste faible (28,8%), avec un accès au Conseil agricole limité (23,5%) et une vulnérabilité perçue au changement climatique étonnamment basse malgré des sols souvent salins. Les exploitations céréalières spécialisées (17,7% de l’échantillon, le Groupe le plus restreint). De grandes exploitations (7,9 hectares) aux familles nombreuses, avec le taux de spécialisation céréalière le plus élevé (91%). C’est le Groupe le moins préparé de tous, avec un indice de disposition de seulement 10,6% – un déficit quasi généralisé sur l’ensemble des variables comportementales et informationnelles mesurées.
Une méthode à double niveau: structure des exploitations et disposition au changement
L’originalité de l’étude tient à son architecture en deux temps. Les chercheurs ont d’abord construit une typologie des exploitations marocaines à partir de douze variables structurelles et fonctionnelles – surface cultivée, âge de l’exploitant, taille du foyer, système d’irrigation, part des céréales dans la production, usage de la paille, problèmes de sol, sources d’information climatique, entre autres – en recourant à une analyse factorielle de données mixtes couplée à une classification hiérarchique. Cette étape a permis de dégager quatre profils-types d’exploitations.Dans un second temps, ces quatre profils ont été croisés avec un indice de «disposition» (Readiness) à l’agriculture de conservation, construit à partir de variables comportementales, informationnelles et institutionnelles : perception de l’utilité de la pratique, accès au Conseil agricole, connaissance effective des techniques, usage d’outils numériques, vulnérabilité perçue au changement climatique, ou encore intégration de légumineuses dans les rotations. L’indice, noté de 0 à 100, permet de situer chaque type d’exploitation sur une échelle de préparation au changement de pratique.
Quatre modèles agricoles aux trajectoires très différentes
Le croisement des deux niveaux d’analyse dessine une géographie agricole contrastée, loin de l’image d’un monde paysan marocain homogène. Les exploitations diversifiées (21,6% de l’échantillon). Concentrées dans la région de Béni Mellal-Khénifra, ce sont les plus grandes exploitations de l’échantillon (8,2 hectares en moyenne), irriguées par aspersion, gérées par des exploitants d’âge moyen disposant de peu de main-d’œuvre familiale. Malgré des atouts structurels – taille, irrigation, expérience – leur indice de disposition reste modéré (32,4%), plombé par un accès quasi inexistant au Conseil agricole (6%) et une connaissance très limitée de l’agriculture de conservation. Les exploitations céréalières irriguées au goutte-à-goutte (30,4% de l’échantillon, le Groupe le plus nombreux).Localisées dans les plaines fertiles de Casablanca-Settat et du Fès-Meknès, spécialisées à 82% dans les céréales, elles affichent le meilleur score de disposition de tout l’échantillon : 49,8%. Leurs exploitants, plus âgés en moyenne, se distinguent par un usage fréquent d’applications mobiles pour accéder à l’information climatique et par une perception très favorable de l’utilité de l’agriculture de conservation. Les petites exploitations de subsistance (30,2% de l’échantillon). Les plus petites surfaces de l’échantillon (3,7 hectares), gérées par les exploitants les plus jeunes, avec une production quasi exclusivement tournée vers les céréales (89%) et peu de diversification. Leur disposition reste faible (28,8%), avec un accès au Conseil agricole limité (23,5%) et une vulnérabilité perçue au changement climatique étonnamment basse malgré des sols souvent salins. Les exploitations céréalières spécialisées (17,7% de l’échantillon, le Groupe le plus restreint). De grandes exploitations (7,9 hectares) aux familles nombreuses, avec le taux de spécialisation céréalière le plus élevé (91%). C’est le Groupe le moins préparé de tous, avec un indice de disposition de seulement 10,6% – un déficit quasi généralisé sur l’ensemble des variables comportementales et informationnelles mesurées.
