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La hausse du chômage à travers le prisme d’un spécialiste du recrutement

Le chômage est-il aussi une conséquence du manque de talents et de compétences ? Beaucoup d’entreprises se retrouvent aujourd’hui face à un problème de recrutement de profils qui correspondent à leurs besoins avec un niveau de compétence élevé. Ali Serhani, directeur général associé de Gesper Services, invité de L’Info en Face, nous en dit plus.

Ali Serhani, directeur général associé de Gesper Services.
Ali Serhani, directeur général associé de Gesper Services.
Les derniers chiffres du Haut-Commissariat au Plan montrent une nette hausse du taux de chômage entre 2022 et 2023, passant de 11,8 à 13%. Ce taux est passé de 5,2 à 6,3% en milieu rural et de 15,8 à 16,8% en milieu urbain. Le nombre de chômeurs a augmenté de 138.000, s’élevant désormais à 1.580.000 personnes en recherche d’emploi au niveau national. Et comme à l’accoutumée, ce taux de chômage reste plus élevé parmi les jeunes de 15 à 24 ans (35,8%), les diplômés (19,7%) et les femmes (18,3%). Le taux de chômage a enregistré une hausse de 1,1 point parmi les diplômés, passant de 18,6 à 19,7%, et de 0,7 point parmi les personnes n’ayant aucun diplôme, passant de 4,2 à 4,9%.



Dans le langage des experts économiques, ces chiffres indiquent que l’économie ne crée pas assez d’emplois et qu’au contraire elle en perd chaque année plus. Mais n’y a-t-il pas un lien entre le manque de compétences et de talents et cette hausse du taux de chômage ? Si les entreprises ne trouvent pas les profils recherchés, elles ne recrutent pas. Ce décalage entre les compétences des demandeurs d’emploi et les besoins du marché du travail entraîne un chômage structurel.

Il est vrai que beaucoup d’entreprises ne trouvent pas aujourd’hui chaussures à leurs pieds, surtout dans des postes de middle management qui nécessitent de l’expérience. «Mais pour résorber le problème du chômage, il faut aussi de la croissance pour créer plus d’emplois, mais des emplois dans des entreprises qui se respectent, structurées, parce que le talent lui aussi devient sélectif», indique Ali Serhani, directeur général associé de Gesper Services. Et l’expert en recrutement d’évoquer les effets de la crise sanitaire sur l’économie et sur la santé des entreprises. Selon lui, le Maroc subit encore les effets de cette période d’arrêt forcé et que cela impacte directement le marché du travail. «Les entreprises, donc les employeurs, sont aujourd’hui plus prudents et augmentent la part de gestion des risques dans leurs stratégies», explique l’invité.



Répondant à une question de Rachid Hallaouy pour savoir si ce manque de profils compétents est lié au phénomène de fuite des cerveaux, l’expert tient à préciser d’abord que ce terme est à bannir de notre langage. «J’aimerais bien qu’on efface de notre terminologie ce terme de fuite des cerveaux et sa connotation négative. Je n’ai qu’à vous citer les noms d’Albert Einstein ou d’Elon Musk qui ont quitté leurs pays, mais ont changé le monde. À mon avis, une compétence doit être libre comme l’air, de plus, aucun talent ne chercherait à partir si les conditions sont bonnes pour son épanouissement là où il est. Aussi, il y a des gens qui partent pour améliorer leurs compétences là où les domaines de recherche et l’innovation sont développés, et de la sorte, ils apportent de l’expertise à leur pays d’origine», souligne l’invité.

Quel diplôme pour quel emploi ?

Comment expliquer alors le chiffre de 19,7% de diplômés qui chôment aujourd’hui ? Selon l’expert du recrutement, il faut d’abord préciser de quels diplômes on parle ! «Aujourd’hui, si vous avez un bon diplôme, vous trouverez du boulot au Maroc», parole de recruteur. Il affirme dans ce sens que la réalité sur ce point est à chercher dans les cabinets de recrutement. «Nous voyons les choses telles qu’elles sont. Vous avez un bon diplôme, qui est demandé sur le marché, vous êtes compétent, eh bien vous êtes embauché», affirme M. Serhani. Encore faut-il définir quel est le bon diplôme à avoir aujourd’hui en 2024 !

Selon l’invité, «c’est un diplôme qui répond aux critères et exigences des entreprises. Si vous parlez de transformation digitale, vous avez votre place. Si vous parlez d’IT, vous avez votre place. Si vous parlez de juriste spécialisé dans certains domaines comme les énergies renouvelables, l’engineering, le financement structuré, etc., eh bien, vous avez votre place. Dans chaque secteur d’activité, vous avez des emplois qui sont là et qui ne demandent qu’à avoir les gens qu’il faut. Or ce qui se passe, c’est que parfois, on ne les trouve pas», explique M. Serhani. C’est donc l’éternelle question de l’adéquation formation-emploi qui revient. Toutefois, on ne peut pas nier que des ingénieurs marocains arrivent difficilement à trouver aujourd’hui de l’emploi et voient la période de chômage post-diplôme s’allonger, «mais finissent par trouver un travail, contrairement à un diplômé d’histoire ou de littérature», note l’invité. Il évoque également le problème de la maîtrise des langues qui complique les choses pour un chercheur d’emploi.

Crise, IA, mondialisation... les entreprises recrutent moins

Crise oblige ! les entreprises aussi deviennent très sélectives en matière de recrutement. «Nous l’avons remarqué chez les multinationales qui disposent généralement de cellules de veille économique et qui nous disent vouloir optimiser le recrutement. Ils vont des fois recruter en interne plutôt qu’à l’international», indique l’invité. Le problème est encore plus impactant chez les petites et moyennes entreprises qui représentent 99,6% du tissu économique marocain. Autre élément à ne pas oublier, celui de l’évolution technologique et son impact sur le marché du travail, que ce soit en termes de destruction d’emplois ou de création de besoins très pointus auxquels les établissements d’enseignement supérieur peinent à répondre.
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