Les chiffres du Foreign Agricultural Service (FAS) du département américain de l’Agriculture (USDA) ne laissent guère de place au doute. En 2025, les États-Unis ont exporté pour 815 millions de dollars de produits agricoles vers le Maroc. Un niveau jamais atteint sur la période observée, en hausse de 38% par rapport aux 592 millions enregistrés en 2024. En cinq ans, le flux a progressé de 69%. Le premier trimestre 2026 confirme l’élan : avec 354 millions de dollars, soit une progression de 47% sur un an, le Maroc se profile ainsi comme l’un des marchés les plus dynamiques du continent africain pour les exportateurs agricoles américains. Pour le pays de l’Oncle Sam, le Royaume occupe désormais une position stratégique qu’aucun autre pays d’Afrique du Nord ne dispute sérieusement, à l’exception de l’Égypte, premier marché agricole africain pour les États-Unis, qui représente des volumes nettement supérieurs mais dans un contexte de tensions sur la dette et de subventions massives qui fragilisent la relation commerciale.
Un accord de libre-échange qui joue à plein
L’Accord de libre-échange Maroc/États-Unis, entré en vigueur en 2006, a progressivement abaissé les droits de douane sur la quasi-totalité des produits agricoles américains. Les effets, lents à se matérialiser dans un premier temps, semblent désormais se cumuler avec d’autres facteurs structurels. La sécheresse qui frappe le Maroc de manière récurrente depuis plusieurs années a réduit la production céréalière nationale et contraint le pays à recourir davantage aux marchés internationaux. En 2024, les importations marocaines de céréales et d’aliments pour animaux ont sensiblement progressé – une tendance que les statistiques américaines reflètent avec précision. Concrètement, le poste «vrac» en est une illustration saisissante : il atteint 225 millions de dollars en 2025, contre seulement 84 millions en 2024, soit une multiplication par 2,7 en un an. Ce niveau exceptionnel s’explique en partie par des achats opportunistes liés aux prix mondiaux du blé et du maïs, et par les déficits de récolte domestique. La légère décélération observée au premier trimestre 2026 (+6% seulement, contre +47% pour le total) suggère un possible effet de rattrapage en 2025 plutôt qu’une tendance pérenne sur ce segment.
La lecture au niveau des codes douaniers à dix chiffres est particulièrement éclairante. Le tourteau de soja brut (code HS 2304000000) constitue à lui seul le premier poste : 75 millions de dollars au T1 2026, contre 35 millions au T1 2025, soit une hausse de 111%. Il est complété par la farine de soja qui a généré 6,2 millions de dollars en 2025, signe que les industriels marocains de l’alimentation animale diversifient leur Sourcing à l’intérieur même de la filière soja américaine. L’huile de soja brute (code 1507100000) constitue la surprise du tableau. Totalement absente des statistiques entre 2021 et 2024, elle réapparaît brusquement en 2025 avec 17,5 millions de dollars, avant de bondir à 37,7 millions dès le seul premier trimestre 2026, en hausse de 116%. Cette irruption soudaine traduit vraisemblablement une décision d’approvisionnement stratégique de la part des transformateurs marocains d’huiles alimentaires, dans un contexte de tension sur les origines européennes et sud-américaines.
Les drêches de distillerie (code 2303300000), sous-produits de l’industrie éthanol américaine, complètent le tableau avec 37 millions de dollars au premier trimestre (T1) 2026 (+118%), après 52 millions sur l’ensemble de 2025. Ce flux, en progression continue depuis 2020 hormis un creux en 2024, illustre la montée en puissance de l’élevage bovin et ovin marocain, gros consommateurs de ces matières riches en énergie et en protéines. Dans les autres aliments composés, deux postes méritent attention : les sons et farines de légumineuses progressent de 197% au T1 2026, à 2,1 millions de dollars, et les préparations alimentaires animales diverses s’envolent de 216%, à 1,5 million. À l’inverse, le Corn Gluten Feed, qui représentait encore plus de 10 millions de dollars par an entre 2020 et 2022, a totalement disparu des statistiques depuis 2025 – probablement au profit de substituts brésiliens ou locaux.
Si la tendance du premier trimestre 2026 se confirme sur l’ensemble de l’année, le cap du milliard de dollars d’exportations agricoles américaines vers le Maroc pourrait être franchi dès cette année. Ce serait une première, et un signal que le Royaume s’est définitivement installé parmi les partenaires agricoles prioritaires des États-Unis sur le continent africain.
Un accord de libre-échange qui joue à plein
L’Accord de libre-échange Maroc/États-Unis, entré en vigueur en 2006, a progressivement abaissé les droits de douane sur la quasi-totalité des produits agricoles américains. Les effets, lents à se matérialiser dans un premier temps, semblent désormais se cumuler avec d’autres facteurs structurels. La sécheresse qui frappe le Maroc de manière récurrente depuis plusieurs années a réduit la production céréalière nationale et contraint le pays à recourir davantage aux marchés internationaux. En 2024, les importations marocaines de céréales et d’aliments pour animaux ont sensiblement progressé – une tendance que les statistiques américaines reflètent avec précision. Concrètement, le poste «vrac» en est une illustration saisissante : il atteint 225 millions de dollars en 2025, contre seulement 84 millions en 2024, soit une multiplication par 2,7 en un an. Ce niveau exceptionnel s’explique en partie par des achats opportunistes liés aux prix mondiaux du blé et du maïs, et par les déficits de récolte domestique. La légère décélération observée au premier trimestre 2026 (+6% seulement, contre +47% pour le total) suggère un possible effet de rattrapage en 2025 plutôt qu’une tendance pérenne sur ce segment.
L’élevage, moteur discret d’une dépendance nouvelle
Mais le signal le plus structurel – et le plus durable – vient d’ailleurs. Derrière la progression globale, c’est la catégorie des produits intermédiaires, destinés essentiellement à l’alimentation animale, qui affiche la dynamique la plus frappante. Au premier trimestre 2026, ces produits ont progressé de 102% par rapport à la même période de 2025, pour atteindre 157 millions de dollars, dépassant pour la première fois les produits de consommation finale sur ce trimestre.La lecture au niveau des codes douaniers à dix chiffres est particulièrement éclairante. Le tourteau de soja brut (code HS 2304000000) constitue à lui seul le premier poste : 75 millions de dollars au T1 2026, contre 35 millions au T1 2025, soit une hausse de 111%. Il est complété par la farine de soja qui a généré 6,2 millions de dollars en 2025, signe que les industriels marocains de l’alimentation animale diversifient leur Sourcing à l’intérieur même de la filière soja américaine. L’huile de soja brute (code 1507100000) constitue la surprise du tableau. Totalement absente des statistiques entre 2021 et 2024, elle réapparaît brusquement en 2025 avec 17,5 millions de dollars, avant de bondir à 37,7 millions dès le seul premier trimestre 2026, en hausse de 116%. Cette irruption soudaine traduit vraisemblablement une décision d’approvisionnement stratégique de la part des transformateurs marocains d’huiles alimentaires, dans un contexte de tension sur les origines européennes et sud-américaines.
Les drêches de distillerie (code 2303300000), sous-produits de l’industrie éthanol américaine, complètent le tableau avec 37 millions de dollars au premier trimestre (T1) 2026 (+118%), après 52 millions sur l’ensemble de 2025. Ce flux, en progression continue depuis 2020 hormis un creux en 2024, illustre la montée en puissance de l’élevage bovin et ovin marocain, gros consommateurs de ces matières riches en énergie et en protéines. Dans les autres aliments composés, deux postes méritent attention : les sons et farines de légumineuses progressent de 197% au T1 2026, à 2,1 millions de dollars, et les préparations alimentaires animales diverses s’envolent de 216%, à 1,5 million. À l’inverse, le Corn Gluten Feed, qui représentait encore plus de 10 millions de dollars par an entre 2020 et 2022, a totalement disparu des statistiques depuis 2025 – probablement au profit de substituts brésiliens ou locaux.
Les animaux vivants, révélateur de la structuration de la filière avicole
Un autre segment du tableau mérite une lecture attentive : les animaux vivants, qui atteignent 6,5 millions de dollars en 2025. Derrière ce chiffre modeste en valeur se cache une réalité industrielle significative. Les dindes reproductrices vivantes, avec 5,7 millions de dollars en 2025, constituent l’essentiel du poste. Ces importations servent directement à alimenter en reproducteurs les accouveurs marocains, dont la filière dinde connaît une expansion rapide portée par la montée de la demande urbaine. La légère baisse au T1 2026 (-34%) pourrait signaler une phase de consolidation des cheptels, après plusieurs années d’investissement soutenu. L’apparition de poussins chair de type Broiler (854.000 dollars en 2025 et 238.000 au T1 2026) confirme que les échanges de matériel génétique avicole entre les États-Unis et le Maroc sont en train de se structurer au-delà des seules dindes. Ce flux, même marginal en valeur, est un indicateur avancé de la trajectoire industrielle de la filière marocaine.Une dépendance à double tranchant
Cette configuration est économiquement rationnelle mais soulève des questions de souveraineté alimentaire que le Maroc n’ignore pas. D’ailleurs, le Plan Maroc Vert, puis la stratégie «Génération Green 2020-2030», ont bien intégré la nécessité de développer une filière nationale de production d’oléo-protéagineux. Les résultats restent modestes au regard des besoins. La filière avicole marocaine, qui compte parmi les premières en Afrique, est ainsi exposée à des chocs d’approvisionnement extérieurs : une perturbation des exportations américaines, une flambée des cours du soja ou une dépréciation du dirham peuvent peser directement sur les coûts de production et, in fine, sur le prix des poulets et des œufs sur les marchés de Casablanca ou de Fès. La concentration sur quelques lignes de produits accentue ce risque. Tourteau de soja, huile brute et drêches représentent à eux trois près de 150 millions de dollars sur le seul premier trimestre 2026, soit 42% du total des exportations agricoles américaines vers le Maroc. Une disruption climatique, logistique ou commerciale sur l’une de ces filières se transmettrait immédiatement aux coûts des éleveurs marocains.Un marché à consolider pour les États-Unis
Du côté américain, le Maroc représente à la fois une vitrine et un levier. Vitrine, parce que la relation commerciale agricole avec le Royaume est souvent citée en exemple : les flux ont été multipliés par plus de six depuis l’entrée en vigueur du texte en 2006. Levier, parce que le Maroc joue un rôle de hub commercial vers l’Afrique subsaharienne, avec laquelle il multiplie les accords d’intégration économique. Les exportateurs américains ont en outre renforcé leur présence institutionnelle au Maroc. La progression des produits de consommation finale – 302 millions de dollars en 2025, en hausse de 24% sur un an et encore de 36% au T1 2026 – indique que le marché ne se limite plus aux matières premières : aliments transformés, condiments, snacks, boissons gagnent du terrain dans la distribution moderne marocaine. Même les produits forestiers américains, dominés par le chêne rouge (code 4407910022, 7 millions de dollars en 2025) et le noyer (436.000 dollars), témoignent d’une relation commerciale qui s’élargit bien au-delà des seules céréales.Si la tendance du premier trimestre 2026 se confirme sur l’ensemble de l’année, le cap du milliard de dollars d’exportations agricoles américaines vers le Maroc pourrait être franchi dès cette année. Ce serait une première, et un signal que le Royaume s’est définitivement installé parmi les partenaires agricoles prioritaires des États-Unis sur le continent africain.
