La filière des oléagineux doit signer, cette année, une bonne saison agricole. Après sept années de sécheresse sévère, le secteur semble enfin sortir la tête de l’eau. Dans un échange avec «Le Matin», en marge du Salon international de l’agriculture de Meknès (SIAM), le président de la Fédération interprofessionnelle des oléagineux au Maroc (FOLEA), Mohammed El Baraka, affiche son optimisme : «C’est une année exceptionnelle en termes de pluviométrie qui redonne espoir à l’ensemble de l’écosystème des oléagineux au Maroc. Les superficies cultivées en oléagineux, en particulier le tournesol, doivent atteindre cette année plus de 50.000 ha». Un niveau record, jamais atteint depuis la belle époque que vivait la filière avant la libéralisation du secteur.
Le retour des pluies cette année dissipe donc les incertitudes d’une filière qui s’est engagée sur des objectifs ambitieux à l’horizon 2030, tels que consignés dans son contrat-programme signé avec l’État en 2023. «Ce cadre contractuel avance bien, certes, mais les années successives de sécheresse ont lourdement impacté les cultures oléagineuses. Ce qui fait que nous accusons relativement du retard sur l’objectif d’extension des superficies agricoles dédiées aux oléagineux», nous explique le patron de l’interprofession.
De l’aveu de l’opérateur, même avec les nouvelles ambitions du contrat-programme, la filière ne pourra pas retrouver ses belles années d’antan. Son explication : «Il faut dire qu’avant, la filière évoluait dans des conditions autres que celles d’aujourd’hui. Les superficies dédiées aux oléagineux atteignaient les 200.000 hectares et la production frôlait les 260.000 tonnes. Aujourd’hui, depuis la libéralisation du marché, il est quasiment difficile de retrouver ces niveaux. Mais, par rapport au nouveau contrat-programme de la filière, nous visons l’objectif de satisfaire 15 à 16% de nos besoins nationaux en oléagineux. Nous sommes aujourd’hui à peine à 1%, ce qui est bien en deçà de l’équilibre qui ne peut être atteint qu’avec une production locale de 15 à 20% des besoins de l’industrie de transformation».
Pour remettre la filière sur les bons rails, l’interprofession est sur un projet ambitieux : l’installation d’un centre technique à Meknès dédié à l’amont de la filière. «Les missions de cette plateforme technique seront centrées sur l’amont de la filière. Car, in fine, il s’agit de convaincre l’agriculteur d’aller vers la culture des oléagineux et de l’assurer du gain à tirer de son investissement», détaille El Baraka.
L’installation du centre technique de la filière bénéficie d’une assistance technique d’Agropol, association française de coopération pour le développement à l’international des filières oléo-protéagineuses. Cet organisme de coopération internationale de la filière française des oléo-protéagineux agit à l’international pour apporter aux acteurs de la société civile, ainsi qu’aux pouvoirs publics, une expertise spécialisée pour la structuration et le développement inclusif et durable des filières
oléo-protéagineuses.
«Il s’agit, à travers ce centre technique, de cristalliser une stratégie de développement des cultures oléagineuses au Maroc. Cette feuille de route sera basée sur un aspect organisationnel. En clair, il s’agit d’être en mesure d’accompagner le monde agricole dans le développement d’une production rentable et performante, et aussi dans la capacité à créer un référentiel. C’est là où le centre technique prend sa place», confie au journal «Le Matin» Guenael Le Guilloux, directeur général d’Agropol.
Selon lui, si l’on arrive à créer ce référentiel, la filière aura la capacité de répondre aux problématiques techniques des producteurs par des solutions adaptées et réalistes par rapport aux conditions qui existent au Maroc. Mais au-delà de cet accompagnement technique, l’enjeu est aussi d’ordre stratégique pour l’ensemble du système agricole. «Il faut être en mesure de nourrir les réflexions des pouvoirs publics et de la filière avec des données scientifiquement mesurées, afin de leur permettre de prendre des décisions éclairées en faveur du développement des oléagineux. Cette culture a des impacts positifs multiples : elle améliore la productivité des céréales, réduit leurs coûts de production et contribue également à renforcer la filière de l’élevage grâce à l’apport en protéines pour l’alimentation animale», souligne-t-il.
Ainsi, la filière dépasse largement sa seule vocation de production d’huile. «Les oléagineux constituent une filière charnière, à la croisée de plusieurs enjeux : répondre aux besoins alimentaires en huiles, améliorer les performances agronomiques des systèmes céréaliers et soutenir le développement de l’élevage. Leur potentiel en matière de souveraineté est donc considérable», insiste Le Guilloux.
Dans ce contexte, le rôle du projet porté avec la FOLEA est central. «Il s’agit d’accompagner la mise en place d’un schéma organisationnel capable de positionner les oléagineux comme une culture rentable pour les agriculteurs, tout en assurant un approvisionnement adapté pour l’industrie», précise-t-il.
Interrogé sur les perspectives de la filière, le responsable d’Agropol se montre globalement confiant. «La stratégie Génération Green et les contrats-programmes constituent un cadre incitatif que beaucoup de pays pourraient envier. Il y a au Maroc une véritable stratégie de développement agricole, ce qui est un atout majeur face aux défis du changement climatique», affirme-t-il.
Encore faut-il réussir à traduire cette ambition en performance sur le terrain. «L’enjeu est d’accompagner les agriculteurs pour qu’ils deviennent des producteurs performants, capables de générer du revenu tout en répondant aux besoins de l’industrie. Ce maillon intermédiaire est absolument crucial», poursuit l’expert. D’où l’approche progressive privilégiée par le projet. «Il ne s’agit pas d’accompagner tous les agriculteurs en même temps. Il faut cibler des zones pilotes, démontrer l’efficacité du modèle, puis le répliquer. C’est une démarche stratégique, comparable à celle d’une entreprise», explique Le Guilloux.
La réussite du projet repose aussi sur la capacité à fédérer les initiatives existantes. «Il ne s’agit pas de repartir de zéro, mais de créer des synergies avec les acteurs déjà mobilisés, qu’il s’agisse de la recherche, notamment l’INRA (Institut national de la recherche agronomique), ou d’institutions comme l’Université Mohammed VI Polytechnique. L’objectif est de construire un écosystème cohérent, capable de faire progresser à la fois les cultures oléagineuses et l’ensemble des systèmes agricoles vers plus de résilience», conclut-il.
Le retour des pluies cette année dissipe donc les incertitudes d’une filière qui s’est engagée sur des objectifs ambitieux à l’horizon 2030, tels que consignés dans son contrat-programme signé avec l’État en 2023. «Ce cadre contractuel avance bien, certes, mais les années successives de sécheresse ont lourdement impacté les cultures oléagineuses. Ce qui fait que nous accusons relativement du retard sur l’objectif d’extension des superficies agricoles dédiées aux oléagineux», nous explique le patron de l’interprofession.
De l’aveu de l’opérateur, même avec les nouvelles ambitions du contrat-programme, la filière ne pourra pas retrouver ses belles années d’antan. Son explication : «Il faut dire qu’avant, la filière évoluait dans des conditions autres que celles d’aujourd’hui. Les superficies dédiées aux oléagineux atteignaient les 200.000 hectares et la production frôlait les 260.000 tonnes. Aujourd’hui, depuis la libéralisation du marché, il est quasiment difficile de retrouver ces niveaux. Mais, par rapport au nouveau contrat-programme de la filière, nous visons l’objectif de satisfaire 15 à 16% de nos besoins nationaux en oléagineux. Nous sommes aujourd’hui à peine à 1%, ce qui est bien en deçà de l’équilibre qui ne peut être atteint qu’avec une production locale de 15 à 20% des besoins de l’industrie de transformation».
Pour remettre la filière sur les bons rails, l’interprofession est sur un projet ambitieux : l’installation d’un centre technique à Meknès dédié à l’amont de la filière. «Les missions de cette plateforme technique seront centrées sur l’amont de la filière. Car, in fine, il s’agit de convaincre l’agriculteur d’aller vers la culture des oléagineux et de l’assurer du gain à tirer de son investissement», détaille El Baraka.
L’installation du centre technique de la filière bénéficie d’une assistance technique d’Agropol, association française de coopération pour le développement à l’international des filières oléo-protéagineuses. Cet organisme de coopération internationale de la filière française des oléo-protéagineux agit à l’international pour apporter aux acteurs de la société civile, ainsi qu’aux pouvoirs publics, une expertise spécialisée pour la structuration et le développement inclusif et durable des filières
oléo-protéagineuses.
«Il s’agit, à travers ce centre technique, de cristalliser une stratégie de développement des cultures oléagineuses au Maroc. Cette feuille de route sera basée sur un aspect organisationnel. En clair, il s’agit d’être en mesure d’accompagner le monde agricole dans le développement d’une production rentable et performante, et aussi dans la capacité à créer un référentiel. C’est là où le centre technique prend sa place», confie au journal «Le Matin» Guenael Le Guilloux, directeur général d’Agropol.
Selon lui, si l’on arrive à créer ce référentiel, la filière aura la capacité de répondre aux problématiques techniques des producteurs par des solutions adaptées et réalistes par rapport aux conditions qui existent au Maroc. Mais au-delà de cet accompagnement technique, l’enjeu est aussi d’ordre stratégique pour l’ensemble du système agricole. «Il faut être en mesure de nourrir les réflexions des pouvoirs publics et de la filière avec des données scientifiquement mesurées, afin de leur permettre de prendre des décisions éclairées en faveur du développement des oléagineux. Cette culture a des impacts positifs multiples : elle améliore la productivité des céréales, réduit leurs coûts de production et contribue également à renforcer la filière de l’élevage grâce à l’apport en protéines pour l’alimentation animale», souligne-t-il.
Ainsi, la filière dépasse largement sa seule vocation de production d’huile. «Les oléagineux constituent une filière charnière, à la croisée de plusieurs enjeux : répondre aux besoins alimentaires en huiles, améliorer les performances agronomiques des systèmes céréaliers et soutenir le développement de l’élevage. Leur potentiel en matière de souveraineté est donc considérable», insiste Le Guilloux.
Dans ce contexte, le rôle du projet porté avec la FOLEA est central. «Il s’agit d’accompagner la mise en place d’un schéma organisationnel capable de positionner les oléagineux comme une culture rentable pour les agriculteurs, tout en assurant un approvisionnement adapté pour l’industrie», précise-t-il.
Interrogé sur les perspectives de la filière, le responsable d’Agropol se montre globalement confiant. «La stratégie Génération Green et les contrats-programmes constituent un cadre incitatif que beaucoup de pays pourraient envier. Il y a au Maroc une véritable stratégie de développement agricole, ce qui est un atout majeur face aux défis du changement climatique», affirme-t-il.
Encore faut-il réussir à traduire cette ambition en performance sur le terrain. «L’enjeu est d’accompagner les agriculteurs pour qu’ils deviennent des producteurs performants, capables de générer du revenu tout en répondant aux besoins de l’industrie. Ce maillon intermédiaire est absolument crucial», poursuit l’expert. D’où l’approche progressive privilégiée par le projet. «Il ne s’agit pas d’accompagner tous les agriculteurs en même temps. Il faut cibler des zones pilotes, démontrer l’efficacité du modèle, puis le répliquer. C’est une démarche stratégique, comparable à celle d’une entreprise», explique Le Guilloux.
La réussite du projet repose aussi sur la capacité à fédérer les initiatives existantes. «Il ne s’agit pas de repartir de zéro, mais de créer des synergies avec les acteurs déjà mobilisés, qu’il s’agisse de la recherche, notamment l’INRA (Institut national de la recherche agronomique), ou d’institutions comme l’Université Mohammed VI Polytechnique. L’objectif est de construire un écosystème cohérent, capable de faire progresser à la fois les cultures oléagineuses et l’ensemble des systèmes agricoles vers plus de résilience», conclut-il.
