Le Matin: Avec ce lancement du marché à terme, quelle est l'ambition réelle de la bourse de Casablanca à l'échelle africaine ?
Brahim Benjelloun Touimi: Le 6 avril, date de lancement du marché à terme au Maroc est, en fait, un point de départ. L'ambition, exprimée par les autorités publiques marocaines et qui est également la nôtre au niveau du Conseil et des dirigeants de la Bourse de Casablanca, est de faire de celle-ci une place financière de référence sur le continent africain. Elle le sera par la réalité de ce qui est patiemment construit par l'ensemble des composantes de l'Ecosystème financier : Ministère de l’Economie et des Finances, Bourse de Casablanca, Superviseurs, AMMC, Bank Al Maghrib, ACAPS, Banques, Assurances, Sociétés de bourse, sociétés de gestion et leurs associations professionnelles. Avec le marché à terme, le Maroc rejoint un cercle très restreint de places africaines dotées d'une infrastructure de dérivés listés, d'une Chambre de Compensation robuste et d'un cadre juridique solide.
L’ambition pour la place de Casablanca est triple : Approfondir d'abord la liquidité et la maturité du marché. Attirer ensuite les investisseurs institutionnels internationaux qui regardent, d'abord, la diversité et la complétude des instruments disponibles. Enfin, rayonner sur l'Afrique comme point d'accès privilégié au capitaux internationaux à destination du continent dans la logique du projet AELP qui interconnecte les bourses africaines. En fait, la fragmentation des marchés africains freine le financement du développement. Le marché à terme contribue à la profondeur qui manque encore au continent.
Le Matin: le développement des produits dérivés est souvent lié à une plus grande sophistication des marchés. L'écosystème financier marocain est-il aujourd'hui suffisamment mature pour suivre ?
La maturité se mesure, elle ne s'affirme pas. Ce que l’on observe aujourd'hui est encourageant. Le socle est solide, construit sur deux décennies de réformes patientes, un marché obligataire profond, une industrie de gestion d'actifs professionnalisés, plus de 825 milliards de dirhams d'actifs nets OPCVM, une infrastructure de négociation reconnue par ses pairs et une capitalisation boursière qui place Casablanca au second rang africain.
Sur le plan institutionnel, l'architecture légale et réglementaire a été le fruit d'années de concertation. Deux entités nouvelles ont vu le jour récemment : la SGMAT et CCP Maroc respectivement, société gestionnaire du marché à terme et la Chambre de Compensation, avec des standards opérationnels comparables à ceux des grandes places mondiales. Le choix de démarrer avec le Future sur le MASI 20 traduit une prudence d'approche : Commencer par le segment le plus liquide pour ancrer la confiance. Dès le premier jour, les membres agrées ont opéré avec des systèmes fonctionnels et sur une plateforme identique à celle de Londres.
Cela dit, la maturité est un processus. Des chantiers communs à l'écosystème restent ouverts : approfondir la liquidité, développer le prêt-emprunt de titres, élargir la base d'investisseurs, accompagner la montée en compétence des acteurs. Les produits dérivés révèlent le niveau de maturité et accélère l'apprentissage.
Les bases sont posées. Le reste, désormais, se construit opération après opération
Le Matin: Le lancement répond-il à une demande réelle du marché ou s'inscrit-il davantage dans une volonté de moderniser l'image de la bourse de Casablanca ?
Une certitude : la demande est réelle et elle est ancienne. Les gestionnaires d'actifs, les compagnies d'assurance, les fonds de pension gèrent des expositions considérables. Et jusqu'alors, ils ne disposaient pas de mécanismes efficaces de couverture. Un investisseur qui anticipait une baisse n'avait d'autre choix que de vendre sa position. Désormais, il peut la maintenir et la couvrir. Avec ces instruments de couverture, ce n'est pas l'image de la Bourse qui est recherchée. C'est une question de fonctionnalité à assurer. La crédibilité d'une place passe, précisément, par ce type d'instrument, y compris dans la perspective d'une amélioration de la classification internationale du Maroc.
La suite des évènements est déjà en préparation : Le Future sur taux d'intérêt répond, lui également, à une demande réelle du marché obligataire. Chaque produit s'appuiera sur la maturité acquise par le précédent. Ce qui me convainc, personnellement, qu’on est dans la bonne voie, c'est la mobilisation exceptionnelle qui fut observée à l'occasion de la préparation multidimensionnelle au marché à terme de la part des acteurs tant publics que privés, autant de Rabat que Casablanca. On s’est préparé, concerté et on a investi.
Cette mobilisation-là, est le signal le plus fiable et représente déjà une réelle Success Story.
Le Matin: Comment ce nouveau marché s'intègre-t-il dans la stratégie financière globale du Maroc ? Peut-il constituer un levier pour attirer davantage d'investisseurs étrangers ?
Le marché à terme est un accélérateur de la mise en œuvre de la stratégie financière globale du Maroc.
Par rapport aux investisseurs résidents, l'existence d'instruments de couverture modifie la façon dont ils peuvent rester exposés au marché actions, y compris et surtout, lors des périodes de turbulences. Ceci contribue à la profondeur et à la stabilité du marché au comptant, un effet souvent sous-estimé. L'attractivité d'un marché se mesure en effet, aussi, à la qualité de gestion du risque qu’il autorise.
Aux yeux des investisseurs internationaux, Casablanca dispose désormais de l'ensemble des composantes d'une place financière moderne. Une Chambre de Compensation opérationnelle, un cas réglementaire aligné sur les meilleures pratiques mondiales, une gamme d'instruments qui va continuer à s'élargir. Le lancement du marché à terme au Maroc intervient dans une séquence favorable. Le retour à l’Investment Grade, la perspective d'une amélioration de la classification du Maroc dans les indices émergents, sans oublier la dynamique d'investissement liée à la CAN 2025 et à la Coupe du Monde 2030.
Par ailleurs notre pays s'inscrit dans une dynamique de coopération financière africaine qui prend de l'ampleur. Il ne s'agit pas, pour nous, de concurrencer les autres places du continent. Œuvrons plutôt à construire avec elles, un espace financier africain plus profond, plus interconnecté. ‘’L'harmonisation, pas l'uniformisation’’ : c'est le principe qui nous semble devoir prévaloir.
Le Matin: Quels sont les prochains chantiers ? Comment voyez-vous la bourse de Casablanca évoluer dans les prochaines années ?
Les discussions au sein du Conseil d’Administration de la Bourse et avec les autorités publiques sont passionnantes à ce sujet, notamment pour affiner la feuille de route commune. Le principe est que chaque étape doive répondre un besoin réel du marché et s'appuyer sur la maturité de l'étape précédente. Concernant les dérivés, le Future sur taux d’intérêt est la prochaine priorité. Les opérateurs obligataires, gestionnaires de la dette, Assureurs, Trésoriers, attendent cet outil de couverture.
Viendront ensuite les Futures sur actions individuelles, puis les options. En parallèle, l'activité pleine du prêt-emprunt de titres, constitue un chantier technique décisif. Il permettra des arbitrages efficaces, un Market Making fluide et, en définitive, une véritable profondeur de marché.
La transformation concerne également le marché au comptant. La nouvelle loi sur les OPCVM la plus profonde refonte depuis 30 ans, ouvre la voie aux ETF, aux OPCVM participatifs. L'arrivée des ETF et des OPCI élargira significativement la palette disponible pour les épargnants marocains et démocratisera davantage l'accès au marché.
Au-delà des produits côtés, la loi prévoit l'extension du périmètre de la Chambre de Compensation à d'autres classes d'actifs, y compris de gré à gré. C'est une perspective structurante et prometteuse pour l'ensemble de l'écosystème.
À cela s'ajoute la transformation de la bourse en groupe intégré autour de trois piliers Comptant, Terme, Compensation. À terme, on peut entrevoir l'essor de la finance verte et la perspective d’introduire les Dérivés de change qui devront accompagner une plus grande flexibilisation du dirham.
Ces développements et perspectives renforcent notre conviction que les marchés financiers marocains ont la capacité d'aller plus vite et plus loin. La condition, c'est le rassemblement autour de cet intérêt collectif, la rigueur dans l'exécution et la patience dans la construction.
Vous voyez : le chemin est peut-être long, mais il est tout tracé.
Brahim Benjelloun Touimi: Le 6 avril, date de lancement du marché à terme au Maroc est, en fait, un point de départ. L'ambition, exprimée par les autorités publiques marocaines et qui est également la nôtre au niveau du Conseil et des dirigeants de la Bourse de Casablanca, est de faire de celle-ci une place financière de référence sur le continent africain. Elle le sera par la réalité de ce qui est patiemment construit par l'ensemble des composantes de l'Ecosystème financier : Ministère de l’Economie et des Finances, Bourse de Casablanca, Superviseurs, AMMC, Bank Al Maghrib, ACAPS, Banques, Assurances, Sociétés de bourse, sociétés de gestion et leurs associations professionnelles. Avec le marché à terme, le Maroc rejoint un cercle très restreint de places africaines dotées d'une infrastructure de dérivés listés, d'une Chambre de Compensation robuste et d'un cadre juridique solide.
L’ambition pour la place de Casablanca est triple : Approfondir d'abord la liquidité et la maturité du marché. Attirer ensuite les investisseurs institutionnels internationaux qui regardent, d'abord, la diversité et la complétude des instruments disponibles. Enfin, rayonner sur l'Afrique comme point d'accès privilégié au capitaux internationaux à destination du continent dans la logique du projet AELP qui interconnecte les bourses africaines. En fait, la fragmentation des marchés africains freine le financement du développement. Le marché à terme contribue à la profondeur qui manque encore au continent.
Le Matin: le développement des produits dérivés est souvent lié à une plus grande sophistication des marchés. L'écosystème financier marocain est-il aujourd'hui suffisamment mature pour suivre ?
La maturité se mesure, elle ne s'affirme pas. Ce que l’on observe aujourd'hui est encourageant. Le socle est solide, construit sur deux décennies de réformes patientes, un marché obligataire profond, une industrie de gestion d'actifs professionnalisés, plus de 825 milliards de dirhams d'actifs nets OPCVM, une infrastructure de négociation reconnue par ses pairs et une capitalisation boursière qui place Casablanca au second rang africain.
Sur le plan institutionnel, l'architecture légale et réglementaire a été le fruit d'années de concertation. Deux entités nouvelles ont vu le jour récemment : la SGMAT et CCP Maroc respectivement, société gestionnaire du marché à terme et la Chambre de Compensation, avec des standards opérationnels comparables à ceux des grandes places mondiales. Le choix de démarrer avec le Future sur le MASI 20 traduit une prudence d'approche : Commencer par le segment le plus liquide pour ancrer la confiance. Dès le premier jour, les membres agrées ont opéré avec des systèmes fonctionnels et sur une plateforme identique à celle de Londres.
Cela dit, la maturité est un processus. Des chantiers communs à l'écosystème restent ouverts : approfondir la liquidité, développer le prêt-emprunt de titres, élargir la base d'investisseurs, accompagner la montée en compétence des acteurs. Les produits dérivés révèlent le niveau de maturité et accélère l'apprentissage.
Les bases sont posées. Le reste, désormais, se construit opération après opération
Le Matin: Le lancement répond-il à une demande réelle du marché ou s'inscrit-il davantage dans une volonté de moderniser l'image de la bourse de Casablanca ?
Une certitude : la demande est réelle et elle est ancienne. Les gestionnaires d'actifs, les compagnies d'assurance, les fonds de pension gèrent des expositions considérables. Et jusqu'alors, ils ne disposaient pas de mécanismes efficaces de couverture. Un investisseur qui anticipait une baisse n'avait d'autre choix que de vendre sa position. Désormais, il peut la maintenir et la couvrir. Avec ces instruments de couverture, ce n'est pas l'image de la Bourse qui est recherchée. C'est une question de fonctionnalité à assurer. La crédibilité d'une place passe, précisément, par ce type d'instrument, y compris dans la perspective d'une amélioration de la classification internationale du Maroc.
La suite des évènements est déjà en préparation : Le Future sur taux d'intérêt répond, lui également, à une demande réelle du marché obligataire. Chaque produit s'appuiera sur la maturité acquise par le précédent. Ce qui me convainc, personnellement, qu’on est dans la bonne voie, c'est la mobilisation exceptionnelle qui fut observée à l'occasion de la préparation multidimensionnelle au marché à terme de la part des acteurs tant publics que privés, autant de Rabat que Casablanca. On s’est préparé, concerté et on a investi.
Cette mobilisation-là, est le signal le plus fiable et représente déjà une réelle Success Story.
Le Matin: Comment ce nouveau marché s'intègre-t-il dans la stratégie financière globale du Maroc ? Peut-il constituer un levier pour attirer davantage d'investisseurs étrangers ?
Le marché à terme est un accélérateur de la mise en œuvre de la stratégie financière globale du Maroc.
Par rapport aux investisseurs résidents, l'existence d'instruments de couverture modifie la façon dont ils peuvent rester exposés au marché actions, y compris et surtout, lors des périodes de turbulences. Ceci contribue à la profondeur et à la stabilité du marché au comptant, un effet souvent sous-estimé. L'attractivité d'un marché se mesure en effet, aussi, à la qualité de gestion du risque qu’il autorise.
Aux yeux des investisseurs internationaux, Casablanca dispose désormais de l'ensemble des composantes d'une place financière moderne. Une Chambre de Compensation opérationnelle, un cas réglementaire aligné sur les meilleures pratiques mondiales, une gamme d'instruments qui va continuer à s'élargir. Le lancement du marché à terme au Maroc intervient dans une séquence favorable. Le retour à l’Investment Grade, la perspective d'une amélioration de la classification du Maroc dans les indices émergents, sans oublier la dynamique d'investissement liée à la CAN 2025 et à la Coupe du Monde 2030.
Par ailleurs notre pays s'inscrit dans une dynamique de coopération financière africaine qui prend de l'ampleur. Il ne s'agit pas, pour nous, de concurrencer les autres places du continent. Œuvrons plutôt à construire avec elles, un espace financier africain plus profond, plus interconnecté. ‘’L'harmonisation, pas l'uniformisation’’ : c'est le principe qui nous semble devoir prévaloir.
Le Matin: Quels sont les prochains chantiers ? Comment voyez-vous la bourse de Casablanca évoluer dans les prochaines années ?
Les discussions au sein du Conseil d’Administration de la Bourse et avec les autorités publiques sont passionnantes à ce sujet, notamment pour affiner la feuille de route commune. Le principe est que chaque étape doive répondre un besoin réel du marché et s'appuyer sur la maturité de l'étape précédente. Concernant les dérivés, le Future sur taux d’intérêt est la prochaine priorité. Les opérateurs obligataires, gestionnaires de la dette, Assureurs, Trésoriers, attendent cet outil de couverture.
Viendront ensuite les Futures sur actions individuelles, puis les options. En parallèle, l'activité pleine du prêt-emprunt de titres, constitue un chantier technique décisif. Il permettra des arbitrages efficaces, un Market Making fluide et, en définitive, une véritable profondeur de marché.
La transformation concerne également le marché au comptant. La nouvelle loi sur les OPCVM la plus profonde refonte depuis 30 ans, ouvre la voie aux ETF, aux OPCVM participatifs. L'arrivée des ETF et des OPCI élargira significativement la palette disponible pour les épargnants marocains et démocratisera davantage l'accès au marché.
Au-delà des produits côtés, la loi prévoit l'extension du périmètre de la Chambre de Compensation à d'autres classes d'actifs, y compris de gré à gré. C'est une perspective structurante et prometteuse pour l'ensemble de l'écosystème.
À cela s'ajoute la transformation de la bourse en groupe intégré autour de trois piliers Comptant, Terme, Compensation. À terme, on peut entrevoir l'essor de la finance verte et la perspective d’introduire les Dérivés de change qui devront accompagner une plus grande flexibilisation du dirham.
Ces développements et perspectives renforcent notre conviction que les marchés financiers marocains ont la capacité d'aller plus vite et plus loin. La condition, c'est le rassemblement autour de cet intérêt collectif, la rigueur dans l'exécution et la patience dans la construction.
Vous voyez : le chemin est peut-être long, mais il est tout tracé.
