Au Maroc, l’agriculture de précision en est à ses premiers pas. C’est le principal enseignement d’une enquête de l’Institut agronomique et vétérinaire Hassan II (IAV), qui a interrogé des entreprises proposant capteurs, logiciels, drones et systèmes d’aide à la décision. Trois constats s’en dégagent. Le marché existe et se structure, avec une offre dominée par les capteurs (60% des entreprises), les logiciels de gestion (53%) et les systèmes d’aide à la décision (43%). Mais sa clientèle reste toutefois celle des grandes exploitations : 87% des entreprises citent les exploitants de 100 hectares et plus parmi leurs clients. Enfin, trois freins reviennent avec insistance : le coût de l’investissement, la faiblesse des revenus agricoles et la dépendance des exploitations aux subventions publiques.
Un secteur jeune, à deux vitessesL’enquête a recensé des acteurs de deux natures. D’un côté, des entreprises installées de longue date : 37% des répondantes ont été créées avant 2000 et près de 47% avant 2010. Il s’agit surtout de sociétés de taille moyenne ou grande, actives dans l’irrigation, qui ont fait évoluer leur gamme. Environ 14% d’entre elles sont d’origine étrangère. De l’autre, des start-up et petites structures, plus récentes (20% ont rejoint le marché après 2020), qui apportent des solutions innovantes en protection des cultures, irrigation, fertilisation et gestion. La précision n’est pas, pour autant, le métier central de la majorité puisque 43% des entreprises la décrivent comme leur activité principale et que 57% la classent comme un segment parmi d’autres. Leur offre mêle prestations techniques (73%), distribution et importation d’équipements (67% chacune), conseil (57%) et formation (50%). Seules 37% fabriquent du matériel.
Des clients plutôt grands, des régions inégalement serviesLes entreprises décrivent une clientèle dominée par les exploitations de plus de 10 hectares. Ces dernières ne représentent pourtant, selon les auteurs, que 13% des exploitations marocaines, 83% ayant moins de 10 hectares. Les petites structures ne sont pas absentes : 39% des entreprises disent compter des clients de moins de 5 hectares, qui accèdent surtout à la technologie par les services de drones. La diffusion reste partielle à l’intérieur même des exploitations. Environ 35% des entreprises indiquent que leurs clients appliquent la précision sur 60 à 80% de leur surface, et 22% sur la totalité. En revanche, certaines entreprises voient des exploitants qui ne l’utilisent que sur moins de 20% de leurs terres. Côté portefeuille, 43,5% des entreprises servent plus de 100 exploitations, tandis que 21,7% en comptent moins de dix. Géographiquement, Souss-Massa fait figure de locomotive : 77% des entreprises la citent comme la région où ces technologies sont le mieux adoptées, grâce à ses grands projets d’investissement agricole et à ses coopératives. Rabat-Salé-Kénitra affiche une adoption moyenne à élevée (40% des répondants), portée par l’arboriculture moderne. Fès-Meknès, Casablanca-Settat et Marrakech-Safi affichent un taux d’adoption moyen. Les cultures les plus concernées sont l’horticulture et l’arboriculture (87,5% des entreprises chacune), devant les grandes cultures (78,8%) et la betterave sucrière (66,7%).
Ce qui bloque : coût, revenus et subventionsLes freins se répartissent en quatre familles. Sur le plan technologique, le coût de l’investissement arrive nettement en tête (63%). Viennent ensuite le manque de main-d’œuvre qualifiée (37%), l’insuffisance de formation (30%) et la complexité d’usage (27%). Certains répondants expliquent ces prix élevés par l’absence, sur le marché national, de la matière première nécessaire à la fabrication des outils. Sur le plan des exploitations, le revenu agricole est le premier obstacle, cité par plus de 65% des entreprises, devant la taille de l’exploitation (42%) et son niveau de mécanisation (38,5% dans le tableau des résultats). Les auteurs y voient l’effet de l’incertitude sur la production et la commercialisation. Côté exploitants, le niveau d’éducation (59%) et la dépendance aux subventions (56%) dominent, devant l’âge (41%). Les entreprises utilisatrices de drones ajoutent des contraintes propres : zones mal couvertes par le réseau, proximité de sites militaires ou d’aéroports où le vol est restreint. Sur le plan institutionnel, la dépendance aux subventions est le premier obstacle, citée par 72% des entreprises, loin devant l’accès au crédit et les taux d’intérêt, ou la réglementation (32% chacun). Les auteurs notent que les technologies de précision ne sont, à ce jour, pas subventionnées par le Fonds de développement agricole, qui a pourtant encouragé l’adoption d’autres techniques, comme le goutte-à-goutte et la mécanisation. Le secteur des drones est, lui, étroitement encadré : licences d’importation et autorisations de vol renouvelables sont exigées pour des raisons de sécurité.
Un secteur jeune, à deux vitessesL’enquête a recensé des acteurs de deux natures. D’un côté, des entreprises installées de longue date : 37% des répondantes ont été créées avant 2000 et près de 47% avant 2010. Il s’agit surtout de sociétés de taille moyenne ou grande, actives dans l’irrigation, qui ont fait évoluer leur gamme. Environ 14% d’entre elles sont d’origine étrangère. De l’autre, des start-up et petites structures, plus récentes (20% ont rejoint le marché après 2020), qui apportent des solutions innovantes en protection des cultures, irrigation, fertilisation et gestion. La précision n’est pas, pour autant, le métier central de la majorité puisque 43% des entreprises la décrivent comme leur activité principale et que 57% la classent comme un segment parmi d’autres. Leur offre mêle prestations techniques (73%), distribution et importation d’équipements (67% chacune), conseil (57%) et formation (50%). Seules 37% fabriquent du matériel.
Irrigation et fertilisation en tête, drones en embuscade
Côté applications, l’irrigation et la fertilisation de précision sont proposées chacune par 53% des entreprises, devant le traitement phytosanitaire (47%), le suivi de la végétation (33%) et le semis de précision (23%). Ce dernier concerne surtout les cultures maraîchères. Les machines agricoles connectées et dotées de positionnement restent marginales : seules deux entreprises en équipent leurs engins. La demande confirme la hiérarchie. Parmi les entreprises qui disent avoir des clients pour ces services, 65% désignent l’irrigation comme prestation la plus demandée, devant la protection des cultures et les systèmes d’aide à la décision (48% chacun), puis la fertilisation (43,5%). Les drones, proposés par 40% des entreprises, se développent par la prestation de service : les sociétés qui en possèdent vendent des traitements ou des épandages réalisés par leurs pilotes, ce qui permet aux agriculteurs d’essayer la technologie à moindre coût, sans l’acheter. Dans ce tableau, l’élevage reste le parent pauvre : seules 7% des entreprises proposent des outils adaptés aux productions animales, principalement des capteurs de suivi de la reproduction et des logiciels de gestion de troupeau.Des clients plutôt grands, des régions inégalement serviesLes entreprises décrivent une clientèle dominée par les exploitations de plus de 10 hectares. Ces dernières ne représentent pourtant, selon les auteurs, que 13% des exploitations marocaines, 83% ayant moins de 10 hectares. Les petites structures ne sont pas absentes : 39% des entreprises disent compter des clients de moins de 5 hectares, qui accèdent surtout à la technologie par les services de drones. La diffusion reste partielle à l’intérieur même des exploitations. Environ 35% des entreprises indiquent que leurs clients appliquent la précision sur 60 à 80% de leur surface, et 22% sur la totalité. En revanche, certaines entreprises voient des exploitants qui ne l’utilisent que sur moins de 20% de leurs terres. Côté portefeuille, 43,5% des entreprises servent plus de 100 exploitations, tandis que 21,7% en comptent moins de dix. Géographiquement, Souss-Massa fait figure de locomotive : 77% des entreprises la citent comme la région où ces technologies sont le mieux adoptées, grâce à ses grands projets d’investissement agricole et à ses coopératives. Rabat-Salé-Kénitra affiche une adoption moyenne à élevée (40% des répondants), portée par l’arboriculture moderne. Fès-Meknès, Casablanca-Settat et Marrakech-Safi affichent un taux d’adoption moyen. Les cultures les plus concernées sont l’horticulture et l’arboriculture (87,5% des entreprises chacune), devant les grandes cultures (78,8%) et la betterave sucrière (66,7%).
Ce qui pousse : le climat, le coût des intrants, le marché
Interrogées sur les moteurs de cette arrivée, les entreprises placent en tête des facteurs extérieurs l’atténuation des effets du changement climatique (59%), devant la hausse du coût des intrants, semences, produits phytosanitaires et engrais (52%), et l’adaptation aux exigences des marchés internationaux (44%). La sécheresse structurelle, qui a touché aussi bien les cultures pluviales que les zones irriguées, est mise en avant. Les auteurs rappellent qu’elle a contribué à un recul de plus de 15% de la valeur ajoutée agricole, avec un ralentissement de la croissance en 2022. Parmi les facteurs propres au contexte national, l’adaptation aux exigences du marché intérieur en quantité, qualité et diversification arrive en tête (40%), suivie de la perception du changement climatique par les agriculteurs et de l’alignement sur les tendances du marché (37% chacune). L’influence des voisins compte aussi : 33% des entreprises estiment que les agriculteurs se laissent convaincre par l’expérience des autres. Les répondants évoquent par ailleurs le besoin de gérer la main-d’œuvre, dont ils soulignent la disponibilité, le coût et la qualité.Ce qui bloque : coût, revenus et subventionsLes freins se répartissent en quatre familles. Sur le plan technologique, le coût de l’investissement arrive nettement en tête (63%). Viennent ensuite le manque de main-d’œuvre qualifiée (37%), l’insuffisance de formation (30%) et la complexité d’usage (27%). Certains répondants expliquent ces prix élevés par l’absence, sur le marché national, de la matière première nécessaire à la fabrication des outils. Sur le plan des exploitations, le revenu agricole est le premier obstacle, cité par plus de 65% des entreprises, devant la taille de l’exploitation (42%) et son niveau de mécanisation (38,5% dans le tableau des résultats). Les auteurs y voient l’effet de l’incertitude sur la production et la commercialisation. Côté exploitants, le niveau d’éducation (59%) et la dépendance aux subventions (56%) dominent, devant l’âge (41%). Les entreprises utilisatrices de drones ajoutent des contraintes propres : zones mal couvertes par le réseau, proximité de sites militaires ou d’aéroports où le vol est restreint. Sur le plan institutionnel, la dépendance aux subventions est le premier obstacle, citée par 72% des entreprises, loin devant l’accès au crédit et les taux d’intérêt, ou la réglementation (32% chacun). Les auteurs notent que les technologies de précision ne sont, à ce jour, pas subventionnées par le Fonds de développement agricole, qui a pourtant encouragé l’adoption d’autres techniques, comme le goutte-à-goutte et la mécanisation. Le secteur des drones est, lui, étroitement encadré : licences d’importation et autorisations de vol renouvelables sont exigées pour des raisons de sécurité.
