Menu
Search
Mardi 22 Septembre 2026
S'abonner
close

Bank Al-Maghrib maintient son taux directeur à 2,25% pour la sixième fois consécutive

À l’issue de sa troisième réunion de l’année 2026, le Conseil de Bank Al-Maghrib a décidé de maintenir le taux directeur à 2,25%, prolongeant ainsi le statu quo monétaire entamé en juin 2025. Cette décision intervient dans un contexte marqué par une inflation qui devrait rester modérée à moyen terme et par la consolidation attendue de l’activité économique, notamment hors agriculture.

No Image
Le Conseil de Bank Al-Maghrib a tenu le mardi 22 septembre sa troisième réunion trimestrielle de l’année 2026. Lors de cette session, il a analysé l’évolution de la conjoncture économique, les développements récents sur les plans externe et interne, ainsi que les projections macroéconomiques à moyen terme de la banque centrale. Au niveau international, le Conseil a relevé la recrudescence des hostilités au Moyen-Orient et l’enlisement du conflit russo-ukrainien, qui exacerbent les perturbations des chaînes de production et d'approvisionnement notamment des produits énergétiques et alimentaires, ainsi que de certains intrants essentiels. Il en résulte une montée, accompagnée d’une forte volatilité, des cours des matières premières et une nette accélération de l’inflation. En revanche, la croissance mondiale reste relativement résiliente, soutenue notamment par l’essor des investissements liés à l’intelligence artificielle (IA), ainsi que par la hausse des dépenses publiques, en particulier dans le domaine de la défense.



Sur le plan national, l’impact de l’environnement externe défavorable est perceptible sur les importations des produits énergétiques et sur le rythme d’activité de certaines industries dépendantes d’intrants importés. En revanche, l’effet de la flambée des cours de l’énergie sur les prix domestiques reste limité, atténué par les subventions accordées aux professionnels du transport routier et par le maintien des prix du gaz butane et de l’électricité. Dans ces conditions, et en raison de la baisse des prix de certains produits alimentaires, l’inflation est restée faible, s’établissant à 0,3% en moyenne sur les huit premiers mois de l’année. Elle devrait ressortir à 0,7% sur l’ensemble de l’année 2026 et augmenter à 1,5% en 2027, tirée par sa composante sous-jacente. Celle-ci connaitrait, en effet, une accélération de -0,2% cette année à 2,2% en 2027, reflétant la dissipation de l’impact de la contraction de sa composante alimentaire, notamment les prix de l’huile d’olive, et la persistance de l’inflation importée à un niveau relativement élevé.

Par ailleurs, les anticipations d’inflation sont restées bien ancrées. Les experts du secteur financier, interrogés au cours du troisième trimestre de 2026 dans le cadre de l’enquête trimestrielle de Bank Al-Maghrib, tablent sur un taux moyen de 2,1% à l’horizon de 8 trimestres et de 2,2% pour celui de 12 trimestres.

Le Conseil considère que les incertitudes pesant sur les perspectives économiques demeurent à un niveau très élevé. Sur le plan externe, elles découlent de la persistance des conflits et des fortes tensions géoéconomiques, des inquiétudes grandissantes concernant l’approvisionnement en produits énergétiques et alimentaires ainsi qu’en intrants essentiels, des répercussions de l’envolée des rendements souverains sur les marchés financiers, ainsi que des manifestations de plus en plus prononcées du changement climatique. Au niveau interne, elles sont liées aux conditions climatiques et à l’orientation future de la politique économique.

Une croissance de 4,4% en 2026 avant un ralentissement en 2027

Au niveau national, Bank Al-Maghrib prévoit un rebond de 16% de la valeur ajoutée agricole en 2026, tenant compte d’une récolte céréalière estimée par le Département de l’Agriculture à 93 millions de quintaux. Elle reculerait toutefois de 7,6% en 2027, sous l’hypothèse d’un retour à une récolte moyenne de 50 millions de quintaux. Pour les activités non agricoles, la croissance ralentirait de 4,5% en 2025 à 3,1% en 2026, en raison notamment d’une évolution moins favorable que prévu des industries extractives et manufacturières, avant de remonter à 4% en 2027. Au total, la croissance de l’économie marocaine passerait de 4,9% en 2025 à 4,4% en 2026, puis à 2,9% en 2027.

Plus de 400.000 emplois créés au deuxième trimestre

Malgré la décélération de la croissance, le marché du travail a poursuivi la dynamique observée au cours des trimestres précédents. Selon l’enquête du HCP relative au deuxième trimestre 2026, l’économie a créé 406.000 emplois en glissement annuel.

Le taux de chômage au sens strict a ainsi reculé à 9,5% au niveau national. Il s’est établi à 11,9% dans les villes et à 5,4% en milieu rural.

Le déficit courant se creuserait à 4,6% du PIB

Sur le volet des comptes extérieurs, la hausse des prix des produits pétroliers et de certains intrants, conjuguée au maintien des importations de biens d’équipement à des niveaux élevés, continuerait de peser sur la balance commerciale. La facture énergétique devrait ainsi bondir de 28,4% à 138,1 milliards de dirhams en 2026, avant de revenir à 116 milliards en 2027. Les achats de produits bruts augmenteraient de 53,4% cette année et de 8,3% l’année suivante.

Les acquisitions de biens d’équipement progresseraient, pour leur part, de 15,6% en 2026, puis de 8,8% en 2027, pour atteindre 250,7 milliards de dirhams. À l’export, les expéditions automobiles reprendraient progressivement après leur quasi-stabilité en 2025, pour atteindre 202,2 milliards de dirhams en 2027. Les ventes de phosphates et dérivés progresseraient de 9,7% en 2026, notamment sous l’effet de l’envolée des cours des engrais, puis de 12,1% en 2027, à 122,6 milliards de dirhams.

Parallèlement, les recettes voyages poursuivraient leur progression pour atteindre 160 milliards de dirhams en 2027, tandis que les transferts des MRE se consolideraient à 136,3 milliards. Dans ces conditions, le déficit du compte courant passerait de 2,4% du PIB en 2025 à 4,6% en 2026, avant de revenir à 3% en 2027.

Les recettes d’IDE représenteraient annuellement l’équivalent de 3,5% du PIB. En tenant compte notamment des financements extérieurs prévus du Trésor, les avoirs officiels de réserve atteindraient 502,8 milliards de dirhams fin 2026, puis 515,3 milliards fin 2027, soit l’équivalent de cinq mois et demi d’importations de biens et services.

Le crédit bancaire accélérerait à 8,1%

Concernant les conditions monétaires, le besoin de liquidité des banques devrait progressivement s’accentuer, principalement sous l’effet de la hausse prévue de la circulation fiduciaire, pour atteindre 168,2 milliards de dirhams en 2027.

Le crédit bancaire au secteur non financier devrait, selon les projections de Bank Al-Maghrib et les anticipations du système bancaire, accélérer nettement, passant de 4,8% en 2025 à 8,1% en 2026, avant de ralentir à 6,1% en 2027.

Après une appréciation de 2% en 2025, le taux de change effectif réel du dirham devrait se déprécier de 4,1% en 2026 et de 2% en 2027. Les évaluations trimestrielles de Bank Al-Maghrib indiquent toutefois que la monnaie nationale reste globalement alignée sur les fondamentaux économiques.

Un déficit budgétaire attendu à 3,4% du PIB

Enfin, sur le plan des finances publiques, l’exécution budgétaire des huit premiers mois de 2026 fait ressortir une hausse de 9,6% des recettes ordinaires, portée notamment par les recettes fiscales. Dans le même temps, les dépenses globales ont augmenté de 10,5%, essentiellement sous l’effet des dépenses de biens et services et des intérêts de la dette. En tenant compte de ces réalisations, de la Loi de Finances 2026, de la programmation budgétaire triennale 2026-2028, des 20 milliards de dirhams de crédits supplémentaires ouverts par le gouvernement en mai ainsi que des premières hypothèses du projet de Loi de Finances 2027, Bank Al-Maghrib prévoit un déficit budgétaire, hors produits de cession des participations de l’État, de 3,4% du PIB en 2026 et de 3,5% en 2027.
Lisez nos e-Papers