Le calcul est précis et il a été livré sans détour à Marrakech dans le cadre du Forum national du commerce. La marge bénéficiaire d’un petit commerçant marocain oscille, selon les chiffres avancés par le département, entre 2 et 4%. Or le coût initial d’une transaction par voie électronique avoisinait 1,5%, ce qui revenait à ponctionner entre la moitié et les trois quarts de cette marge. Dans cette configuration, le refus d’adopter le mode de paiement électronique s’avère parfaitement compréhensible. C’est ce qui explique, selon le ministre Ryad Mezzour, la faible pénétration des moyens de paiement digitaux chez le commerçant de quartier, en dépit de solutions marocaines innovantes nées du terrain.
Un protocole pour transformer l’épicerie du coin en relais financier
Pour desserrer l’étau, le ministère et ses partenaires ont activé plusieurs leviers. Le protocole signé en marge du forum par Ryad Mezzour, ministre de l’Industrie et du commerce, Al Amine Nejjar, président du directoire d’Al Barid Bank, Adil Chraïbi, directeur général de Barid Cash, et Ismael Belkhayat, président-directeur général de Chari, formalise un dispositif d’équipement à grande échelle. Plus de 100.000 commerçants de proximité du Royaume seront dotés de terminaux d’acceptation du paiement par cartes Visa et Mastercard, facilitant ainsi les transactions pour des millions de consommateurs.
La portée du dispositif dépasse toutefois la simple opération commerciale. Les points de vente concernés deviendront de véritables relais de services financiers, autorisés à proposer le paiement de factures, la recharge téléphonique pour les trois opérateurs nationaux et, à terme, d’autres services digitaux à valeur ajoutée. «Cette collaboration illustre notre engagement à soutenir l’innovation financière et à promouvoir l’inclusion. En nous associant à Chari, le groupe Al Barid Bank renforce son rôle d’acteur clé dans la modernisation des paiements au Maroc», a commenté Al Amine Nejjar, tandis qu’Ismael Belkhayat a souligné pour sa part «la volonté commune de moderniser le commerce de proximité et de renforcer son rôle dans l’inclusion financière au Maroc». La logique est limpide : faire converger en un même point physique le distributeur de biens du quotidien et un guichet financier accessible aux populations les plus éloignées du système bancaire classique.
La portée du dispositif dépasse toutefois la simple opération commerciale. Les points de vente concernés deviendront de véritables relais de services financiers, autorisés à proposer le paiement de factures, la recharge téléphonique pour les trois opérateurs nationaux et, à terme, d’autres services digitaux à valeur ajoutée. «Cette collaboration illustre notre engagement à soutenir l’innovation financière et à promouvoir l’inclusion. En nous associant à Chari, le groupe Al Barid Bank renforce son rôle d’acteur clé dans la modernisation des paiements au Maroc», a commenté Al Amine Nejjar, tandis qu’Ismael Belkhayat a souligné pour sa part «la volonté commune de moderniser le commerce de proximité et de renforcer son rôle dans l’inclusion financière au Maroc». La logique est limpide : faire converger en un même point physique le distributeur de biens du quotidien et un guichet financier accessible aux populations les plus éloignées du système bancaire classique.
L’arithmétique douloureuse de la marge
Cette ambition reposait toutefois sur la résolution d’un préalable tarifaire. Devant les coordinations professionnelles, le ministre Mezzour a détaillé l’effort consenti par l’État et ses partenaires. La commission a d’abord été ramenée à 0,8%, mais cette baisse n’a pas suffi à elle seule. «Nous avons décidé de compenser cet écart en relevant la marge de certains services, comme la recharge téléphonique, à hauteur de 1% supplémentaire, afin que le commerçant puisse récupérer le coût de la transaction électronique», a-t-il explicité. Le département a en outre accéléré le transfert des fonds, qui parviennent désormais directement au compte du commerçant dès la transaction effectuée, et peuvent être retirés sans frais.
Plus inattendue, la prise en charge par l’État : l’abonnement aux dispositifs d’acceptation sera supporté par les pouvoirs publics pendant deux années au profit des 100.000 premiers adhérents. La promesse est doublée d’un allègement matériel, puisque le commerçant pourra désormais utiliser son seul téléphone, sans recourir à des terminaux coûteux. «Notre objectif est de faire du paiement électronique un moyen simple et rentable pour le commerçant, et de renforcer son attractivité», a résumé le ministre, posant ainsi un cadre où l’adhésion ne dépendrait plus d’un arbitrage défavorable sur la marge.
Plus inattendue, la prise en charge par l’État : l’abonnement aux dispositifs d’acceptation sera supporté par les pouvoirs publics pendant deux années au profit des 100.000 premiers adhérents. La promesse est doublée d’un allègement matériel, puisque le commerçant pourra désormais utiliser son seul téléphone, sans recourir à des terminaux coûteux. «Notre objectif est de faire du paiement électronique un moyen simple et rentable pour le commerçant, et de renforcer son attractivité», a résumé le ministre, posant ainsi un cadre où l’adhésion ne dépendrait plus d’un arbitrage défavorable sur la marge.
MRTB et la deuxième phase régionale
L’accord avec Al Barid Bank ne constitue qu’une pièce d’un dispositif d’accompagnement plus vaste. Dès la première phase de la stratégie, une plateforme d’accélération de la digitalisation du secteur commercial, baptisée «MRTB», a été déployée en partenariat avec l’Université Mohammed VI Polytechnique et la Fondation OCP. La deuxième phase, étendue sur la période 2025-2027, adoptera une approche régionale et visera à accompagner 300 startups tout en permettant à 100.000 commerçants supplémentaires de bénéficier des solutions digitales.
L’inclusion financière s’est par ailleurs renforcée à travers des offres bancaires innovantes et le déploiement de la «Caravane nationale de l’inclusion financière des commerçants» à l’échelle du Royaume. Au total, le renforcement de la digitalisation et du commerce électronique, ainsi que l’accélération de l’inclusion financière, figurent comme deux des onze axes prioritaires extraits des 1.077 recommandations actées à Marrakech à l'issue du Forum national du commerce. Ils s’articulent avec l’objectif transversal de mise à niveau des chaînes d’approvisionnement courtes et de modernisation du commerce de proximité, érigé en colonne vertébrale du modèle 2030.
L’inclusion financière s’est par ailleurs renforcée à travers des offres bancaires innovantes et le déploiement de la «Caravane nationale de l’inclusion financière des commerçants» à l’échelle du Royaume. Au total, le renforcement de la digitalisation et du commerce électronique, ainsi que l’accélération de l’inclusion financière, figurent comme deux des onze axes prioritaires extraits des 1.077 recommandations actées à Marrakech à l'issue du Forum national du commerce. Ils s’articulent avec l’objectif transversal de mise à niveau des chaînes d’approvisionnement courtes et de modernisation du commerce de proximité, érigé en colonne vertébrale du modèle 2030.
Le verrou des cartes étrangères et la concurrence inégale
L’enthousiasme institutionnel ne saurait masquer les zones d’ombre. Nabil Nouri, représentant la Coordination nationale la plus représentative des commerçants, a salué l’effort tarifaire avant de pointer un angle mort. «Nous ne sommes pas opposés au paiement électronique, mais il doit être adapté à notre réalité. Aujourd’hui, même après la baisse à 0,8%, le problème demeure, surtout avec les cartes étrangères dont la commission atteint 2,5%», a-t-il fait observer. La remarque tombe à un moment où le commerçant de quartier ne peut décemment refuser un paiement par carte étrangère, ce qui ferait peser sur sa marge un coût hors de proportion avec le bénéfice attendu.
L’autre front d’inégalité, soulevé par M. Nouri, concerne la concurrence avec les grandes surfaces. «Ces grandes surfaces bénéficient d’avantages qui ne sont pas accordés au commerce de proximité, alors que nous représentons 90% de leurs ventes», a-t-il pointé, plaidant pour l’extension au commerce de proximité des conditions négociées par les centrales d’achat de la grande distribution, à commencer par l’achat groupé qui renforcerait le pouvoir de négociation des petits opérateurs en matière de conditions de paiement et de délais.
Le secteur commercial a contribué en 2024 à hauteur de 169 milliards de dirhams au produit intérieur brut, soit près de 10,6% de la richesse nationale, et il demeure un pourvoyeur d’emplois majeur avec plus de 1,6 million de postes. La conversion de ce poids économique en levier d’inclusion financière passera par la capacité du dispositif Al Barid Bank-Barid Cash-Chari à tenir ses promesses sur le terrain, et par la résolution des problèmes d’incitations techniques.
L’autre front d’inégalité, soulevé par M. Nouri, concerne la concurrence avec les grandes surfaces. «Ces grandes surfaces bénéficient d’avantages qui ne sont pas accordés au commerce de proximité, alors que nous représentons 90% de leurs ventes», a-t-il pointé, plaidant pour l’extension au commerce de proximité des conditions négociées par les centrales d’achat de la grande distribution, à commencer par l’achat groupé qui renforcerait le pouvoir de négociation des petits opérateurs en matière de conditions de paiement et de délais.
Le secteur commercial a contribué en 2024 à hauteur de 169 milliards de dirhams au produit intérieur brut, soit près de 10,6% de la richesse nationale, et il demeure un pourvoyeur d’emplois majeur avec plus de 1,6 million de postes. La conversion de ce poids économique en levier d’inclusion financière passera par la capacité du dispositif Al Barid Bank-Barid Cash-Chari à tenir ses promesses sur le terrain, et par la résolution des problèmes d’incitations techniques.
