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Bilan touristique 2023 : Des performances à relativiser

A première vue, 13 millions de touristes à fin octobre 2023 est un bilan de bon augure pour l'année touristique 2023. Mais à y regarder de plus près, il s’agit plutôt d’une performance en trompe-l’œil selon Zoubir Bouhoute, économiste expert dans le domaine du tourisme. La preuve par les chiffres.

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La fin de l'année 2023 approche et c'est l'heure des bilans. Pour le tourisme, les voyants sont au vert, mais pas tous. «En 11 mois, 13,2 millions de touristes ont visité le Maroc, battant ainsi le record absolu de 12,9 millions de toute l’année de 2019», annonce fièrement le ministère du Tourisme dans un communiqué diffusé le 14 décembre dernier. Avec ce chiffre, l’activité a marqué une évolution de 36% par rapport à 2022. Des performances qui ont fait de 2023 une année de rupture et qui indiquent aussi que «le début de la concrétisation de la feuille de route 2023-2026 du tourisme est clairement en train de porter ses fruits», d’après la ministre Fatim-Zahra Ammor.



Cet enthousiasme serait toutefois à modérer selon Zoubir Bouhoute, expert dans le domaine du tourisme. Il estime qu’on peut se réjouir des résultats globaux, mais sans oublier que le diable se cache dans les détails. Des détails qui devrait pousser le ministère à ne pas trop verser dans l'autosatisfaction, même quand on sait que le Maroc est bien parti pour franchir cette année un cap historique avec 14 millions de touristes.

Une année de rupture, vraiment ?!



Pour commencer, l’expert avance que le fait d’établir une comparaison par rapport aux données de 2022, au lieu de 2019, fausse l’évaluation. «La progression de 36% mise en avant par le ministère est un chiffre biaisé. Car, rappelons-le, les frontières nationales sont restées fermées jusqu’au mois de février 2022 alors que la levée de l’obligation du test PCR à l’entrée du pays n’a été actée qu’au mois de mai suivant. Cela revient à comparer les chiffres de deux périodes inégales (plus ou moins 9 mois pour 2022 et 11 mois pour 2023). La vraie comparaison devrait se faire avec 2019, qui est d’ailleurs l’année de référence pour le secteur», fait remarquer l’expert. Suivant cette logique, le nombre des visiteurs n’aurait progressé que de 11% en 2023 par rapport à 2019.

Mais même cette légère amélioration est à mettre, en grande partie, à l’actif des Marocains du monde. Ces derniers constituent en effet plus de 50% des arrivées touristiques enregistrées à fin octobre de l’année en cours. «L'augmentation de 1,31 million d'arrivées réalisée durant les 11 premiers mois de 2023, par rapport à la même période de 2019, est principalement attribuable à l'arrivée massive des Marocains résidents à l’étranger (MRE). Leur nombre est passé de 5,47 millions en 2019 à 6,73 millions en 2023, soit une augmentation de 23%», détaille Zoubir Bouhoute qui appelle le ministère à être plus pointilleux dans l’analyse des statistiques.

Dans ce sens, la performance du secteur devrait être analysée plutôt à l’aune du nombre des touristes étrangers qui ont visité le Maroc. «La brillante performance du secteur s'estompe lorsque l'on réalise que le nombre de touristes étrangers en séjour a augmenté d’à peine de 57.000 arrivées supplémentaires, soit une maigre progression de 0,7%», signale-t-il.



L’autre indicateur à étudier selon lui est le volume des nuitées touristiques qui s’est amélioré de 11% pour se situer à 23,7 millions. A première vue, c’est plutôt une bonne nouvelle. Mais en allant plus en détails, on peut observer que les nuitées internationales sont malheureusement en recul. Selon les données disponibles, leur nombre a atteint 12,6 millions à fin septembre 2023, contre 13,1 millions pour la même période de 2019, soit une régression de 3%. Contrairement aux nuitées des résidents qui ont progressé de 10% pour se situer à 6,7 millions contre 6,1 à fin septembre 2019.

De plus, l’analyse des nuitées par nationalité indique que le pays est en recul sur certains de ses principaux marchés, notamment l’Allemagne (-53%), la Belgique (-16%) et les Pays-Bas (-8%). Les marchés français, espagnol, italien et britannique ont par contre progressé de 4%, 15%, 16% et 18% respectivement, sachant que la progression la plus significative a été enregistrée au niveau du marché américain, soit 25%.

«Les nuitées globales devrait progresser d’environ 12% à fin 2023 avec une contribution substantielle des nuitées des nationaux ainsi qu’une faible contribution des nuitées des touristes étrangers en séjour», précise Zoubir Bouhoute.

Des performances régionales (toujours) contrastées



L’analyse des performances régionales donne aussi matière à réfléchir sur l’efficacité des efforts menés tous azimuts. Les chiffres des arrivées et des nuitées par régions, qui s’arrêtent à fin septembre 2023, traduisent en effet les disparités qui existent entre les différentes régions du Royaume, aussi bien en termes de parts de marché qu’en termes d’évolutions.

Ainsi, la région de Marrakech-Safi a encore amélioré ses parts de marché qui sont passées de 33,4% en 2019 à plus de 35% en 2023 pour les arrivées et de 37,7% à 39,6% pour les nuitées. En revanche, les parts de la région de Souss-Massa se sont allégés pour s’établir en termes d’arrivées à environ 13,6% en 2023 contre près de 14% en 2019, et en termes de nuitées à 22,1% en 2023 contre près de 25% en 2019.



«Le grand perdant est sans nul doute la région de Draa-Tafilalet qui a perdu 30% de son activité et dont ses parts sont passées de 4,58% à 3% seulement en termes d’arrivées et de 2,21% à 1,53% en terme de nuitées», regrette Zoubir Bouhoute. «Cette dégringolade lui a fait perdre une place au classement au profit de la région de l’Oriental qui a amélioré ses parts de marché notamment en arrivées de 3,20% à 3,92% et de 3,50% à 3,57% en terme de nuitées», poursuit-il.

Le diagnostic révèle aussi des sous-performances pour la région de Fès-Meknès et même celle de Casablanca-Settat dont les parts de marché sont passées respectivement de 15,28% à 13,57% et de 10,89% à 9,82% en termes d’arrivées et de nuitées entre 2019 et 2023. «Casablanca-Settat a été délogée de sa troisième place par la région de Tanger-Tétouan Al-Hoceima. Cette dernière a pu améliorer ses parts de marchés pour passer de 12,26% à 13,64% et de 9,05% à 11,01% respectivement en termes d’arrivées et de nuitées», observe l’expert.

D’autres régions ont enregistré de légères améliorations tel que la région de Beni Mellal-Khénifra et les trois régions du Sud, la région de Guelmim-Oued Noun étant la dernière du classement.
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