- Le Matin : Le passage à un secteur bancaire au capital entièrement marocain constitue-t-il, selon vous, un avantage en termes de résilience face aux chocs externes, ou cela peut-il au contraire réduire certains garde-fous liés à la présence d’actionnaires internationaux ?
- Jamal El Mellali et Ramy Habibi Alaoui : C’est une question centrale et à nuancer. La "marocanisation" du capital des banques peut en effet renforcer la stabilité actionnariale et l’alignement avec l’environnement macroéconomique et réglementaire local, dans un pays où le cadre prudentiel est solide et où les autorités disposent d’une expérience avérée de gestion des cycles. Les grandes banques marocaines affichent par ailleurs des fondamentaux robustes, avec des ratios CET1 de 200-220 points de base en moyenne au-dessus du minima règlementaire, et des activités de crédits largement financés par les dépôts domestiques et stables (environ 80% des ressources totales des banques).
En revanche, la sortie d’actionnaires internationaux peut réduire certains avantages, notamment l’accès privilégié au capital en cas de stress ainsi qu’à certaines expertises techniques, en particulier en matière de trade finance. Elle peut également limiter l’accès à la liquidité internationale, un point d’autant plus sensible que les conditions de financement en devises restent tendues dans plusieurs pays d’Afrique. Un actionnariat international s’accompagne aussi souvent de pratiques de gestion des risques plus conservatrices, ce que, en tant qu’agence de notation, nous considérons positivement.
En résumé, dans notre appréciation du secteur bancaire marocain, le facteur déterminant reste moins la nationalité du capital que la capacité intrinsèque des banques à absorber les chocs, à travers la solidité de leur capitalisation, de leur liquidité et de leur gestion des risques.
- Les banques marocaines vont-elles gagner en agilité stratégique et en alignement avec les priorités économiques nationales, ou risquent-elles de perdre en expertise et en accès aux réseaux financiers internationaux ?
La marocanisation du capital peut effectivement accroître l’agilité stratégique, en facilitant l’alignement avec les priorités économiques nationales, notamment en matière de financement de l’investissement, des infrastructures ou des PME. Elle peut également accélérer les prises de décision, en réduisant certaines contraintes (notamment en termes de gestion des fonds propres) liées aux stratégies de groupes étrangers. Sur la base d’expériences passées, au Maroc comme dans d’autres marchés émergents, la cession de banques détenues par des actionnaires étrangers à des investisseurs locaux tend à s’accompagner d’une accélération de la croissance, souvent liée à des politiques de classification des prêts et de provisionnement moins strictes et une appétence au risque plus élevée.
Cela étant dit, elle peut aussi entraîner un risque de moindre accès à certains réseaux financiers internationaux, que ce soit en termes de financement en devises, de partenariats techniques ou de benchmarks de gouvernance. Ce risque est toutefois atténué dans le cas des grandes banques marocaines, qui disposent déjà d’une gouvernance solide, de plateformes opérationnelles bien établies à l’international, notamment en Afrique, et d’un accès régulier au marché domestique, comme en témoignent leurs émissions récentes de dette subordonnée pour un montant cumulé de 6 milliards de dirhams pour l’année 2025 uniquement.
- Comment cette "marocanisation" du capital est-elle perçue par les investisseurs étrangers et les marchés internationaux ? Est-ce un signal de confiance ou un facteur d’incertitude ?
La perception par les investisseurs étrangers est globalement nuancée. D’un côté, la marocanisation du capital est souvent perçue comme un signal de maturité du système bancaire marocain, dans un pays bénéficiant du souverain le mieux noté en Afrique par Fitch. Les fondamentaux du secteur restent sains, avec une rentabilité moyenne (ROA) d’environ 1.3–1.5% et une bonne liquidité.
De l’autre, la sortie de groupes internationaux peut créer une incertitude à court terme, en particulier lorsque les notations intégraient une hypothèse explicite de soutien externe. Cette incertitude est généralement transitoire et tend à se dissiper une fois la nouvelle structure actionnariale stabilisée et la stratégie clarifiée.
Globalement, les investisseurs internationaux continuent de différencier les banques marocaines sur la base de leur profil de crédit intrinsèque, plutôt que sur le seul critère de l’origine du capital. Le Maroc dispose de l’un des systèmes bancaires les plus développés du continent africain, et les investisseurs savent en apprécier la profondeur, la solidité du cadre réglementaire et la résilience des acteurs du secteur, indépendamment de la domiciliation de l’actionnaire.
- Du point de vue d'agence de notation, ces changements d’actionnariat modifient-ils de manière significative l’évaluation du profil de crédit des banques concernées ?
De notre point de vue, les changements d’actionnariat peuvent effectivement avoir un impact sur les notations lorsque celles‑ci reposaient, en partie, sur des hypothèses de soutien de la part d’un actionnaire international. C’est dans ce contexte que Fitch a procédé à des dégradations de certaines notes nationales suite aux annonces récentes de cessions de banques marocaines par des groupes français.
En revanche, l’évaluation du profil de crédit intrinsèque des banques concernées est généralement peu affectée. Les principaux déterminants, qualité des actifs, capitalisation, rentabilité et liquidité, restent globalement sains. De plus, Bank Al-Maghrib a joué un rôle essentiel dans le renforcement de la résilience du système bancaire marocain ces dernières années, notamment à travers l’introduction de réformes prudentielles ciblant la qualité des actifs et la capitalisation des banques. La réforme la plus récente concerne la mise en place du SREP, qui exigera des établissements de crédit le maintien de coussins de fonds propres supplémentaires, renforçant ainsi leur capacité d’absorption des chocs et la solidité du système dans son ensemble.
- Jamal El Mellali et Ramy Habibi Alaoui : C’est une question centrale et à nuancer. La "marocanisation" du capital des banques peut en effet renforcer la stabilité actionnariale et l’alignement avec l’environnement macroéconomique et réglementaire local, dans un pays où le cadre prudentiel est solide et où les autorités disposent d’une expérience avérée de gestion des cycles. Les grandes banques marocaines affichent par ailleurs des fondamentaux robustes, avec des ratios CET1 de 200-220 points de base en moyenne au-dessus du minima règlementaire, et des activités de crédits largement financés par les dépôts domestiques et stables (environ 80% des ressources totales des banques).
En revanche, la sortie d’actionnaires internationaux peut réduire certains avantages, notamment l’accès privilégié au capital en cas de stress ainsi qu’à certaines expertises techniques, en particulier en matière de trade finance. Elle peut également limiter l’accès à la liquidité internationale, un point d’autant plus sensible que les conditions de financement en devises restent tendues dans plusieurs pays d’Afrique. Un actionnariat international s’accompagne aussi souvent de pratiques de gestion des risques plus conservatrices, ce que, en tant qu’agence de notation, nous considérons positivement.
En résumé, dans notre appréciation du secteur bancaire marocain, le facteur déterminant reste moins la nationalité du capital que la capacité intrinsèque des banques à absorber les chocs, à travers la solidité de leur capitalisation, de leur liquidité et de leur gestion des risques.
- Les banques marocaines vont-elles gagner en agilité stratégique et en alignement avec les priorités économiques nationales, ou risquent-elles de perdre en expertise et en accès aux réseaux financiers internationaux ?
La marocanisation du capital peut effectivement accroître l’agilité stratégique, en facilitant l’alignement avec les priorités économiques nationales, notamment en matière de financement de l’investissement, des infrastructures ou des PME. Elle peut également accélérer les prises de décision, en réduisant certaines contraintes (notamment en termes de gestion des fonds propres) liées aux stratégies de groupes étrangers. Sur la base d’expériences passées, au Maroc comme dans d’autres marchés émergents, la cession de banques détenues par des actionnaires étrangers à des investisseurs locaux tend à s’accompagner d’une accélération de la croissance, souvent liée à des politiques de classification des prêts et de provisionnement moins strictes et une appétence au risque plus élevée.
Cela étant dit, elle peut aussi entraîner un risque de moindre accès à certains réseaux financiers internationaux, que ce soit en termes de financement en devises, de partenariats techniques ou de benchmarks de gouvernance. Ce risque est toutefois atténué dans le cas des grandes banques marocaines, qui disposent déjà d’une gouvernance solide, de plateformes opérationnelles bien établies à l’international, notamment en Afrique, et d’un accès régulier au marché domestique, comme en témoignent leurs émissions récentes de dette subordonnée pour un montant cumulé de 6 milliards de dirhams pour l’année 2025 uniquement.
- Comment cette "marocanisation" du capital est-elle perçue par les investisseurs étrangers et les marchés internationaux ? Est-ce un signal de confiance ou un facteur d’incertitude ?
La perception par les investisseurs étrangers est globalement nuancée. D’un côté, la marocanisation du capital est souvent perçue comme un signal de maturité du système bancaire marocain, dans un pays bénéficiant du souverain le mieux noté en Afrique par Fitch. Les fondamentaux du secteur restent sains, avec une rentabilité moyenne (ROA) d’environ 1.3–1.5% et une bonne liquidité.
De l’autre, la sortie de groupes internationaux peut créer une incertitude à court terme, en particulier lorsque les notations intégraient une hypothèse explicite de soutien externe. Cette incertitude est généralement transitoire et tend à se dissiper une fois la nouvelle structure actionnariale stabilisée et la stratégie clarifiée.
Globalement, les investisseurs internationaux continuent de différencier les banques marocaines sur la base de leur profil de crédit intrinsèque, plutôt que sur le seul critère de l’origine du capital. Le Maroc dispose de l’un des systèmes bancaires les plus développés du continent africain, et les investisseurs savent en apprécier la profondeur, la solidité du cadre réglementaire et la résilience des acteurs du secteur, indépendamment de la domiciliation de l’actionnaire.
- Du point de vue d'agence de notation, ces changements d’actionnariat modifient-ils de manière significative l’évaluation du profil de crédit des banques concernées ?
De notre point de vue, les changements d’actionnariat peuvent effectivement avoir un impact sur les notations lorsque celles‑ci reposaient, en partie, sur des hypothèses de soutien de la part d’un actionnaire international. C’est dans ce contexte que Fitch a procédé à des dégradations de certaines notes nationales suite aux annonces récentes de cessions de banques marocaines par des groupes français.
En revanche, l’évaluation du profil de crédit intrinsèque des banques concernées est généralement peu affectée. Les principaux déterminants, qualité des actifs, capitalisation, rentabilité et liquidité, restent globalement sains. De plus, Bank Al-Maghrib a joué un rôle essentiel dans le renforcement de la résilience du système bancaire marocain ces dernières années, notamment à travers l’introduction de réformes prudentielles ciblant la qualité des actifs et la capitalisation des banques. La réforme la plus récente concerne la mise en place du SREP, qui exigera des établissements de crédit le maintien de coussins de fonds propres supplémentaires, renforçant ainsi leur capacité d’absorption des chocs et la solidité du système dans son ensemble.
