Le ton était à la fois ambitieux et volontariste mercredi dernier à Rabat. Ministres, patronat et opérateurs publics ont affiché un front uni pour le lancement du nouveau Pacte PME, un dispositif appelé à redessiner en profondeur l’accompagnement des petites et moyennes entreprises marocaines. Derrière les annonces, une conviction partagée : sans PME solides, pas de croissance durable.
Un discours politique offensif centré sur le terrain
Dans cette perspective, le discours politique s’est voulu particulièrement offensif. Dès l’ouverture, le ministre de l’Industrie et du commerce, Ryad Mezzour, a posé le cadre : celui d’un programme pensé comme une réponse directe aux besoins du terrain. «Nous ne venons pas avec des politiques conçues dans des bureaux climatisés, mais avec des réponses concrètes aux attentes des entreprises», a-t-il insisté. Le ministre a particulièrement mis en avant une innovation majeure : l’axe de la résilience, inédit dans les politiques publiques marocaines. Dans un contexte international instable, il s’agit désormais d’aider les entreprises non seulement à émerger, mais aussi à tenir face aux chocs. «Nous vivons dans un monde incertain, vulnérable, et nos PME sont les premières exposées. Il fallait un dispositif pour les accompagner dans ces moments difficiles», a-t-il expliqué.
Le tourisme, vitrine des politiques d’accompagnement
Cette dynamique politique trouve déjà des illustrations concrètes dans certains secteurs, à commencer par le tourisme. La ministre du Tourisme, Fatim-Zahra Ammor, a illustré cette dynamique par les performances du secteur touristique, devenu un véritable laboratoire des politiques d’accompagnement. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 20 millions de touristes en 2025, 130 milliards de dirhams de recettes et plus de 92.000 emplois créés récemment. «Ces résultats ne sont pas le fruit du hasard, mais d’une vision claire et d’une volonté politique assumée», a-t-elle affirmé. Au-delà des performances, la ministre a insisté sur la méthode : coordination interministérielle, mobilisation territoriale et multiplication des dispositifs concrets, comme les incubateurs touristiques ou la banque de projets. «Notre ambition est simple : créer un environnement où une idée peut naître, être accompagnée, financée et se développer», a-t-elle résumé.
Des PME centrales, mais encore fragiles
Cependant, malgré ces avancées, les acteurs économiques rappellent que des défis structurels persistent. Du côté de la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM), son président, Chakib Alj, a rappelé une réalité incontournable : les PME sont omniprésentes, mais encore sous-exploitées. «Les PME représentent plus de 98% des entreprises et près de 80% des emplois créés. Pourtant, elles peinent encore à franchir des caps décisifs», a-t-il souligné. Il a à cette occasion pointé trois défis majeurs : l’accès au financement, la difficulté à changer d’échelle et la faible contribution à la valeur ajoutée. Pour lui, la clé ne réside pas uniquement dans les financements : «Faire grandir une économie, ce n’est pas seulement débloquer des fonds. C’est créer un environnement de confiance, simplifier les parcours et assurer une continuité dans l’action.»
Un changement de modèle porté par Maroc PME
C’est précisément pour répondre à ces enjeux qu’un changement de modèle est proposé. Le directeur général de Maroc PME, Anouar Alaoui Smaïli, est venu détailler cette transformation. Le Pacte PME, explique-t-il, est le fruit d’un long travail de terrain, avec deux tournées dans les 12 régions du Royaume pour écouter, puis co-construire les solutions. «Nous passons d’une logique centralisée à une approche territorialisée, multisectorielle et sur mesure», a-t-il affirmé. Concrètement, Maroc PME va désormais se déployer au plus près des entreprises, avec une présence renforcée dans toutes les régions et un accompagnement personnalisé. Le dispositif s’appuie sur quatre grands axes : croissance, compétitivité, résilience et structuration.
Des outils opérationnels pour changer d’échelle
Cette approche se traduit également par la mise en place d’outils concrets. Au-delà des principes, le Pacte PME se veut opérationnel. Plusieurs dispositifs ont été annoncés : un accompagnement renforcé des PME à fort potentiel, avec des diagnostics complets et des plans d’accélération pouvant atteindre 10 millions de dirhams par entreprise ; un programme de décarbonation prenant en charge jusqu’à 80% des coûts d’expertise ; un appui à la certification et à l’accès aux marchés ; ainsi qu’un dispositif dédié aux TPE pour améliorer leur productivité et leur intégration économique. L’objectif affiché serait ainsi de créer 4.000 emplois et d’en préserver autant.
Une ambition de transformation durable... sous condition d’exécution
Au final, ces mesures s’inscrivent dans une vision plus large de transformation économique. Au-delà des annonces sectorielles, le Pacte PME vise à refonder la place de l’entreprise dans l’économie marocaine. Il ne s’agit plus seulement d’accompagner la création ou la croissance, mais de construire un écosystème complet, capable de soutenir les entreprises dans les crises, d’améliorer leur compétitivité et de les projeter à l’international.
Le message de Ryad Mezzour résume d’ailleurs cette ambition : «Une entreprise capable de réussir au Maroc peut réussir partout dans le monde». Reste toutefois un enjeu central : celui de la mise en œuvre. Comme l’a rappelé Chakib Alj, le véritable test ne sera pas le volume des moyens mobilisés, mais l’impact réel sur le terrain. Avec ce Pacte PME, le Maroc tente ainsi un pari : transformer ses PME en véritables moteurs de croissance, capables de résister, d’innover et de conquérir de nouveaux marchés.
Le message de Ryad Mezzour résume d’ailleurs cette ambition : «Une entreprise capable de réussir au Maroc peut réussir partout dans le monde». Reste toutefois un enjeu central : celui de la mise en œuvre. Comme l’a rappelé Chakib Alj, le véritable test ne sera pas le volume des moyens mobilisés, mais l’impact réel sur le terrain. Avec ce Pacte PME, le Maroc tente ainsi un pari : transformer ses PME en véritables moteurs de croissance, capables de résister, d’innover et de conquérir de nouveaux marchés.
