Rarement un rapport de l’OCDE aura autant résumé, en deux mots, la réalité d’une économie mondiale sous contrainte. «Sous pression» : c’est le titre choisi par l’organisation pour ses Perspectives économiques de juin 2026, et le Maroc n’échappe pas à cette lecture. Le Royaume y figure dans une position paradoxale, celle d’un pays qui affiche l’une de ses meilleures performances de croissance depuis plusieurs années, tout en accumulant des vulnérabilités structurelles que l’institution détaille avec une précision inhabituelle. Entre dynamisme affiché et fragilités persistantes, le diagnostic de l’OCDE mérite d’être lu dans sa globalité.
La consommation privée reste solide, soutenue en 2025 par le recul de l’inflation, l’amélioration de la confiance des consommateurs et les retombées des grands chantiers. Les exportations et les recettes du tourisme étaient en hausse au début de 2026, tout comme la confiance des entreprises, avant que le choc énergétique lié au conflit au Moyen-Orient ne vienne perturber cette dynamique favorable.
Les conséquences sont déjà visibles : l’inflation, qui n’était que de 0,7% en 2025 après un net recul des prix alimentaires, devrait rebondir à 3,2% en 2026 sous l’effet de la hausse des prix de l’énergie et des produits alimentaires. Elle atteignait déjà 1,7% en avril 2026, avant de reculer à 1,4% en 2027. Le déficit de la balance courante, déjà supérieur à 2,2% du PIB en 2025, devrait se creuser à 3,1% en 2026 et 3,3% en 2027 en raison du renchérissement des importations.
Pour contrer ce risque, l’OCDE recommande de réduire la part des combustibles fossiles dans le mix énergétique, d’accélérer les énergies renouvelables et de renforcer l’efficacité énergétique, notamment par des normes réglementaires plus strictes dans les bâtiments, les véhicules et les équipements industriels. Des mesures qui, selon le rapport, amélioreraient à la fois la résilience aux chocs climatiques et la sécurité énergétique.
L’institution recommande d’élargir l’accès aux services de garde d’enfants, de s’attaquer aux stéréotypes de genre et de renforcer la formation professionnelle en entreprise pour faciliter l’intégration des femmes et des jeunes sur le marché du travail. Elle préconise également d’introduire davantage de flexibilité dans les contrats de travail tout en renforçant les incitations à exercer dans le secteur formel. Le taux de chômage ne devrait diminuer que de 0,3 point de pourcentage en 2026, avant de se stabiliser en 2027. Consolidation budgétaire : la trajectoire tient
Sur le front des finances publiques, le Maroc présente une trajectoire de consolidation progressive que l’OCDE juge crédible. Le déficit budgétaire a reculé de 3,9% du PIB en 2024 à 3,5% en 2025, et devrait atteindre 3% en 2026-2027. Cette amélioration repose sur la croissance des recettes fiscales, portée par la dynamique de l’activité économique et par les réformes fiscales en cours, qui «élargissent progressivement la base d’imposition et renforcent l’application de la législation».
Malgré la pression du choc énergétique, le gouvernement a fait le choix de rétablir les mesures de soutien au secteur des transports (en vigueur en 2022-2023) sans accorder d’aides directes aux ménages. L’OCDE note toutefois qu’un choc prolongé sur les prix de l’énergie, combiné au maintien des mesures de protection sociale, pourrait entraîner des dépenses publiques supérieures aux prévisions. Du côté monétaire, Bank Al-Maghrib maintient son taux directeur à 2,25% depuis mars 2025. L’OCDE n’anticipe aucune nouvelle baisse en 2026-2027, compte tenu du rebond temporaire de l’inflation attendu cette année.
Sur la corruption, l’institution formule un avertissement clair : si le cadre institutionnel de lutte contre la corruption a été renforcé, «des efforts supplémentaires sont nécessaires car le niveau de corruption perçue, surtout dans les marchés publics, reste élevé». Une observation qui revêt une acuité particulière dans un contexte où les grands projets d’infrastructure constituent précisément l’un des principaux moteurs de la croissance marocaine. L’OCDE préconise par ailleurs une hausse progressive des prix de l’eau et un renforcement des politiques climatiques pour améliorer la résilience du Royaume aux chocs hydriques, un enjeu d’autant plus prégnant que le rebond agricole de 2026 repose sur la bonne pluviométrie de l’hiver, phénomène par nature aléatoire.
Le rapport précise enfin la géographie des risques commerciaux du Maroc. L’Union européenne représente 60% des exportations de biens du Royaume, ce qui expose sa trajectoire de croissance à l’évolution de la conjoncture européenne. À l’inverse, l’exposition directe aux États-Unis reste limitée, ces derniers ne représentant que 3% des exportations marocaines de biens, une donnée qui relativise l’impact direct des tensions tarifaires américaines sur l’économie nationale, même si leurs effets indirects via l’UE restent un facteur de risque.
Une croissance tirée par la pluie et les chantiers
Le Maroc affiche l’une de ses meilleures performances macroéconomiques récentes. Après une progression du PIB de 4,6% en 2025, l’OCDE anticipe une accélération à 5% en 2026, avant un ralentissement à 3,9% en 2027. Deux moteurs principaux expliquent cette dynamique : d’un côté, les précipitations exceptionnelles de l’hiver, qui ont rempli les réservoirs d’eau et devraient provoquer un rebond de la production agricole d’environ 15% en 2026 ; de l’autre, la poursuite des investissements publics dans les grandes infrastructures, qui alimentent la croissance dans les secteurs manufacturier et de la construction.La consommation privée reste solide, soutenue en 2025 par le recul de l’inflation, l’amélioration de la confiance des consommateurs et les retombées des grands chantiers. Les exportations et les recettes du tourisme étaient en hausse au début de 2026, tout comme la confiance des entreprises, avant que le choc énergétique lié au conflit au Moyen-Orient ne vienne perturber cette dynamique favorable.
Le piège énergétique : 90% d’importations
La principale ligne de fragilité identifiée par l’OCDE est la dépendance énergétique. Avec 90% de ses besoins en énergie couverts par des importations, le Maroc est structurellement exposé aux chocs sur les marchés mondiaux. Le rapport place ainsi le Royaume dans le groupe des pays dont «l’énergie consommée est majoritairement importée», aux côtés de la Turquie, du Pakistan et de plusieurs économies d’Asie du Sud-Est.Les conséquences sont déjà visibles : l’inflation, qui n’était que de 0,7% en 2025 après un net recul des prix alimentaires, devrait rebondir à 3,2% en 2026 sous l’effet de la hausse des prix de l’énergie et des produits alimentaires. Elle atteignait déjà 1,7% en avril 2026, avant de reculer à 1,4% en 2027. Le déficit de la balance courante, déjà supérieur à 2,2% du PIB en 2025, devrait se creuser à 3,1% en 2026 et 3,3% en 2027 en raison du renchérissement des importations.
Pour contrer ce risque, l’OCDE recommande de réduire la part des combustibles fossiles dans le mix énergétique, d’accélérer les énergies renouvelables et de renforcer l’efficacité énergétique, notamment par des normes réglementaires plus strictes dans les bâtiments, les véhicules et les équipements industriels. Des mesures qui, selon le rapport, amélioreraient à la fois la résilience aux chocs climatiques et la sécurité énergétique.
Les phosphates, amortisseur fragile
Dans ce contexte de pression externe, les phosphates jouent un rôle d’amortisseur. Ils représentaient 21% des recettes d’exportation du Maroc en 2025, et la perturbation des exportations d’engrais en provenance du golfe Persique, bloqué par le conflit, redistribue une partie de la demande mondiale vers le Royaume, premier producteur mondial de phosphates. Mais l’OCDE met en garde contre une lecture trop optimiste. La production nationale d’engrais phosphatés dépend, pour ses intrants clés, des importations d’ammoniac et de soufre en provenance des économies du Golfe. Une prolongation du conflit «pourrait perturber l’approvisionnement pour la production nationale d’engrais en raison de la dépendance aux importations d’ammoniac et de soufre en provenance des économies du Golfe», souligne le rapport. L’avantage concurrentiel du phosphate est donc lui-même exposé à la même crise géopolitique qui l’alimente.Marché du travail : des chiffres qui interpellent
Si les indicateurs macroéconomiques sont globalement orientés à la hausse, le marché du travail reste une préoccupation centrale. Le taux de chômage global a légèrement reculé, passant de 13,4% en 2024 à 13% en 2025. Mais les chiffres sectoriels révèlent une réalité plus préoccupante : le chômage des jeunes atteint 37,2% et celui des femmes 20,5%. Des niveaux que l’OCDE qualifie explicitement d’«élevés» et qui appellent, selon elle, des réformes profondes.L’institution recommande d’élargir l’accès aux services de garde d’enfants, de s’attaquer aux stéréotypes de genre et de renforcer la formation professionnelle en entreprise pour faciliter l’intégration des femmes et des jeunes sur le marché du travail. Elle préconise également d’introduire davantage de flexibilité dans les contrats de travail tout en renforçant les incitations à exercer dans le secteur formel. Le taux de chômage ne devrait diminuer que de 0,3 point de pourcentage en 2026, avant de se stabiliser en 2027. Consolidation budgétaire : la trajectoire tient
Sur le front des finances publiques, le Maroc présente une trajectoire de consolidation progressive que l’OCDE juge crédible. Le déficit budgétaire a reculé de 3,9% du PIB en 2024 à 3,5% en 2025, et devrait atteindre 3% en 2026-2027. Cette amélioration repose sur la croissance des recettes fiscales, portée par la dynamique de l’activité économique et par les réformes fiscales en cours, qui «élargissent progressivement la base d’imposition et renforcent l’application de la législation».
Malgré la pression du choc énergétique, le gouvernement a fait le choix de rétablir les mesures de soutien au secteur des transports (en vigueur en 2022-2023) sans accorder d’aides directes aux ménages. L’OCDE note toutefois qu’un choc prolongé sur les prix de l’énergie, combiné au maintien des mesures de protection sociale, pourrait entraîner des dépenses publiques supérieures aux prévisions. Du côté monétaire, Bank Al-Maghrib maintient son taux directeur à 2,25% depuis mars 2025. L’OCDE n’anticipe aucune nouvelle baisse en 2026-2027, compte tenu du rebond temporaire de l’inflation attendu cette année.
Réformes structurelles : l’agenda exigeant de l’OCDE
Au-delà des projections conjoncturelles, le rapport consacre une section spécifique aux réformes structurelles que le Maroc doit engager pour que sa croissance devienne «forte et inclusive». L’OCDE identifie cinq chantiers prioritaires : la réduction de l’économie informelle, le renforcement du capital humain, la stimulation de la productivité, la lutte contre la corruption et la transition énergétique.Sur la corruption, l’institution formule un avertissement clair : si le cadre institutionnel de lutte contre la corruption a été renforcé, «des efforts supplémentaires sont nécessaires car le niveau de corruption perçue, surtout dans les marchés publics, reste élevé». Une observation qui revêt une acuité particulière dans un contexte où les grands projets d’infrastructure constituent précisément l’un des principaux moteurs de la croissance marocaine. L’OCDE préconise par ailleurs une hausse progressive des prix de l’eau et un renforcement des politiques climatiques pour améliorer la résilience du Royaume aux chocs hydriques, un enjeu d’autant plus prégnant que le rebond agricole de 2026 repose sur la bonne pluviométrie de l’hiver, phénomène par nature aléatoire.
Le rapport précise enfin la géographie des risques commerciaux du Maroc. L’Union européenne représente 60% des exportations de biens du Royaume, ce qui expose sa trajectoire de croissance à l’évolution de la conjoncture européenne. À l’inverse, l’exposition directe aux États-Unis reste limitée, ces derniers ne représentant que 3% des exportations marocaines de biens, une donnée qui relativise l’impact direct des tensions tarifaires américaines sur l’économie nationale, même si leurs effets indirects via l’UE restent un facteur de risque.
