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Mardi 27 Octobre 2026
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PLF 2027 : les dépenses sociales cohabitent avec les impératifs de sécurité et de défense

Présenté comme un budget à forte connotation sociale, le projet de loi de Finances pour 2027 consolide dans le même temps les moyens des départements de sécurité et de défense. Le compte de dépenses sur dotations consacré à l'acquisition et à la réparation des matériels des Forces Armées Royales et au soutien à l'industrie de défense est doté de 11,49 milliards de dirhams, soit la quasi-totalité des 11,89 milliards de cette catégorie de comptes. Le rapport sur les ressources humaines établit que l'Intérieur, la Santé et la Défense ont absorbé 71,83% des postes créés en 2026 et que l'Intérieur a reçu un tiers des créations de la décennie. La note de présentation annonce également la généralisation des caméras piétonnes et la montée en charge des peines alternatives.

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Avant d'aborder les priorités sociales de son projet, le ministre de l'Économie, des finances et de la performance publique a tenu, devant les deux Chambres, à rendre «un hommage de considération et d'estime à ceux qui veillent à la protection du territoire national, Forces Armées Royales, Gendarmerie Royale, Sûreté nationale, Forces auxiliaires, Protection civile et administration territoriale», pour «leur mobilisation permanente, sous la conduite éclairée de Sa Majesté le Roi, afin de garantir la quiétude, la sécurité et la stabilité de notre pays».



La note de présentation reprend, parmi les orientations du Discours du Trône du 29 juillet 2026, «la sécurité et la stabilité politique et institutionnelle, comme variables clés du développement». Le Souverain y a souligné, selon le document, que le Maroc «dispose d'atouts stratégiques majeurs : sa sécurité, sa stabilité et l'efficacité de ses institutions», cette stabilité constituant «un facteur déterminant de l'émergence économique du Royaume».

11,49 milliards pour les matériels des FAR

Les comptes spéciaux du Trésor complètent le budget général pour une partie de l'effort consacré à la défense. Parmi les comptes de dépenses sur dotations, c'est-à-dire les comptes alimentés uniquement par des dotations du budget général, figure le compte intitulé «Acquisition et réparation des matériels des Forces Armées Royales et soutien au développement de l'industrie de défense», dont l'ordonnateur est l'Administration de la Défense nationale. Il est doté de 11,49 milliards de dirhams pour 2027, montant identique à celui de la loi de Finances 2026, après 10,8 milliards dans la loi de Finances 2025. L'ensemble de cette catégorie de comptes s'élève à 11,89 milliards de dirhams, contre 11,49 milliards en 2026, la différence de 400 millions correspondant au nouveau fonds consacré à l'amazigh ; le compte des Forces Armées Royales en représente ainsi 96,6%.

À ce compte s'ajoute, dans le budget général, le budget de fonctionnement de l'Administration de la Défense nationale, inscrit pour 49,34 milliards de dirhams de dépenses de personnel et 8,38 milliards de matériel et dépenses diverses. L'article 36 du projet de loi fixe par ailleurs à 190,5 milliards de dirhams «le montant des dépenses que le ministre délégué auprès de la Cheffe du gouvernement, chargé de l'Administration de la Défense nationale est autorisé à engager, pendant l'année budgétaire 2027», au titre de ce même compte, «par anticipation sur les crédits qui lui seront ouverts pour l'année budgétaire 2028».

Au sein des comptes d'affectation spéciale, l'Administration de la Défense nationale dispose également d'un «Fonds de participation des Forces Armées Royales aux missions de paix, aux actions humanitaires et de soutien au titre de la coopération internationale», doté de 200 millions de dirhams, et d'un «Fonds de soutien à la Gendarmerie Royale» de 50 millions. Le «Fonds de la Direction générale des études et de la documentation» figure pour mémoire (c’est-à-dire que la ligne est maintenue ouverte sans qu’aucun montant n’y soit porté pour 2027, comme c’était déjà le cas dans les lois de Finances 2025 et 2026). L'Administration pénitentiaire dispose également d'un fonds spécial de 150 millions de dirhams.

Il faut le souligner, la note de présentation inscrit la défense dans la stratégie industrielle. Elle rappelle que le Discours du Trône a «mis en évidence» le «développement d'une base industrielle et technologique dans les domaines de la défense et de la cybersécurité», ces nouvelles filières ouvrant «des perspectives de développement susceptibles de conforter progressivement le positionnement régional du Royaume en la matière». Le même document inscrit la «souveraineté numérique» parmi les axes du projet, avec «le renforcement de la cybersécurité» cité par le ministre comme premier pilier de cette souveraineté, à côté d'un cadre national pour une intelligence artificielle «sûre et responsable».

Un tiers des recrutements de la décennie pour l'Intérieur

Le rapport sur les ressources humaines fournit la répartition des créations de postes budgétaires sur la période 2016-2026. «33,5% des postes budgétaires créés au titre de la période 2016-2026, soit 97.090 postes, ont été affectés au ministère de l'Intérieur», indique-t-il, «afin de doter les différents services de sécurité des moyens humains nécessaires pour accomplir les missions qui leur incombent, à savoir assurer le maintien de l'ordre public et être au service des citoyens». L'Administration pénitentiaire a reçu 8.929 postes sur la même période, soit 3,1%.

Pour l'année 2026, le même rapport précise que «la priorité a été accordée aux départements de sécurité et ceux à caractère social» et que «les départements de l'Intérieur, de la Santé et de la protection sociale, ainsi que l'Administration de la Défense nationale s'accaparent 71,83% de l'ensemble des postes créés». Les 13.000 postes de l'Intérieur en 2026 étaient destinés «à renforcer l'administration territoriale et les services de sécurité, dans une logique de proximité et d'efficacité».

Les concours de recrutement confirment cette répartition. En 2025, le ministère de l'Intérieur a publié 10.183 postes à travers 66 concours, soit une moyenne de 154 postes par concours, et 3.468 postes au premier semestre 2026. L'Administration de la Défense nationale a ouvert 1.500 postes en un seul concours chaque année. Sur la décennie, les départements ministériels ont annoncé 3.888 concours pour 190.103 postes. Pour 2027, l'article 21 du projet de loi attribue 14.200 postes à l'Intérieur, 5.500 à la Défense et 1.500 à l'Administration pénitentiaire.

L'Administration pénitentiaire figure également parmi les bénéficiaires réguliers. Elle avait obtenu 2.020 postes dans la loi de Finances 2026, soit 5,47% des créations, et a publié 1.068 postes en 2025 puis 2.035 au premier semestre 2026 à travers 16 concours. Le ministère de la Justice reçoit 300 postes en 2027 et le Conseil supérieur du pouvoir judiciaire 340, après 640 en 2026. Le rapport sur les ressources humaines note, de façon générale, que les départs à la retraite «ont généré plus de 81% des suppressions» de postes sur la décennie, les suppressions concernant à 81,9% des postes de cadres classés aux échelles 10 et plus.

Caméras piétonnes, grandes échéances et centres de secours

Dans le chapitre consacré à la justice et à la sécurité, la note de présentation annonce que «la sécurité des personnes et des biens sera renforcée par la généralisation des caméras piétonnes, la sécurisation des grandes échéances sportives et l'extension du maillage des centres de secours». Le document rattache ces mesures à la Sûreté nationale, aux Forces auxiliaires et à la Protection civile. Le parachèvement du réseau des 131 bureaux communaux d'hygiène et les «secours de proximité» relèvent, pour leur part, du volet territorial du projet.

Le même chapitre détaille le volet pénitentiaire. Le gouvernement poursuivra «la montée en charge des peines alternatives instituées par la loi n°43-22, entrée en vigueur le 22 août 2025», dans une approche que la note résume par les termes «peines alternatives, réinsertion et dignité de la détention». La réforme de la justice se poursuit avec «le déploiement de la réforme du Code de la famille, la généralisation des juridictions de la famille», la modernisation du système judiciaire et «la digitalisation des procédures et des services judiciaires», que le ministre a citées parmi les réformes institutionnelles destinées à «renforcer la confiance dans l'environnement de l'investissement».

L'État de droit comme condition de l'État social

Le ministre a lié, dans son discours, sécurité juridique et projet social. Atteindre les objectifs du gouvernement «exige avant tout le renforcement de l'État de droit, par la législation et par l'exécution», a-t-il déclaré, «afin d'offrir les garanties de transparence et de protection juridique à la libre initiative», en particulier aux très petites, petites et moyennes entreprises. Il a situé l'État social dans un État «qui intervient pour combattre la corruption et les conflits d'intérêts».

La note de présentation va dans le même sens lorsqu'elle affirme que «la consolidation de l'État social et le renforcement de la dynamique économique exigent des institutions solides, une gouvernance publique basée sur les principes de probité et de responsabilité», et que «la confiance dans l'action publique, la sécurité juridique, l'intégrité et la crédibilité financière de l'État constituent, ainsi, des conditions essentielles à l'adhésion des citoyens». Parmi les institutions dotées de postes en 2027 figurent l'Instance nationale de la probité, de la prévention et de la lutte contre la corruption, avec 20 postes, et le Conseil national des droits de l'Homme, avec 15 postes.

La même note conclut que le gouvernement «est engagé à consolider l'État de droit, à renforcer la bonne gouvernance et à assurer la soutenabilité des finances publiques, en tant que fondement de la mise en œuvre des différentes politiques publiques». Les directives d'exécution budgétaire imposent, dans le même document, «la maîtrise des créations de postes budgétaires, fondée sur une définition précise et justifiée des besoins effectifs», règle applicable à l'ensemble des départements.
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