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Lundi 02 Novembre 2026
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Éolien : le Sud atlantique écrase la concurrence, le reste du Maroc doit encore faire ses preuves

Boujdour, Essaouira, puis le reste du Royaume. Une étude réalisée par des chercheurs des universités de Fès et de Pau classe cinq sites marocains selon leur rentabilité éolienne et dessine une carte très contrastée. Dans le grand Sud, avec la meilleure machine testée sur un mât de 80 mètres, les éoliennes tourneraient à plein régime près de six heures sur dix à Boujdour (62,9%) et quatre heures sur dix à Essaouira (42,3%). Le kilowattheure y reviendrait à 1,3 cent de dollar à Boujdour et à 2,48 cents à Essaouira, contre 5,7 à 10,3 cents à Al Hoceïma, El Jadida et Meknès, où le facteur de charge plafonne autour de 22%. Sur des mâts de 50 mètres, la plupart des projets testés perdraient de l’argent, sauf à Boujdour.

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C’est à Boujdour, dans les provinces du Sud, que le vent est le plus rentable. Une éolienne y tournerait à plein régime à peu près six heures sur dix : les spécialistes parlent d’un «facteur de charge» de 62,9%, avec le modèle «Vestas V112» installé sur un mât de 80 mètres. Pour mesurer cette performance, un parc de 30 mégawatts (MW) y produirait 165 gigawattheures (GWh) par an, de quoi couvrir la consommation de plusieurs dizaines de milliers de foyers. Le coût de production de l’électricité y serait de 1,3 cent de dollar par kilowattheure, un niveau très bas. L’investissement dégagerait un bénéfice net, calculé sur la durée de vie du parc, de 43,5 millions de dollars. Essaouira arrive en deuxième position, avec un facteur de charge de 42,3% et un coût de 2,48 cents le kilowattheure.

Les trois autres sites étudiés, Al Hoceïma, El Jadida et Meknès, restent autour de 22% et produisent un kilowattheure bien plus cher, entre 5,7 et 10,3 cents selon la machine choisie. Le choix de la turbine et la hauteur du mât comptent beaucoup. Avec des mâts de 50 mètres, la plupart des projets testés perdraient de l’argent, sauf à Boujdour, où ils resteraient rentables.

Sur le plan climatique, les 150 MW étudiés au total éviteraient chaque année environ 247.500 tonnes de CO₂ par rapport à l’électricité du réseau marocain, dont plus de 40% grâce à Boujdour. Les auteurs insistent toutefois : ces résultats montrent ce qui est techniquement possible, pas ce qui sera forcément construit. Le raccordement au réseau électrique, le foncier et la réglementation restent des obstacles à lever.

Une étude qui compare cinq sites

L’étude est signée par des chercheurs de l’université de Fès et de l’université de Pau, en France. Elle part d’un constat : le Maroc veut que 52% de sa capacité électrique soit d’origine renouvelable en 2030, mais les études disponibles se concentrent soit sur le vent, soit sur les coûts, sans relier les deux ni intégrer l’impact sur le climat.

Les chercheurs ont donc choisi cinq villes représentant cinq types de climat : Al Hoceïma au bord de la Méditerranée, Meknès à l’intérieur des terres, El Jadida sur l’Atlantique, Essaouira dans un couloir de vents réguliers et Boujdour aux portes du Sahara. Ils ont croisé des mesures de vent, des données satellitaires et l’atlas éolien de l’Agence marocaine pour l’énergie durable (Masen). Ils ont ensuite testé neuf modèles d’éoliennes, d’une puissance de 750 kilowatts à 3,6 mégawatts, à deux hauteurs de mât : 50 et 80 mètres.

Pourquoi le Sud l’emporte

Les auteurs avancent deux explications. D’abord, des vents très réguliers sur la côte atlantique du Sud, alimentés par les alizés. Ensuite, un terrain plat et dégagé, entre océan et désert, qui freine peu l’air. Le vent y souffle fort et presque toute l’année. À Essaouira, la forme du relief accélère le vent, et son maximum de juillet coïncide avec la forte consommation d’électricité de l’été.

Les auteurs rappellent également que le parc de Tarfaya (300 MW) atteint régulièrement, selon eux, des facteurs de charge de 45 à 50%. Les chercheurs ont aussi tenu compte d’un détail important : l’air chaud du Sud est moins dense, donc il pousse moins fort sur les pales. Ne pas le corriger fausserait l’estimation de la production de 4 à 7%.

Ce que coûte l’électricité éolienne

Le calcul des coûts repose sur des hypothèses courantes : un parc qui fonctionne 25 ans, un investissement de 1.300 à 1.500 dollars par kilowatt installé et un taux d’actualisation de 8%. Le coût du kilowattheure varie de 1,30 à 1,60 cent à Boujdour et de 2,48 à 3,11 cents à Essaouira. Il est de 5,70 à 7,18 cents à Al Hoceïma et de 5,79 à 10,30 cents à Meknès.

Ce qui fait le plus varier ce coût, c’est le prix de la construction du parc. Plus il est élevé, plus l’électricité coûte cher à produire. Allonger la durée d’exploitation de 18 à 22 ans fait baisser le coût, parce que l’investissement est réparti sur plus d’années. Côté production, le paramètre le plus influent est la façon dont le vent se répartit au fil de l’année : un vent régulier rapporte plus qu’un vent capricieux, même à moyenne égale. Enfin, la vitesse du vent explique la production environ 54 fois plus que sa direction. Les auteurs en tirent une conclusion pratique : mieux vaut investir dans des mesures précises de vitesse que de direction.

Mesurer le risque pour les banques

L’étude ne donne pas un chiffre unique de production, mais des fourchettes, ce qui intéresse les financeurs. Pour Boujdour, il y a neuf chances sur dix de produire au moins 499,6 GWh par an, une chance sur deux de dépasser 624 GWh et une chance sur dix de dépasser 950 GWh. La production réelle pourrait s’écarter de la prévision de 8 à 12%. Les auteurs recommandent aux banquiers de bâtir leurs plans de remboursement sur le scénario prudent, celui à 499,6 GWh.

Les freins avant de construire

Les auteurs reconnaissent que le potentiel du vent ne fait pas un projet. Les meilleurs sites, comme Boujdour, sont loin des grandes lignes électriques à haute tension. Raccorder un parc coûterait cher, et le réseau pourrait ne pas toujours absorber toute la production. Il faut tout autant tenir compte des terres agricoles, des zones protégées, des couloirs d’oiseaux migrateurs, des autorisations et des contrats d’achat d’électricité. L’éolien en mer n’est pas étudié ici : les auteurs le jugent prometteur, mais renvoient à des études ultérieures.
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