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Mardi 03 Mars 2026
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Gaz au Maroc : le point sur les projets avec Amina Benkhadra

Le Maroc dispose d’un potentiel gazier important, à la fois sur terre et en mer, qui pourrait jouer un rôle central dans son mix énergétique et sa transition vers une économie bas carbone. Alors que le Royaume développe ses infrastructures gazières et explore l’hydrogène et le stockage souterrain, se pose la question : quelles zones et quels projets sont aujourd’hui les plus avancés, et à quel horizon le pays pourra-t-il compter sur une production nationale significative ? Dans cet entretien accordé au «Matin», la directrice générale de l’Office national des hydrocarbures et des mines, Amina Benkhadra, revient sur les principaux bassins d’exploration, les projets phares comme Tendrara et Lixus, et les ambitions du Maroc pour positionner le gaz comme pilier fiable de la sécurité énergétique.

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Le Matin : Quelles sont aujourd’hui les zones/projets d’exploration et les infrastructures gazières les plus avancées ? Et à quel horizon le Maroc pourrait-il espérer une production nationale de gaz à une échelle significative ?

Amina Benkhadra :
Le Maroc dispose d’un potentiel gazier significatif, réparti sur plusieurs bassins sédimentaires tant Onshore qu’Offshore. La diversité des systèmes pétroliers, couvrant des formations allant du Paléozoïque au Néogène, a permis la génération de différents types de gaz, ouvrant des perspectives intéressantes de valorisation à court et moyen termes.

Le potentiel Onshore se manifeste dans plusieurs bassins clés :

• Bassin du Gharb : Ce bassin, première découverte gazière en Afrique du Nord, continue d’attirer l’intérêt des sociétés pétrolières internationales. Plusieurs découvertes commerciales de gaz ont été enregistrées. Les gisements, généralement peu profonds et de dimensions modestes, bénéficient d’une rentabilité soutenue grâce à un réseau de gazoducs étendu et à une forte demande industrielle locale (automobile, papeterie, matériaux de construction).

Ils continueront d’alimenter les usines et unités industrielles dans la région de Kénitra, contribuant ainsi au développement de la région.

• Bassin d’Essaouira : Producteur historique de gaz et de condensat (Trias) ainsi que de pétrole (Jurassique), ce bassin alimente depuis les années 1980 les installations de l’Office Chérifien des Phosphates (OCP), notamment le centre minier de Youssoufia pour les opérations de séchage et de calcination du phosphate. Malgré son ancienneté, ce bassin conserve un potentiel notable, avec des travaux de confirmation et de mise en évidence toujours en cours.

• Région de Tendrara : Située dans le nord-est du Maroc, cette région s’impose comme un nouveau pôle de prospection. À la suite des succès d’exploration menés par l’Onhym et Sound Energy, une concession d’exploitation a été accordée pour le développement du champ. La première phase prévoit une mise en production en 2026 via un projet Micro-GNL destiné aux industriels, avant une seconde étape visant l’alimentation des centrales électriques de l’Office national de l’électricité et de l’eau potable (ONEE).

• Autres bassins : Les bassins de Zag, Boudenib, Missour, Doukkala et Tadla présentent, également, un potentiel gazier, révélé par d’anciens forages et des indices. Ces bassins sont actuellement en phase d’exploration et d’évaluation par l’Onhym. Dans le bassin de Guercif, c’est la société Predator qui mène les activités d’exploration.

Le potentiel gazier Offshore atlantique

L’Offshore atlantique marocain présente, également,un potentiel gazier important, soutenu par un contexte géologique favorable.

• Au niveau de l’Offshore Nord : La découverte du gisement Anchois est venue confirmer le potentiel de cette zone.

• Pour l’Offshore Sud : Un forage réalisé en 2014 dans la vaste zone de Boujdour a mis en évidence une accumulation de gaz et de condensat dans les turbidites du Crétacé.

Le développement gazier demeure une activité fortement capitalistique et à cycles longs. Dans ce contexte, l’Onhym poursuit activement sa stratégie de partenariat avec les compagnies nationales et internationales afin d’intensifier les investissements.

Actuellement, l’Onhym compte 13 partenaires.

Enfin, l’Onhym a engagé, conformément à la demande des pouvoirs publics, le développement des activités de transport et de stockage du gaz naturel (secteur midstream), notamment avec la gestion du gazoduc Maghreb-Europe.

Pour rappel, le GME était régi par une convention avec l’Espagne et le Portugal. À l’expiration de celle-ci de manière unilatérale, le 1er novembre 2021, l’Onhym a récupéré cet actif.

Tout en négociant de bonne foi la reconduction de l’ancien accord de transit de gaz, l’Onhym avait travaillé sur une solution de repli consistant à acheter du gaz naturel liquéfié (GNL) par l’ONEE sur le marché international, à le décharger et le regazéifier en Espagne et le renvoyer en sens inverse vers le Maroc.

L’Onhym avait alors obtenu l’accord des autorités de régulation espagnole et européenne, accordant le point de sortie de Tarifa (en septembre 2020), négocié l’accord d’interconnexion avec le gestionnaire de réseaux de transport (GRT) espagnol Enagás en avril 2021 et préparé les aménagements techniques nécessaires pour le reverse flow en 2021.

Ainsi, dès l’arrêt du gaz de manière unilatérale en octobre 2021, l’Onhym a conduit les tests en liaison avec Enagás, ayant permis la mise en service du «reverse flow» à partir de juin 2022, rendant possible l’acheminement vers le Maroc de gaz afin de sécuriser l’approvisionnement national, une première au Maroc.

Depuis cette date, le système fonctionne de manière fiable. OMCo, filiale de l’Onhym, a assuré l’intégralité des nominations de gaz demandées par l’ONEE, garantissant une continuité totale de l’approvisionnement, sans interruption.

Nous sommes aussi engagés dans la mise en œuvre de projets opérationnels en cours, visant à renforcer l’interconnexion du gazoduc GME avec les principaux pôles de consommation et de production électrique. Ces projets comprennent l’appui technique à la connexion des centrales de l’ONEE, notamment les nouvelles centrales d’Al Wahda et de Tahaddart, ainsi que le développement d’une nouvelle bretelle de connexion de la centrale de Tahaddart, d’une longueur d’environ 14 km. Ces projets contribuent directement à la sécurisation de l’approvisionnement gazier et à l’optimisation de l’utilisation des infrastructures existantes.

Par ailleurs, un accord d’interconnexion a déjà été formalisé pour la connexion ultérieure du gazoduc de 120 km reliant le site de Tendrara au gazoduc GME.

À terme, cette infrastructure permettra d’acheminer des volumes significatifs de gaz naturel, destinés aux centrales électriques de l’ONEE.

Cette démarche complète les efforts de l’Onhym dans ses actions visant à sécuriser l’approvisionnement énergétique à travers son rôle historique autour du gazoduc GME.



Qu’en est-il de la recherche de l’hydrogène ?

En parallèle, l’Office investit dans l’avenir : la géothermie, l’hydrogène blanc et les solutions de stockage du gaz et du CO₂ s’inscrivent dans une vision énergétique durable et diversifiée.

L’Onhym explore activement des ressources énergétiques alternatives pour soutenir les ambitions du Maroc en matière de transition énergétique.

Voici un aperçu des initiatives en cours :

• Géothermie : L’Onhym évalue le potentiel géothermique marocain pour des applications dans la production d’électricité et l’utilisation directe. Ressource stable et renouvelable, la géothermie montre un potentiel prometteur dans le nord-est du Maroc et dans les provinces du Sud.

• Hydrogène naturel : Lancé en 2018, le programme de recherche sur l’hydrogène naturel vise à identifier des zones à forte teneur en hydrogène, comme les bassins de Khémisset, Benslimane, Berrechid, la Meseta côtière et les provinces du Sud. Les concentrations atteignent jusqu’à 1,7% d’hydrogène. Des travaux de recherche approfondis sont en cours en partenariat avec l’Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P) et Storengy dans plusieurs de ces bassins.

• Stockage de l’hydrogène vert : Le stockage de l’hydrogène vert est stratégique pour le Maroc, offrant une solution durable pour faire face aux fluctuations de la demande énergétique. Des études de synthèse menées par l’Onhym montrent un fort potentiel de stockage dans des bassins tels que Berrechid, Khémisset, Boufekrane, Essaouira, Safi-Doukkala-Abda, Souss et la région pré-rifaine.

• Stockage du CO₂ : Le Maroc s’engage dans la recherche de solutions de stockage de CO₂ pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. L’Onhym a réalisé des études géo-scientifiques qui identifient des bassins adaptés pour ce type de stockage.

Comment l’Onhym positionne-t-elle le gaz naturel dans un Maroc qui mise fortement sur les renouvelables et l’hydrogène vert ?

Selon les projections des experts, le gaz continue de jouer un rôle important dans le paysage énergétique pour les décennies à venir et constitue la colonne vertébrale de la transition énergétique.

Au Maroc, dans le cadre du développement accéléré des énergies renouvelables, le gaz naturel s’impose comme une composante essentielle du mix énergétique, jouant un rôle de stabilisation face à l’intermittence des énergies renouvelables, contribuant ainsi à assurer la sécurité énergétique.

L’Onhym s’inscrit dans cette perspective à plusieurs niveaux :

• Volet exploration et production des hydrocarbures, notamment avec la production du Gharb, d’Essaouira et les projets en développement à Tendrara, Lixus qui devront fournir du gaz fin 2026, et des programmes d’exploration sur d’autres zones.

• Gestion du gazoduc Maghreb-Europe (GME).

• Le projet stratégique du gazoduc africain atlantique Nigeria-Maroc (AAGP), un projet structurant qui permettra un développement économique et social de la région (13 pays atlantiques traversés), assurera l’intégration régionale et positionnera le Maroc au cœur du corridor énergétique Afrique-Europe.

• La mise en place d’un plan de développement des infrastructures de transport et de stockage de gaz naturel dans le cadre de la stratégie gazière nationale.

Ainsi, l’Onhym travaille sur le développement des ressources nationales, sur les infrastructures gazières et sur les capacités de stockage, y compris dans une logique intégrée qui anticipe l’essor de l’hydrogène vert et du captage-stockage du CO₂.

Depuis quelques années, l’Onhym s’intéresse au potentiel de stockage géologique (gaz, hydrogène, CO₂). Où en est ce travail aujourd’hui, et quelles applications concrètes le Maroc vise-t-il à travers cette démarche ?

Depuis plus de deux ans, l’Onhym a inscrit le stockage géologique au cœur de ses projets stratégiques. Cette orientation répond à un double objectif : renforcer la sécurité énergétique du Maroc et accompagner la transition vers une économie bas carbone. L’ambition est de développer des capacités nationales de stockage souterrain, aussi bien pour le gaz naturel que, à plus long terme, pour l’hydrogène vert et le dioxyde de carbone dans le cadre de solutions de captage et stockage du carbone (CCS).

Dans un premier temps, l’Office a conduit une étude préliminaire fondée sur la compilation et l’analyse de l’ensemble des données géo-scientifiques disponibles (géologiques, géophysiques, lithologiques et stratigraphiques) issues des travaux d’exploration minière et pétrolière. Cette phase a permis d’identifier les zones favorables pour différentes options de stockage.

Fort de ces premiers résultats, l’Onhym prévoit d’engager une étude approfondie visant à évaluer avec précision le potentiel réel de quelques sites jugés les plus prometteurs. Cette étude portera sur la cartographie détaillée des formations géologiques aptes à accueillir des stockages sûrs et durables, la modélisation de sites pilotes, ainsi que l’élaboration d’une feuille de route opérationnelle. Celle-ci précisera les investissements nécessaires, les volumes mobilisables, les estimations de coûts, les délais de mise en œuvre et les partenariats stratégiques envisageables.

À travers cette démarche structurée, le Maroc entend se doter d’infrastructures souterraines stratégiques capables de soutenir sa souveraineté énergétique et ses engagements.
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