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Samedi 18 Mai 2024
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Biocarburants pour l’aviation civile : le marché devra tripler en 2024

Le processus de décarbonation du ciel avance lentement mais sûrement. Selon une analyse de l’agence de notation internationale S&P, la croissance du marché des biocarburants pour l’aviation civile devrait tripler par rapport à ses niveaux de 2023 pour atteindre 1,875 milliard de litres, soit 1,5 million de tonnes métriques, en 2024. Ce niveau devra peser pour à peine 0,53% des besoins en carburant de l’aviation et 6% de la capacité en carburant renouvelable.

En décembre dernier, Royal Air Maroc et Afriquia SMDC avaient lancé le premier vol au départ de l’Afrique neutre en carbone et avitaillé en carburant d’aviation durable SAF.
En décembre dernier, Royal Air Maroc et Afriquia SMDC avaient lancé le premier vol au départ de l’Afrique neutre en carbone et avitaillé en carburant d’aviation durable SAF.
La croissance du marché des biocarburants dédiés à l’aviation civile devrait tripler par rapport à ses niveaux de 2023 pour atteindre 1,875 milliard de litres, soit 1,5 million de tonnes métriques, en 2024. C’est ce qui ressort d’une analyse de S&P. Mais ce n’est qu’une fraction des besoins en biocarburant de l’industrie aéronautique. Ce qui suggère, selon l’Agence de notation internationale, que les gouvernements ont encore du pain sur la planche dans ce secteur.Le niveau de 2024 devra peser pour à peine 0,53% des besoins en carburant de l’aviation et 6% de la capacité en carburant renouvelable.



La majeure partie du carburant d’aviation durable actuellement utilisé est produite par le procédé d’esters et d’acides gras hydrotraités (HEFA), similaire à la méthode utilisée pour fabriquer du diesel renouvelable. Selon l’analyse de S&P, les raffineurs privilégient cette approche, étant donné la possibilité de convertir l’équipement existant pour faire fonctionner et/ou co-traiter des matières premières renouvelables. Mais à mesure que le besoin de carburant d’aviation durable augmente, la méthode de production HEFA ne sera plus suffisante pour adresser la demande ou pour les mandats élargis de carburants à plus faible intensité de carbone. S&P estime qu’au cours de cette année, l’offre mondiale de carburant d’aviation durable atteindra 2,13 millions de tonnes métriques, dont 2,03 millions de tonnes seront produites en HEFA. La demande mondiale de carburant a toujours été en retard sur l’offre, avec une demande estimée à 1,24 million de tonnes métriques en 2023. Or la demande devrait atteindre 2,16 millions de tonnes métriques en 2024.

Selon S&P, le Japon et la Corée du Sud progressent dans la production et l’utilisation durables de carburant d’aviation. Le ministère japonais du Territoire, des infrastructures, des transports et du tourisme vise ainsi à transformer 10% de carburéacteurs conventionnels et jusqu’à 5,6 milliards de litres utilisés dans les aéroports en carburant d’aviation durable d’ici 2030. La Corée du Sud, quant à elle, établira des normes de qualité pour le carburant dédié à l’aviation durable et le carburant marin renouvelable en 2024 avant le début prévu des mandats de mélange en 2025 et 2026. Six vols de démonstration ont déjà été effectués avec du biocarburant dans des avions cargo entre l’aéroport d’Incheon à Séoul et Los Angeles.

Pour rappel, lors de la Conférence annuelle des Nations unies sur les changements climatiques en 2023 (COP 28), Lootah Biofuels et FatHopes Energy avaient signé un accord pour faire progresser la production et la distribution de carburant d’aviation durable au Moyen-Orient, en Afrique du Nord et en Asie du Sud-Est avec une installation prévue de stockage de déchets liquides et de matières résiduelles de 200.000 m³. «Nous visons à contribuer à la réduction des émissions dans l’industrie aéronautique en établissant une infrastructure robuste pour la production et la distribution de carburant d’aviation durable», avaient déclaré Vinesh Sinha, PDG de FatHopes Energy.

De même, plusieurs organisations à but non lucratif d’énergie propre ont également annoncé la mise en place d’un certificat de carburant d’aviation durable lors de la COP28 pour stimuler la production. Pour les analystes de S&P, bien que la croissance de la production durable de carburant d’aviation soit prometteuse, il reste encore du chemin à parcourir pour répondre à la demande et faire de ce carburant une alternative viable pour les vols long-courriers.

Rappelons qu’en décembre dernier, Royal Air Maroc (RAM) et Afriquia SMDC avaient lancé le premier vol au départ de l’Afrique neutre en carbone et avitaillé en carburant d’aviation durable SAF (Sustainable Aviation Fuels). Opéré en Boeing 787-9, le vol AT 505, dont le lancement coïncidait avec la tenue de la COP 28, a atterri à l’aéroport Blaise Diagne de Dakar, trois heures et demie après son décollage de l’aéroport Mohammed V de Casablanca. Le Dreamliner, qui avait à son bord 302 passagers, soit la totalité de sa capacité, a utilisé près de 9 tonnes de carburant d’aviation durable, soit 40% de la quantité nécessaire à la réalisation de ce vol, ce qui a permis d’éviter l’émission de près de 23 tonnes de CO2. En parallèle, les émissions de CO2 dues au reste du carburant classique utilisé pour ce vol (soit 60% du volume carburant) seront compensées par le transporteur aérien national, dans le cadre du programme de compensation volontaire carbone mené par la Fondation Mohammed VI pour la protection de l’environnement.

«Nous sommes fiers de lancer le premier vol avec du carburant d’aviation durable reliant deux pays africains. Cette opération s’inscrit dans le cadre des efforts que nous déployons pour contribuer au développement des recherches et des expériences menées par l’industrie, les chercheurs et les spécialistes afin de réduire considérablement l’impact carbone dans le secteur aérien», déclarait alors le président directeur général de RAM, Hamid Addou, cité dans le communiqué. La compagnie aérienne nationale est inscrite dans l’accélération du processus de décarbonation dans le transport aérien marocain, en s’engageant entièrement, au même titre que les grands leaders de l’industrie, pour atteindre l’objectif d’une neutralité carbone d’ici 2050, la première étape stratégique étant l’incorporation de 10% de SAF dès 2030.
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