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Mercredi 30 Septembre 2026
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Le marché des capitaux a gagné en taille, il doit devenir plus accessible aux PME (Tarik Senhaji)

Avec près de 1.200 milliards de dirhams de patrimoine financier détenu par les ménages à fin 2025, plus de 600 milliards d’actifs mobiliers détenus par les assureurs et régimes de retraite et plus de 430.000 comptes-titres au premier trimestre 2026, le Maroc dispose d’une base d’épargne importante. Pour Tarik Senhaji, président de l’AMMC, l’enjeu est désormais moins de créer de nouveaux instruments que de mieux connecter ces ressources aux besoins des PME. Le régulateur veut ainsi rapprocher le marché des capitaux de l’économie réelle et simplifier, lorsque cela est possible, le parcours des entreprises sans réduire les exigences de transparence et de protection des investisseurs.

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Le marché des capitaux a gagné en taille, en profondeur et en diversité. Son prochain défi sera de devenir plus accessible aux PME. C’est le message central porté par Tarik Senhaji, président de l’Autorité marocaine du marché des capitaux (AMMC), lors d’une conférence organisée conjointement avec la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM) à Casablanca autour du thème « Marché de capitaux et financement de la PME ». Pour le président du régulateur, le changement d’échelle que connaît l’économie impose au système financier d’accompagner une part croissante des investissements futurs du Royaume. Cela suppose notamment de mieux orienter l’épargne domestique vers les besoins longs des entreprises, de diversifier davantage leurs sources de financement et surtout de partir des besoins des sociétés plutôt que des seuls instruments déjà disponibles.

1.200 milliards de dirhams de patrimoine financier détenu par les ménages

Les ressources mobilisables sont déjà considérables. À fin 2025, le patrimoine financier des ménages atteignait près de 1.200 milliards de dirhams. De leur côté, les principaux investisseurs institutionnels, essentiellement les compagnies d’assurances et les régimes de retraite, détenaient plus de 600 milliards de dirhams d’actifs mobiliers. La base des investisseurs individuels s’est également fortement élargie. Le nombre de comptes-titres a presque triplé depuis 2020 pour dépasser 430.000 au premier trimestre 2026. Cette masse d’épargne constitue un réservoir potentiel pour le financement des entreprises. L’enjeu consiste désormais à mieux faire circuler ces ressources vers les besoins d’investissement productif, particulièrement ceux des PME.

Pour Tarik Senhaji, la responsabilité du marché consiste ainsi à créer davantage de passerelles entre l’épargne longue et les investissements longs, mais également entre les ménages, les investisseurs institutionnels et les entreprises.

Un marché devenu beaucoup plus diversifié

Cette évolution ne repose plus uniquement sur la Bourse. À fin 2025, l’encours des dettes et créances obligataires privées dépassait 308 milliards de dirhams, donnant aux entreprises une source de financement complémentaire au crédit bancaire. Les OPCVM représentaient pour leur part 785 milliards de dirhams d’actifs nets, constituant l’un des principaux véhicules de mobilisation de l’épargne. Les OPCI approchaient les 134 milliards de dirhams, avec pour fonction notamment de transformer des actifs immobiliers en ressources pouvant être réallouées à l’investissement. La titrisation a également enregistré une forte progression : les émissions ont atteint 15,5 milliards de dirhams en 2025, contre seulement 2,4 milliards un an auparavant.

Les premiers mois de 2026 prolongent cette tendance. À fin mai, les actifs nets des OPCVM ont atteint 827 milliards de dirhams, grâce notamment à une collecte nette de 46 milliards. Dans le même temps, la capitalisation de la Bourse de Casablanca a franchi le seuil de 1.000 milliards de dirhams.

À ces instruments s’ajoutent désormais le capital-investissement et le crowdfunding, dont la première opération relevant de la catégorie investissement a récemment obtenu une autorisation de l’AMMC.

Le marché existe, mais encore faut-il y amener davantage de PME

Le diagnostic du régulateur est donc relativement clair...le problème n’est plus uniquement l’absence d’outils de financement. La question devient celle de leur utilisation. Le Maroc dispose aujourd’hui d’un continuum allant du capital-investissement à l’introduction en Bourse, en passant par la dette privée, les fonds, la titrisation ou encore le financement collaboratif. Les dix dernières introductions en Bourse illustrent cette articulation : sept d’entre elles ont impliqué la sortie partielle d’un investisseur financier.

Autrement dit, le capital-investissement peut accompagner une entreprise durant sa phase de croissance avant qu’une partie de son financement ou de son actionnariat ne bascule ensuite vers le marché coté. De la même manière, la dette obligataire peut constituer un premier passage vers les marchés avant une opération en capital. Cette logique de relais successifs est précisément celle que l’AMMC souhaite renforcer.

Les solutions doivent partir du besoin à financer

Le principal changement attendu concerne donc l’accompagnement des entreprises en amont. Pour Tarik Senhaji, les professionnels du marché doivent aller davantage vers les PME, comprendre leur trajectoire, identifier leurs besoins et intervenir plus tôt dans leur préparation. L’objectif est d’éviter une logique dans laquelle une entreprise se verrait proposer un produit financier simplement parce qu’il existe. « Les solutions doivent partir du besoin à financer, et non seulement de l’instrument disponible », a résumé le président de l’AMMC. Une PME qui finance son outil industriel, une autre qui prépare une expansion internationale, une entreprise innovante ou un exportateur n’ont ni les mêmes besoins, ni les mêmes maturités, ni les mêmes profils de risque. Le marché doit donc gagner en capacité d’adaptation autant qu’en volume de financement.

Le rapprochement ne dépend toutefois pas seulement des intermédiaires financiers. Les entreprises elles-mêmes doivent franchir plusieurs étapes avant de pouvoir accéder durablement aux marchés : structuration de leur gouvernance, amélioration de la qualité de l’information financière, transparence et capacité à répondre aux exigences des investisseurs.

Le président de la CGEM, Mehdi Tazi, a rappelé qu’une introduction en Bourse se prépare plusieurs années en amont. Elle implique de structurer l’entreprise, renforcer son management et disposer d’une information financière suffisamment fiable. Pour l’AMMC, ces exigences ne sont pas accessoires. Elles constituent le socle même de la confiance. Tarik Senhaji insiste toutefois sur la possibilité de mieux proportionner certaines règles afin de fluidifier le parcours des entreprises sans remettre en cause la sécurité du marché.

Simplifier sans affaiblir la protection des investisseurs

Cette notion de proportionnalité constitue l’un des axes importants de la prochaine étape. Selon le président de l’AMMC, qualité de l’information, intégrité du marché et protection des investisseurs restent non négociables. Mais cela n’exclut pas d’identifier, avec l’ensemble de l’écosystème, les procédures qui pourraient être simplifiées, accélérées ou adaptées à la taille et aux caractéristiques des entreprises concernées. « La proportionnalité n’est pas un renoncement à la régulation. Elle en est l’une des conditions d’efficacité », a-t-il expliqué. Pour une PME, le coût administratif et organisationnel d’un accès au marché peut en effet devenir un obstacle si les exigences sont conçues exclusivement à partir des contraintes de grands émetteurs. Le chantier consiste donc à trouver un équilibre entre accessibilité et confiance.

Le plan stratégique 2024-2028 de l’AMMC en toile de fond

Cette orientation s’inscrit dans le plan stratégique 2024-2028 de l’AMMC, qui vise à construire un marché plus efficient et innovant au service du financement de l’économie et du développement de l’épargne. Trois priorités structurent cette feuille de route : mieux mobiliser l’épargne, élargir les solutions de financement et simplifier le parcours d’accès au marché.

L’AMMC prévoit notamment de continuer à développer la dette obligataire privée et les fonds de dette, d’approfondir la titrisation et le financement collaboratif, d’élargir les produits d’investissement et de renforcer l’accompagnement des entreprises.

L’autorité et la CGEM ont déjà engagé plusieurs actions communes. Plus récemment, un programme mené avec le ministère de l’Industrie et du Commerce et la Bourse de Casablanca a réuni des entreprises industrielles à fort potentiel susceptibles de mobiliser des financements de marché.
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