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Dimanche 15 Mars 2026
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Le conflit au Moyen-Orient met à l’épreuve la résilience socioéconomique du Maroc (Allianz)

Allianz vient de publier son Indice de résilience sociale 2025, qui évalue la capacité de 171 pays à résister aux chocs économiques et sociaux à travers 12 indicateurs. Si le Maroc enregistre l’une des plus fortes améliorations cette année, le Rapport l’identifie parmi les économies les plus exposées au choc inflationniste découlant du conflit au Moyen-Orient, en raison de sa dépendance aux importations d’énergie et de produits alimentaires.

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Allianz vient de publier la nouvelle édition de son Indice de résilience sociale (SRI 2025). Cet indicateur évalue 171 économies mondiales sur une échelle de 0 (résilience la plus faible) à 100 (la plus élevée), en agrégeant 12 sous-indicateurs couvrant les fondamentaux économiques, la cohésion sociale ainsi que la solidité institutionnelle et la résistance aux chocs externes. Il constitue un outil d’alerte avancée aussi bien pour les investisseurs que pour les décideurs publics, permettant d’anticiper les risques susceptibles de perturber le climat des affaires des pays.

Cette année, le score mondial global du SRI n’a progressé que marginalement, passant de 47,4 à 47,9 par rapport à la dernière édition. Le Rapport met en lumière des trajectoires de plus en plus divergentes entre pays, dans un contexte de choc énergétique lié au conflit au Moyen-Orient et de montée des incertitudes géopolitiques mondiales.

Les économies avancées en tête

Sans surprise, les économies avancées demeurent les moins vulnérables au risque social. La Finlande occupe la première place du classement avec un score SRI de 84,3, devant le Danemark (83,8), l’Islande (81,4), le Luxembourg (79,6) et les Émirats arabes unis (79,3). Le Top 10 comprend également la Suisse (79,2), l’Autriche (78,7), l’Allemagne (78,5), l’Irlande (77,4) et la Suède (76,9). La France (13e, 74,7) et le Royaume-Uni (18e, 72,9) maintiennent de bons résultats, tandis que l’Italie (28e, 66,8) et les États-Unis (32e, 65,3) se classent plus bas mais restent dans le premier tiers. La Chine (59e, 52,5), l’Inde (81e, 46,8), le Mexique (105e, 41,3) et le Brésil (112e, 40,0) affichent des scores nettement inférieurs, tandis que les États affectés par des conflits, comme le Liban (169e, 17,7) et le Soudan du Sud (171e, 11,8), ferment la marche.

Le Maroc progresse, mais ses acquis restent fragiles

Le Maroc obtient en 2025 un score de 41,5 points, le plaçant au 103e rang mondial sur 171 pays. Si ce résultat reste modeste, le Royaume enregistre l’une des progressions les plus notables de cette édition, avec une hausse de 6,4 points par rapport à 2024 et une remontée de 26 places dans le classement. Sur le long terme, le Maroc affiche également une amélioration de 4,4 points depuis 2005. Ces avancées reflètent des améliorations tangibles dans les fondamentaux économiques, la stabilité monétaire ainsi que la solidité de la gouvernance institutionnelle du Royaume.

Toutefois, ces acquis pourraient être sérieusement compromis face au choc inflationniste découlant du conflit au Moyen-Orient, en raison de la forte dépendance du Maroc aux importations d’énergie et de produits alimentaires. Le Rapport identifie explicitement le Maroc parmi les pays les plus vulnérables face à cette nouvelle crise mondiale, aux côtés du Vietnam, de la Thaïlande, de la Tunisie et de la Malaisie. Pour ces économies fortement exposées aux importations énergétiques et alimentaires, des hausses durables des prix de l’énergie alimentent l’inflation – y compris l’inflation alimentaire –, fragilisent la croissance et érodent le pouvoir d’achat des citoyens. Dans ce contexte, les mécanismes d’ajustement – capacité de réponse aux crises, stabilisateurs automatiques et marges de manœuvre budgétaires – seront déterminants pour préserver les progrès accomplis.

Un piège mondial de la résilience intermédiaire

Au-delà du cas marocain, l’édition 2025 du SRI introduit le concept de «piège de la résilience intermédiaire». Un groupe d’économies avancées dont les scores stagnent entre 65 et 70 points – dont la Tchéquie, la Hongrie, l’Italie, les États-Unis et le Japon – semble incapable de franchir ce palier. Cette stagnation a des implications négatives pour la croissance à long terme et le risque souverain. Entre 2020 et 2025, les pays à résilience intermédiaire ont concentré jusqu’à 70% des événements mondiaux de grèves et de mouvements sociaux.

Le Rapport identifie par ailleurs quatre trajectoires structurelles à l’échelle mondiale : des pays à faible résilience qui rattrapent leur retard, comme la Roumanie et l’Arabie saoudite ; des pays qui s’affaiblissent davantage, comme le Nigeria et le Brésil ; des pays à haute résilience qui consolident leurs acquis, comme l’Allemagne et la Finlande ; et enfin des pays en recul malgré un niveau élevé, comme le Canada et la Suède.

La résilience sociale est désormais reconnue comme un déterminant majeur de la performance macroéconomique, du développement des marchés de capitaux et du risque souverain. Une résilience élevée est associée à une croissance plus robuste du PIB par habitant et à des marchés financiers plus profonds, témoignant d’une meilleure confiance des investisseurs.

Allianz rappelle, enfin, que la résilience sociale n’est pas un acquis permanent. Pour les investisseurs comme pour les décideurs publics, le suivi du niveau et de la dynamique du SRI constitue un instrument précieux d’anticipation et d’ajustements structurels.
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