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Jeudi 09 Avril 2026
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Emploi : le gouvernement mise sur «CAP Compétences 2030» pour transformer la formation professionnelle

Dans le sillage de la Feuille de route pour l’emploi et du nouveau modèle de développement, le Maroc prépare le programme «CAP Compétences 2030». Soutenu par la Banque africaine de développement, ce chantier stratégique vise à rendre la formation professionnelle plus accessible, plus qualitative et mieux adaptée aux besoins du marché, avec un accent particulier sur l’accélération de la digitalisation des services et l’accompagnement vers l’emploi et l’entrepreneuriat.

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Avec l’appui du Groupe de la Banque africaine de développement (BAD), le Maroc s’apprête à déployer le programme «CAP Compétences 2030» pour une formation professionnelle inclusive et durable. Financé dans le cadre d’un mécanisme de financement axé sur les résultats (FAR), ce programme ambitieux s’inscrit dans la droite ligne de la Feuille de route pour l’emploi, de la «Vision 2030» pour la réforme de la formation professionnelle ainsi que du nouveau modèle de développement.

Un programme ancré dans les réalités du marché du travail marocain

Le marché du travail marocain fait face à des déséquilibres structurels persistants. En 2024, le taux de chômage national atteignait 13,3%, avec 36,7% chez les jeunes. Près d’un jeune sur quatre se trouve en situation de NEET – ni en emploi, ni en études, ni en formation – soit 1,5 million de personnes âgées de 15 à 24 ans. La participation des femmes au marché du travail est tombée à 19,1%, l’un des taux les plus bas au niveau mondial. Le taux moyen d’insertion des diplômés dans le marché du travail avoisine 60%, bien qu’il varie selon les filières et les régions. Face à ce constat, le programme «CAP Compétences 2030» se donne pour objectif de contribuer à améliorer la pertinence, la qualité et la diversification de l’offre de formation, à digitaliser les services et le pilotage, et à développer l’apprentissage et l’accompagnement vers l’emploi salarié et l’auto-emploi.

Trois domaines de résultats structurants

Le programme s’articule autour de trois grands domaines de résultats. Le premier vise un accès inclusif et accru à une offre de formation alignée sur les besoins du marché. Il prévoit notamment la généralisation du programme «Tadaroj», dispositif central ancré dans la Loi 12-00, qui repose sur environ 80% de pratique en entreprise et 20% de formation théorique. L’objectif est d’ouvrir l’apprentissage et l’alternance au profit de 260.000 jeunes, dont 104.000 femmes, incluant les NEET et d’autres publics prioritaires tels que les non-diplômés, les diplômés et les jeunes en milieu rural. Le programme couvre plus de 200 métiers, de l’artisanat à l’agriculture, du tourisme à l’industrie et aux services, avec une subvention de 5.000 DH par apprenti et par an.



Ce premier domaine inclut également la création de deux instituts sectoriels stratégiques en partenariat public-privé : un Institut de l’eau et de l’assainissement à Fès, couvrant les études, les travaux de construction, les équipements, les curricula et la formation des formateurs ; et un pôle de formation aux métiers de l’aviation s’appuyant sur les instituts spécialisés des métiers de l’aéronautique et de la logistique aéroportuaire «Ismala 1» et «Ismala 2», en appui à la création d’une Académie marocaine des métiers de l’aviation. Il prévoit, enfin, l’orientation des effectifs de la formation professionnelle vers les secteurs porteurs tels que le tourisme, le BTP, le digital et l’aéronautique.

Le deuxième domaine porte sur un dispositif inclusif de formation-insertion et d’intermédiation ancré sur les besoins des entreprises. Il s’agit notamment de généraliser le programme «Taehil» pour couvrir 60.000 jeunes, afin de répondre rapidement aux besoins de recrutement des entreprises et de combler les écarts de compétences des demandeurs d’emploi et des salariés. Ce programme articule deux mécanismes : la formation contractualisée pour l’emploi, construite autour d’un poste défini en amont avec l’employeur, et la formation qualifiante ou de reconversion, orientée vers des métiers en tension ou émergents.

Ce domaine prévoit également la mise en place de 72 unités mobiles destinées à l’apprentissage et à la formation professionnelle en milieux ruraux, proposant des formations courtes et des services d’orientation vers l’emploi ou l’entrepreneuriat, ainsi que la création et l’aménagement de 24 centres d’orientation professionnelle (COP) répartis sur le territoire national. Un appui à la formalisation par la sensibilisation et l’accompagnement des unités informelles est également prévu.

Le troisième domaine est consacré à la transformation digitale, au renforcement institutionnel et des systèmes opérationnels. Il comprend la finalisation par le ministère de son système d’information, avec une connexion aux plateformes «Tadaroj» et «Taehil», ainsi que le développement de l’interopérabilité au niveau du département de la formation professionnelle et de l’offre de formation à distance. La redynamisation du centre de formation de formateurs à Temesna est également prévue, avec des équipements e-learning et des formations dans des domaines innovants tels que l’industrie 4.0, l’intelligence artificielle et la cybersécurité.

La transformation digitale de l’Agence nationale de promotion de l’emploi et des compétences (Anapec) constitue un volet central : digitalisation de l’offre de services, mise en place d’une agence virtuelle, développement d’outils numériques pour l’accompagnement des jeunes – profilage, orientation dynamique, auto-évaluation, e-coaching – et création d’une application mobile dédiée avec tableau de bord personnalisé.

Sur le plan du renforcement institutionnel, le programme prévoit l’amélioration de la gestion axée sur les résultats au niveau du département de la formation professionnelle. Il prévoit également des pilotes de contrats basés sur la performance dans la formation d’insertion et dans la collaboration avec les centres privés. S’ajoutent le renforcement du suivi de l’insertion du programme «Taehil», l’anticipation des besoins en compétences, ainsi que le développement d’une stratégie de la formation professionnelle incluant la coordination entre les partenaires techniques et financiers.

Un cadre de gouvernance à deux niveaux

La mise en œuvre du programme repose sur une gouvernance à deux niveaux. Le pilotage stratégique est assuré par le ministère de l’Économie et des finances qui préside un comité de pilotage regroupant les départements et institutions techniques impliqués, notamment l’Office de la formation professionnelle et de la promotion du travail (OFPPT) et l’Anapec. La coordination opérationnelle est confiée à une unité de gestion du programme logée au sein du ministère de l’Inclusion économique, de la petite entreprise, de l’emploi et des compétences.

Le programme vient directement appuyer plusieurs initiatives de la Feuille de route pour l’emploi qui vise notamment à ramener le taux de chômage à 9% d’ici 2030 avec la création de 1,45 million de nouveaux postes. Ces réformes sont soutenues par une enveloppe de 15 milliards de DH mobilisée déjà dans le cadre de la Loi de Finances 2025, dont 2 milliards dédiés au renforcement des programmes de promotion de l’emploi, montant qui sera reconduit chaque année de 2026 à 2029, portant à 10 milliards de DH l’enveloppe totale dédiée aux interventions ciblant l’apprentissage et l’insertion.
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