La densité des échanges commerciaux et l’ancrage des grandes filières industrielles constituent des atouts majeurs du partenariat franco-marocain. Mais la solidité d’une relation économique se mesure aussi à sa capacité à se renouveler, à faire émerger de nouvelles complémentarités et à accompagner les mutations industrielles et technologiques. Cette volonté de donner une nouvelle portée à la coopération entre Rabat et Paris a été au centre du Business Lunch organisé le 14 octobre 2026 à Casablanca par l’Association pour le progrès des dirigeants (APD Maroc), où Philippe Lalliot, ambassadeur de France au Maroc, a souligné le potentiel de développement de la relation bilatérale. «On sent bien que cette relation, qui est déjà extrêmement dense, a un potentiel de développement formidable pour les années qui viennent», a-t-il déclaré. Des technologies d’avenir aux chaînes de valeur industrielles, l’enjeu est désormais de convertir les acquis en nouvelles perspectives de croissance et de traduire l’impulsion politique en projets concrets, en mobilisant davantage les entreprises, les investissements et les compétences.
Du volume des échanges à la maîtrise de la valeur industrielle
Près de 15 milliards d’euros d’échanges commerciaux rapprochent le Maroc et la France. Ce volume témoigne de l’intensité de leurs relations économiques, mais ne dit pas tout de leur intégration industrielle. Au-delà des marchandises échangées, la question est celle de la capacité des deux pays à concevoir et à produire ensemble, à développer des compétences et à créer davantage de valeur dans leurs économies respectives. L’automobile, l’aéronautique et le ferroviaire illustrent le chemin parcouru. Ces filières ont favorisé l’implantation d’activités de production et noué des liens durables entre les entreprises, donnant au partenariat une assise industrielle solide. Elles offrent aussi un point d’appui pour aller plus loin : développer des compétences plus spécialisées, accéder à des activités plus complexes et renforcer la maîtrise des technologies.
C’est dans cette perspective que s’ouvrent de nouveaux champs de coopération, notamment dans le numérique, la cybersécurité, les technologies quantiques, les énergies renouvelables et les métaux critiques. Ces domaines touchent à des enjeux déterminants pour les deux économies, de la maîtrise technologique à la sécurité des approvisionnements. Leur développement pourrait permettre de rapprocher les compétences et les capacités industrielles des deux pays autour de besoins communs.
Encore faut-il que ces perspectives trouvent des prolongements concrets dans le tissu productif. Le développement de fournisseurs locaux, ainsi que d’activités de conception, d’ingénierie et de recherche, permettrait notamment aux entreprises marocaines de prendre part à des étapes plus élaborées de la production. Pour les entreprises françaises, un tissu industriel plus diversifié et mieux intégré offrirait de nouvelles possibilités de coopération.
C’est dans cette perspective que s’ouvrent de nouveaux champs de coopération, notamment dans le numérique, la cybersécurité, les technologies quantiques, les énergies renouvelables et les métaux critiques. Ces domaines touchent à des enjeux déterminants pour les deux économies, de la maîtrise technologique à la sécurité des approvisionnements. Leur développement pourrait permettre de rapprocher les compétences et les capacités industrielles des deux pays autour de besoins communs.
Encore faut-il que ces perspectives trouvent des prolongements concrets dans le tissu productif. Le développement de fournisseurs locaux, ainsi que d’activités de conception, d’ingénierie et de recherche, permettrait notamment aux entreprises marocaines de prendre part à des étapes plus élaborées de la production. Pour les entreprises françaises, un tissu industriel plus diversifié et mieux intégré offrirait de nouvelles possibilités de coopération.
La dimension africaine, un changement d’échelle à construire
La coopération franco-marocaine peut également trouver de nouveaux débouchés au-delà de son périmètre bilatéral. Grâce à sa façade atlantique et à ses liens avec le continent, le Maroc offre un point d’appui pour rapprocher les entreprises européennes des marchés africains. Cette perspective élargit l’horizon du partenariat, mais elle suppose de tenir compte des réalités propres à chaque marché : les besoins des entreprises, les infrastructures disponibles, les conditions de financement et les partenariats nécessaires à la conduite des projets.
Cette ouverture vers l’Afrique donne ainsi une autre dimension aux complémentarités entre les deux pays. Il ne s’agit plus seulement de développer leurs échanges ou de renforcer leurs filières industrielles, mais aussi de déterminer comment leurs entreprises pourraient unir leurs compétences pour répondre à la demande sur d’autres marchés. La stabilité et la croissance durable constituent des objectifs, mais leur portée économique dépendra des initiatives engagées et de leur capacité à s’inscrire dans le temps.
Pour concrétiser cette ambition, la coopération doit aussi s’ouvrir à un cercle plus large d’acteurs. Les grandes entreprises ont contribué à structurer les principales filières industrielles, mais les PME, les entreprises de taille intermédiaire et les collectivités territoriales ont également un rôle à jouer. Les implantations réciproques, les investissements croisés et la coopération décentralisée peuvent favoriser cette participation, en multipliant les partenariats et les possibilités de développement de part et d’autre.
Encore faut-il que cette ouverture se traduise par des conditions propices à l’engagement des entreprises. L’accès au financement, l’identification de partenaires et la lisibilité des dispositifs d’accompagnement comptent parmi les facteurs qui peuvent faciliter le passage de l’intention au projet. La portée de cette ambition devra donc s’apprécier à travers les projets effectivement lancés, la diversité des acteurs associés et les retombées économiques qu’ils produiront.
Cette ouverture vers l’Afrique donne ainsi une autre dimension aux complémentarités entre les deux pays. Il ne s’agit plus seulement de développer leurs échanges ou de renforcer leurs filières industrielles, mais aussi de déterminer comment leurs entreprises pourraient unir leurs compétences pour répondre à la demande sur d’autres marchés. La stabilité et la croissance durable constituent des objectifs, mais leur portée économique dépendra des initiatives engagées et de leur capacité à s’inscrire dans le temps.
Pour concrétiser cette ambition, la coopération doit aussi s’ouvrir à un cercle plus large d’acteurs. Les grandes entreprises ont contribué à structurer les principales filières industrielles, mais les PME, les entreprises de taille intermédiaire et les collectivités territoriales ont également un rôle à jouer. Les implantations réciproques, les investissements croisés et la coopération décentralisée peuvent favoriser cette participation, en multipliant les partenariats et les possibilités de développement de part et d’autre.
Encore faut-il que cette ouverture se traduise par des conditions propices à l’engagement des entreprises. L’accès au financement, l’identification de partenaires et la lisibilité des dispositifs d’accompagnement comptent parmi les facteurs qui peuvent faciliter le passage de l’intention au projet. La portée de cette ambition devra donc s’apprécier à travers les projets effectivement lancés, la diversité des acteurs associés et les retombées économiques qu’ils produiront.
Les conditions de la valeur ajoutée
La montée en gamme industrielle ne dépend pas seulement des secteurs dans lesquels le Maroc et la France souhaitent développer leur coopération. Elle suppose aussi de réunir les conditions qui permettent aux entreprises de concrétiser leurs ambitions : disposer des compétences nécessaires, faciliter les échanges professionnels et sécuriser les approvisionnements. Autant de leviers qui déterminent la capacité des deux économies à transformer leurs complémentarités en activités productives.
La formation constitue, à cet égard, un enjeu qui dépasse la seule question de l’emploi. Lorsque les profils disponibles ne correspondent pas aux besoins des entreprises, le développement de certaines activités peut s’en trouver limité. L’apprentissage, l’alternance et des parcours mieux articulés aux réalités professionnelles peuvent contribuer à réduire cet écart. Dans les secteurs technologiques, où les qualifications évoluent rapidement, cette adéquation devient un facteur de compétitivité : les investissements ne produisent pleinement leurs effets que si les entreprises peuvent s’appuyer sur les compétences nécessaires à leur développement.
La circulation des personnes intervient dans la même équation. En évoquant une «mobilité de confiance», Philippe Lalliot a abordé la perspective de visas de plus longue validité, notamment pour les acteurs économiques, les enseignants et les étudiants. Au-delà de la dimension administrative, cette question touche aux conditions dans lesquelles se nouent les partenariats, se conduisent les projets et se développent les collaborations universitaires. La fluidité des échanges humains ne garantit pas la réussite des coopérations, mais elle peut en faciliter la mise en œuvre.
La sécurité des approvisionnements soulève, pour sa part, la question de la place du Maroc dans les chaînes de valeur européennes, notamment autour des métaux critiques. Pour les économies engagées dans une compétition industrielle et technologique, l’accès aux ressources ne suffit pas : la capacité à les intégrer dans des chaînes de production fiables compte tout autant. Le rapprochement entre les deux pays pourrait ouvrir des possibilités dans ce domaine, à condition que les complémentarités identifiées débouchent sur des activités précises et une coopération productive effective.
Les tensions traversées entre 2021 et 2023 ont rappelé qu’une relation économique dense ne suffit pas, à elle seule, à prémunir les partenariats contre les aléas diplomatiques. La visite d’État d’octobre 2024 et le «Partenariat d’exception renforcé» ont ouvert une nouvelle étape, tandis que la préparation d’un futur traité bilatéral par un comité de sages franco-marocains vise à réfléchir au cadre de leur relation à long terme. La stabilité politique constitue ici un appui à la coopération économique, non un substitut à ses résultats.
L’horizon de vingt à trente ans, évoqué lors du Business Lunch, invite à inscrire cette relation dans la durée. Formation, mobilité, approvisionnements et continuité politique doivent contribuer à un même objectif : donner aux entreprises les moyens de développer des activités communes et de renforcer les capacités productives des deux économies. C’est dans cette perspective que prend tout son sens la volonté exprimée par Philippe Lalliot de «porter cette relation bilatérale et lui faire franchir une étape supplémentaire». Le véritable changement d’échelle se mesurera à la portée des projets réalisés et à leur contribution au développement industriel des deux pays.
La formation constitue, à cet égard, un enjeu qui dépasse la seule question de l’emploi. Lorsque les profils disponibles ne correspondent pas aux besoins des entreprises, le développement de certaines activités peut s’en trouver limité. L’apprentissage, l’alternance et des parcours mieux articulés aux réalités professionnelles peuvent contribuer à réduire cet écart. Dans les secteurs technologiques, où les qualifications évoluent rapidement, cette adéquation devient un facteur de compétitivité : les investissements ne produisent pleinement leurs effets que si les entreprises peuvent s’appuyer sur les compétences nécessaires à leur développement.
La circulation des personnes intervient dans la même équation. En évoquant une «mobilité de confiance», Philippe Lalliot a abordé la perspective de visas de plus longue validité, notamment pour les acteurs économiques, les enseignants et les étudiants. Au-delà de la dimension administrative, cette question touche aux conditions dans lesquelles se nouent les partenariats, se conduisent les projets et se développent les collaborations universitaires. La fluidité des échanges humains ne garantit pas la réussite des coopérations, mais elle peut en faciliter la mise en œuvre.
La sécurité des approvisionnements soulève, pour sa part, la question de la place du Maroc dans les chaînes de valeur européennes, notamment autour des métaux critiques. Pour les économies engagées dans une compétition industrielle et technologique, l’accès aux ressources ne suffit pas : la capacité à les intégrer dans des chaînes de production fiables compte tout autant. Le rapprochement entre les deux pays pourrait ouvrir des possibilités dans ce domaine, à condition que les complémentarités identifiées débouchent sur des activités précises et une coopération productive effective.
Les tensions traversées entre 2021 et 2023 ont rappelé qu’une relation économique dense ne suffit pas, à elle seule, à prémunir les partenariats contre les aléas diplomatiques. La visite d’État d’octobre 2024 et le «Partenariat d’exception renforcé» ont ouvert une nouvelle étape, tandis que la préparation d’un futur traité bilatéral par un comité de sages franco-marocains vise à réfléchir au cadre de leur relation à long terme. La stabilité politique constitue ici un appui à la coopération économique, non un substitut à ses résultats.
L’horizon de vingt à trente ans, évoqué lors du Business Lunch, invite à inscrire cette relation dans la durée. Formation, mobilité, approvisionnements et continuité politique doivent contribuer à un même objectif : donner aux entreprises les moyens de développer des activités communes et de renforcer les capacités productives des deux économies. C’est dans cette perspective que prend tout son sens la volonté exprimée par Philippe Lalliot de «porter cette relation bilatérale et lui faire franchir une étape supplémentaire». Le véritable changement d’échelle se mesurera à la portée des projets réalisés et à leur contribution au développement industriel des deux pays.
