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Lundi 11 Mai 2026
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CGEM : Le binôme Tazi-Bachiri promet un «mandat d’accélération»

Choc de simplification administrative, souveraineté productive, montée en gamme industrielle, innovation et mobilisation de la diaspora : le binôme candidat à la présidence de la Confédération générale des entreprises du Maroc pour 2026-2029 a détaillé, le 11 mai à Casablanca, un programme en cinq axes, conçu comme une réponse à ce qu’il qualifie de «moment charnière» pour l’économie marocaine.

Ph. Seddik
Ph. Seddik
À trois jours de l’élection à la tête de la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM), le binôme candidat, Mehdi Tazi et Mohamed Bachiri, a dévoilé, le 11 mai à Casablanca, son programme pour le mandat 2026-2029. Un projet qu’il présente comme le fruit d’une longue consultation des composantes de la Confédération (37 fédérations et 12 régions), mais surtout comme une réponse à une conviction forte : «Le Maroc est au seuil de passer un nouveau cap». «Cela se ressent dans les entreprises, dans la société civile, dans l’image du pays et dans plusieurs secteurs. Nous sommes à un moment charnière», a insisté Mehdi Tazi, estimant que le rôle de la CGEM est désormais de contribuer à «faire passer le Maroc à un niveau supérieur».

Simplifier pour «libérer l’énergie d’entreprendre»

Premier axe du programme : l’environnement des affaires, avec une priorité donnée à la simplification administrative. Le message du binôme est clair : il faut «passer d’une logique d’autorisation à une logique de cahier des charges partout où c’est possible». Une manière, selon Mehdi Tazi, de «continuer à libérer l’énergie d’entreprendre». Le binôme candidat cible également deux réformes jugées structurantes : le Code du travail et la fiscalité locale. Sur cette dernière, le constat est sévère. «Dans certains cas, on atteint 22 ou 23 taxes locales. C’est beaucoup trop. Il faut aller vers une simplification pour arriver à deux ou trois taxes», a plaidé le binôme. Le foncier industriel reste aussi identifié comme un point de blocage, malgré les avancées réalisées. «Dans toutes les régions que nous avons visitées, le sujet est revenu», souligne Mehdi Tazi.

Le financement des TPME toujours au cœur des préoccupations

Sur le financement, le binôme veut poursuivre l’effort engagé sur le crédit bancaire, mais aussi ouvrir davantage l’accès aux financements alternatifs. Marché des capitaux, fonds d’investissement, dette subordonnée : «Il y a eu des avancées, mais il faut maintenant aller un cran plus loin», a résumé Mehdi Tazi, en insistant particulièrement sur les besoins des petites entreprises et des entreprises en région.

Objectif : 70% d’intégration locale

Le deuxième axe, consacré à la souveraineté productive, constitue l’un des marqueurs forts du programme. «La protection de notre industrie passe par plus d’intégration et plus de souveraineté», a martelé Mehdi Tazi. Le binôme fixe ainsi un objectif explicite : atteindre «autour de 70% d’intégration locale et de création de valeur ajoutée locale» dans les secteurs où cela est possible. L’automobile est citée comme modèle de référence, mais Mohamed Bachiri appelle à aller plus loin : «Il faut passer d’une logique d’intégration horizontale à une logique d’intégration verticale», c’est-à-dire remonter jusqu’à la transformation locale de la matière première. L’enjeu est aussi défensif : «Lorsqu’un secteur ne repose que sur une main-d’œuvre peu chère, il part aussi vite qu’il est arrivé», avertit Mehdi Tazi.

Énergie, logistique et formation : les autres leviers industriels

Cette souveraineté productive doit aussi passer par l’accélération de la transition énergétique, notamment via le développement des renouvelables et la réduction du coût de l’énergie, jugé pénalisant pour la compétitivité des entreprises. Même logique pour la logistique, que Mohamed Bachiri considère comme «un enjeu majeur» pour l’économie. Sur le capital humain, le duo veut rapprocher davantage la formation professionnelle des besoins des entreprises, en généralisant notamment des dispositifs sectoriels inspirés de ceux déjà existants dans certains métiers industriels.

Innovation : sortir de la logique de la copie

Troisième pilier du programme : l’innovation. Pour Mehdi Tazi, le sujet dépasse la seule digitalisation : «Il faut sortir d’un mindset de copie pour entrer dans un mindset d’innovation». Le programme prévoit de soutenir la stratégie «Digital Morocco 2030», avec un accent mis sur les data centers, l’intelligence artificielle et les compétences numériques. Mais Mohamed Bachiri a aussi insisté sur un enjeu plus industriel : le Maroc importe aujourd’hui «1,5 milliard de dollars» de machines et d’outils. «Il faut créer un écosystème capable de produire ces équipements localement», a-t-il plaidé. Le Morocco Innovation Lab est présenté comme un outil clé pour accompagner cette montée en gamme.

Startups : «Il faut aller beaucoup plus loin»

Interrogé sur les startups, Mehdi Tazi a reconnu que le sujet ne figurait pas explicitement dans les cinq axes, tout en affirmant qu’il reste une priorité. Le constat est sans détour : «Le niveau d’investissement dans les startups marocaines reste faible, dans un rapport de un à dix, voire un à vingt, par rapport aux pays africains les plus avancés». S’il salue les premières levées significatives enregistrées récemment, il appelle à bâtir un véritable écosystème de startups innovantes, notamment dans l’IA, la fintech et la healthtech.

L’informel «s’est amélioré», mais reste un chantier

Questionné sur l’économie informelle, Mehdi Tazi a rejeté l’idée d’un sujet réglé. «Non, ce n’est pas terminé», a-t-il répondu. Il estime toutefois qu’une partie de l’informel s’est progressivement formalisée, citant l’évolution des recettes fiscales comme indicateur : «Le niveau des recettes du premier trimestre 2026 équivaut à celui de toute l’année 2019». Pour lui, cette progression s’explique à la fois par l’amélioration des contrôles et par la baisse de l’impôt sur les sociétés, qui a favorisé l’élargissement de l’assiette fiscale.

Une relation «de confiance» avec le futur gouvernement

Dans un contexte marqué également par les prochaines élections législatives, le binôme a insisté sur la nature de la relation qu’il souhaite entretenir avec les pouvoirs publics. «Pas besoin de chercher le conflit, mais pas non plus de complaisance», a résumé Mehdi Tazi. La ligne revendiquée : être «juste, ferme et dans l’intérêt du pays», dans une logique de «confiance» avec l’administration. Un positionnement qui éclaire la philosophie générale du programme : faire de la CGEM non seulement un porte-voix du patronat, mais un acteur d’exécution dans ce que les candidats décrivent comme une «séquence historique» pour le Maroc.
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