Menu
Search
Jeudi 16 Avril 2026
S'abonner
close

Partenariat vert Maroc-UE : les dessous d’une transformation économique multisectorielle

Au-delà de l’affichage environnemental, le partenariat vert signé en 2022 avec l’Union européenne engage le Maroc dans une mutation profonde de son appareil productif. Énergie, eau, industrie, économie circulaire  : décryptage d’un dispositif qui conjugue financement, normes et repositionnement stratégique.

Le parc éolien de Jbel Lahdid, dans la région d’Essaouira, cofinancé par l’Union européenne, la KfW et la BEI, a permis d’ajouter 270 MW de capacité au réseau national
Le parc éolien de Jbel Lahdid, dans la région d’Essaouira, cofinancé par l’Union européenne, la KfW et la BEI, a permis d’ajouter 270 MW de capacité au réseau national
L’Union européenne (UE) a mobilisé un total de 7 milliards de dirhams au profit du Maroc dans le cadre du Partenariat vert signé avec le Royaume en 2022. Ce financement aura concerné pratiquement toutes les thématiques de ce cadre partenarial à l’instar de la transition énergétique et de la décarbonation de l’économie, de l’adaptation et de la résilience au changement climatique, de la protection de l’environnement et de l’économie verte et bleue.

Au-delà de l’ampleur financière, ce partenariat se distingue par son caractère structurant, en ce sens qu’il dépasse la seule logique environnementale pour s’inscrire dans une transformation plus globale des modèles économiques. L’ambition affichée est claire : faire de la transition écologique un levier de modernisation industrielle, de compétitivité commerciale et de résilience territoriale.

Sur le volet énergétique, plusieurs projets emblématiques illustrent cette dynamique. Le Parc éolien de Jbel Lahdid, dans la région d’Essaouira, co-financé par l’Union européenne, la KfW (banque publique de développement allemande) et la Banque européenne d’investissement (BEI), a permis d’ajouter 270 mégawatts (MW) de capacité au réseau national. Au-delà de la production d’énergie, ce type d’investissement génère des retombées économiques locales significatives, notamment en matière d’emplois et de revenus. Parallèlement, des programmes comme «Énergie verte», dotés de plusieurs centaines de millions de dirhams, visent à accélérer l’intégration des énergies renouvelables dans le mix électrique national.



Mais la transition ne se limite pas à la production d’énergie. Elle implique également une transformation des modes de production industriels. Dans ce cadre, les dispositifs d’appui à la décarbonation, notamment ceux déployés avec la BERD (Banque européenne pour la reconstruction et le développement), accompagnent les entreprises marocaines vers des procédés plus sobres en carbone. Cette évolution est d’autant plus stratégique que l’entrée en vigueur du Mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF), en vigueur depuis janvier 2026, impose aux exportateurs marocains de s’aligner progressivement sur les standards carbone européens. Pour le Maroc, l’enjeu est double. Il s’agit d’éviter une perte de compétitivité sur le marché européen et de valoriser les efforts engagés en matière de transition énergétique.

Dans cette perspective, l’hydrogène vert apparaît comme un axe de coopération particulièrement prometteur. Produit à partir d’énergies renouvelables, il constitue un vecteur clé pour décarboner des secteurs difficiles à électrifier, comme l’industrie lourde ou le transport. Le potentiel du Maroc, notamment en matière de ressources solaires et éoliennes, ainsi que sa proximité géographique avec l’Europe, le positionnent comme un futur hub régional d-e production et d’exportation. Des initiatives conjointes sont déjà engagées pour structurer ce marché, à travers un appui réglementaire, des mécanismes de financement et l’accompagnement de projets pilotes.

En parallèle, le partenariat accorde une place centrale à la gestion des ressources en eau, devenue critique dans un contexte de stress hydrique accentué par le changement climatique. L’Union européenne et ses États membres ont ainsi mobilisé des financements importants pour soutenir une gestion durable et intégrée du secteur, incluant la gouvernance, le renforcement des agences de bassins hydrauliques et le développement de solutions d’adaptation. Le nouveau programme d’appui à la politique nationale de l’eau, prévu à partir de 2026, s’inscrit dans cette logique, avec une combinaison de subventions et de prêts visant à améliorer les connaissances hydrologiques, préserver les ressources souterraines et renforcer la résilience face aux sécheresses et aux inondations.

Des projets concrets traduisent déjà ces orientations sur le terrain. Le programme des régies multiservices, co-financé notamment par l’Agence française de développement, a permis d’améliorer l’accès à l’eau potable et à l’assainissement pour des millions de citoyens, tout en renforçant la performance des opérateurs locaux. Ces interventions s’inscrivent dans une approche plus large de gouvernance participative et de territorialisation des politiques de l’eau.

La protection de l’environnement constitue un autre pilier du partenariat vert avec le Royaume. Des programmes comme «Terre verte – Al Ard Al Khadra» ont permis des avancées notables dans les domaines du reboisement, de la gestion forestière et du développement de filières agricoles durables. Ces initiatives contribuent non seulement à la préservation des écosystèmes, mais aussi à la création d’emplois, notamment en milieu rural, et à l’amélioration des conditions de vie des populations.

Enfin, la coopération s’étend à l’économie verte et bleue, avec une attention particulière portée à l’économie circulaire et à la gestion des déchets. Le projet régional Switch2CE, mis en œuvre avec l’ONUDI (Organisation des Nations unies pour le développement industriel), accompagne le Maroc dans la structuration de filières de recyclage, notamment pour les plastiques, et dans l’intégration des acteurs informels dans des chaînes de valeur organisées. Sur le volet maritime, des initiatives comme OuestMed favorisent le développement de clusters maritimes, le renforcement de la recherche halieutique et la modernisation des activités de pêche et d’aquaculture.
Lisez nos e-Papers