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Mercredi 16 Septembre 2026
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Comptes extérieurs : ce qui explique le pic attendu du déficit courant du Maroc en 2026

Fitch Solutions révise nettement à la hausse sa prévision de déficit courant du Maroc pour 2026, à 4% du PIB, soit 8 milliards de dollars, sous l’effet de la forte progression des importations de biens d’équipement, portée par les chantiers d’infrastructures et les préparatifs de la Coupe du Monde 2030, ainsi que d’une facture énergétique plus lourde. L’Agence prévoit, toutefois, un repli du déficit à 3% du PIB en 2027 et estime que son financement devrait être assuré par les IDE et l’endettement, sans recours aux réserves de change.

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Fitch Solutions révise à la hausse sa prévision de déficit du compte courant du Maroc. L’Agence table désormais sur un déficit qui passerait de 2,4% du PIB (4,5 milliards de dollars) en 2025 à 4% du PIB (8 milliards de dollars) en 2026, avant de se réduire à 3% du PIB (6,2 milliards de dollars) en 2027. Cette révision est plus prononcée que les précédentes estimations de Fitch Solutions, qui anticipait un déficit de 3,2% en 2026 et de 2,6% en 2027, et se situe aussi au-dessus du consensus de marché, qui prévoit respectivement 2,9% et 2,4%.

Les importations de biens d’équipement, principal moteur de la révision

Selon Fitch Solutions, cette révision à la hausse pour 2026 tient surtout à la vigueur persistante des importations de biens d’équipement, en plus de l’augmentation de la facture énergétique déjà intégrée dans ses précédentes prévisions dans le contexte du conflit iranien. Les importations de biens d’équipement ont progressé de 20,8% en glissement annuel sur les sept premiers mois de l’année, après une hausse de 14,4% sur la même période en 2025, un rythme qui traduit la solidité de l’investissement fixe dans l’économie marocaine.

L’Agence anticipe que la dynamique se maintiendra au second semestre 2026, portée par le chantier des infrastructures, les préparatifs de la Coupe du Monde 2030 et la hausse des dépenses d’investissement des entreprises publiques et des grands groupes privés. Combinée à une facture énergétique plus élevée et à une demande de biens de consommation toujours soutenue, cette évolution devrait porter le déficit commercial de 17,6% du PIB en 2025 à 20,5% en 2026 – malgré l’amélioration de l’excédent des services, porté par de bonnes recettes touristiques, de 8,9% à 9,9% du PIB.

Une amélioration attendue en 2027

Fitch Solutions prévoit un net repli du déficit commercial en 2027, à 19,9% du PIB, sous l’effet d’une baisse des prix moyens de l’énergie qui ralentirait la progression des importations après le pic de 2026. L’Agence anticipe un cours moyen du Brent en baisse, de 86 dollars le baril en 2026 à 71 dollars en 2027, ce qui ferait reculer les importations de 44,5% à 43,9% du PIB.

Côté exportations, si la croissance des ventes automobiles – 30% des exportations totales – devrait ralentir après un exercice 2026 soutenu, les exportations de phosphates et dérivés, qui en représentent 20%, devraient rebondir à la faveur d’une normalisation de la production (après les perturbations de 2026) et de la montée en puissance de nouvelles capacités chez l’OCP. L’excédent des services devrait, pour sa part, s’élargir à 10,4% du PIB, le tourisme bénéficiant d’un apaisement de l’instabilité régionale, de capacités hôtelières supplémentaires, de nouvelles liaisons aériennes et d’une possible baisse des coûts de voyage.

Un financement assuré par les IDE et la dette, sans recours aux réserves

Fitch Solutions souligne que le Maroc devrait financer ses déficits extérieurs par les entrées d’investissements directs étrangers (IDE) et l’émission de dette, sans avoir à puiser dans ses réserves de change. Les entrées nettes d’IDE ont atteint 3,2 milliards de dollars sur les sept premiers mois de 2026, en hausse de 62,8% sur un an, dépassant déjà le total de 3 milliards de dollars enregistré sur l’ensemble de l’année 2025.

Sur le plan de la dette souveraine, l’État a levé 2,25 milliards d’euros sur les marchés internationaux en mai, après une émission de 1,5 milliard de dollars réalisée par l’OCP en avril. Le Maroc conserve par ailleurs l’accès à une ligne de crédit modulable de 4,5 milliards de dollars auprès du FMI (Fonds monétaire international), que les autorités continuent de traiter comme un instrument de précaution.

Du côté des réserves, Bank Al-Maghrib a vu ses avoirs en devises progresser de 5 milliards de dollars depuis fin 2025, clôturant le mois d’août 2026 proche d’un plus haut historique de 53,2 milliards de dollars, soit environ six mois de couverture des importations.

Des risques orientés à la hausse pour le déficit

Fitch Solutions identifie deux principaux facteurs de risque susceptibles de creuser davantage le déficit courant marocain. Le premier tient aux tensions géopolitiques. Une perturbation prolongée du détroit d’Ormuz ou une escalade plus large du conflit entre les États-Unis et l’Iran renchérirait la facture énergétique, les importations d’énergie représentant environ 6% du PIB marocain.

Un ralentissement plus marqué de la croissance européenne pourrait par ailleurs peser sur les exportations de biens, les recettes touristiques et les investissements étrangers, tandis qu’une intensification de la guerre en Ukraine pourrait prolonger les perturbations sur les approvisionnements en céréales de la mer Noire et renchérir les importations alimentaires, qui représentent environ 4 à 5% du PIB.

Fitch Solutions relève toutefois qu’un ralentissement des entrées d’investissements accroîtrait le recours à l’endettement extérieur. Cependant, le statut «Investment Grade» du Maroc lui garantit l’accès à une large base d’investisseurs et des coûts de financement relativement favorables. Le niveau important des réserves et la position extérieure nette positive du secteur bancaire offrent des marges de sécurité supplémentaires.

Le second risque porte sur les conditions climatiques. Un retour de la sécheresse, potentiellement lié à un épisode «El Niño», réduirait la production céréalière pluviale et accentuerait la dépendance du Maroc aux importations. L’impact sur le compte courant serait d’autant plus marqué si des pertes de production chez les grands exportateurs mondiaux faisaient également grimper les prix internationaux du blé. Ce risque reste significatif, souligne Fitch Solutions, malgré la bonne récolte de 2026, en raison de la dépendance structurelle du Maroc aux importations céréalières.
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