Entre le 23 et le 30 septembre, le cours de référence du dollar est passé de 9,591 à 9,682 DH, soit une progression de 0,9%. Il a ensuite atteint 9,855 DH le 2 octobre et 9,9694 Dh le 6 octobre. Face à l’euro, le mouvement est moins brutal mais plus ancien. La monnaie européenne est passée de 10,935 DH le 23 septembre à 10,998 DH le 30 septembre, puis à 11,083 DH le 2 octobre et 11,2167 Dh le 6 octobre. Les données de marché font apparaître une accélération encore plus prononcée sur certaines séances. Le 2 octobre, EUR/MAD a progressé de 1,47% en une seule séance, tandis que USD/MAD avançait de 1,36%, après plusieurs séances déjà orientées à la hausse. Surtout, le mouvement ne date pas des derniers jours de septembre. Le dirham avait déjà reculé pendant cinq semaines consécutives face à l’euro. Entre le 27 août et le 30 septembre, la monnaie européenne est passée d’environ 10,776 à 10,998 DH, soit une appréciation d’environ 2,1% face au dirham. Ce n’est donc pas seulement le niveau atteint par l’euro ou le dollar qui interpelle, mais la combinaison de trois éléments : la durée du mouvement, son accélération fin septembre-début octobre et la dépréciation simultanée du dirham face aux deux principales monnaies de son panier de référence.
Bank Al-Maghrib distingue d’ailleurs deux composantes dans l’analyse du taux de change : l’effet panier, qui provient des mouvements de l’euro face au dollar, et l’effet marché, correspondant à l’écart entre l’évolution effectivement observée du cours de référence et celle qu’aurait induite le seul panier. Cette distinction permet notamment de comprendre pourquoi le dirham ne se déprécie pas nécessairement au même rythme face au dollar et à l’euro. Entre le 23 et le 30 septembre, son recul a ainsi atteint 0,9% face au dollar, contre 0,5% face à l’euro.
Ces cours de référence servent principalement à la réévaluation des avoirs et engagements en devises des banques et n’ont pas vocation à constituer directement le prix appliqué aux opérations de change des clients. Un écart entre le cours de référence et le cours central ne signifie donc pas, en lui-même, que le dirham est sorti de son régime de fluctuation.
La dépréciation n’a enfin pas les mêmes conséquences selon les entreprises. Pour un importateur, l’effet est immédiat : une facture libellée en dollars ou en euros nécessite davantage de dirhams lorsqu’une devise étrangère s’apprécie. À titre d’illustration, une facture de 1 million de dollars représente 9 millions de dirhams lorsque le dollar vaut 9 DH, mais 10 millions de dirhams lorsqu’il atteint 10 DH, à prix international inchangé.
À l’inverse, un exportateur qui encaisse ses ventes en devises peut bénéficier d’un taux de conversion plus favorable. Mais cet avantage peut être partiellement ou totalement absorbé s’il importe lui-même des matières premières, équipements ou composants facturés en devises. La séquence actuelle appelle donc surtout à surveiller la vitesse du mouvement. Le dirham est clairement sous pression, particulièrement face au dollar, mais les éléments disponibles ne permettent pas, à ce stade, de conclure à une crise de change ou à une rupture de son régime de fluctuation.
La facture énergétique accroit la demande de devises
Une première explication se trouve du côté des besoins en devises de l’économie marocaine. À fin août 2026, les importations de produits énergétiques ont atteint 96,4 milliards de dirhams, en progression de 32,6% sur un an. Pour régler ces achats à l’étranger, les opérateurs doivent se procurer des devises, notamment des dollars. Une augmentation rapide de la facture énergétique peut donc accroître la demande de devises et, toutes choses égales par ailleurs, tendre les conditions de liquidité sur le marché. Cette évolution intervient dans un contexte international marqué par des tensions géopolitiques, une hausse des prix de l’énergie et un renforcement du dollar. Pour un pays importateur net d’énergie comme le Maroc, la combinaison d’un pétrole plus cher et d’un dollar plus fort peut ainsi augmenter les besoins en devises nécessaires au règlement des importations.Les importations atteignent 617,5 milliards de dirhams
La pression ne provient pas uniquement de l’énergie. À fin août, les importations marocaines de biens ont progressé de 15,8% à 617,5 milliards de dirhams, alors que les exportations n'ont augmenté que de 8,7%, à 334,9 milliards. Le déficit commercial s’est ainsi creusé de 25,4%. Cette évolution ne signifie pas que le Maroc manque de devises. Elle indique en revanche que les besoins associés au financement des achats réalisés à l’étranger progressent plus rapidement que les recettes provenant des exportations de marchandises. Le mécanisme est relativement direct : lorsque les importateurs doivent régler davantage de factures en euros ou en dollars, leur demande de devises augmente. Si, au même moment, l’offre disponible sur le marché interbancaire n’augmente pas dans les mêmes proportions, les conditions de liquidité peuvent se tendre et exercer une pression sur le dirham.L’effet du dollar international
Une deuxième partie de l’explication se trouve à l’extérieur du Maroc. Le dirham est rattaché à un panier composé à 60% de l’euro et à 40% du dollar. Les mouvements de la parité euro-dollar sur les marchés internationaux se répercutent donc mécaniquement sur sa valeur vis-à-vis de chacune de ces monnaies. Lorsque le dollar s’apprécie fortement sur les marchés internationaux, une partie de la hausse de USD/MAD peut ainsi être liée à cet effet panier, sans être entièrement imputable à une tension propre au marché marocain.Bank Al-Maghrib distingue d’ailleurs deux composantes dans l’analyse du taux de change : l’effet panier, qui provient des mouvements de l’euro face au dollar, et l’effet marché, correspondant à l’écart entre l’évolution effectivement observée du cours de référence et celle qu’aurait induite le seul panier. Cette distinction permet notamment de comprendre pourquoi le dirham ne se déprécie pas nécessairement au même rythme face au dollar et à l’euro. Entre le 23 et le 30 septembre, son recul a ainsi atteint 0,9% face au dollar, contre 0,5% face à l’euro.
Une tension de flux, pas nécessairement de réserves
La situation doit également être analysée à travers le fonctionnement quotidien du marché des changes. Lorsque les besoins en devises des banques et de leurs clients deviennent importants par rapport aux montants proposés sur le marché interbancaire, la liquidité peut se tendre. Le cours de marché peut alors s’éloigner davantage du cours central sans que cela traduise nécessairement une pénurie globale de devises dans l’économie. Il faut donc distinguer les flux, qui déterminent l’offre et la demande quotidiennes de devises, du stock de réserves de change, qui constitue le coussin extérieur du pays. Sur ce dernier point, les données ne font pas apparaître, à ce stade, de signal de panique. Au 18 septembre, les avoirs officiels de réserve se situaient autour de 503 milliards de dirhams, en progression de 0,6% sur une semaine et de 21% sur un an. Le mouvement actuel ne ressemble donc pas, pour l'instant, à une fuite désordonnée des réserves destinée à défendre la monnaie. Bank Al-Maghrib n’avait par ailleurs pas procédé à une adjudication de devises durant les dernières périodes hebdomadaires mentionnées dans les données disponibles.Le dirham reste dans une bande de ±5%
Le mouvement doit également être replacé dans le régime de change marocain. Le dirham évolue à l’intérieur d’une bande de fluctuation de ±5% autour d’un cours central. Celui-ci est déterminé à partir du panier composé à 60% de l’euro et 40% du dollar. Bank Al-Maghrib fixe quotidiennement les limites de cette bande à l’ouverture du marché. Deux notions doivent cependant être distinguées : le cours central et le cours de référence. Le premier constitue le pivot du régime de change. Le second est calculé par Bank Al-Maghrib à partir des transactions réalisées sur le marché interbancaire par les banques teneurs de marché.Ces cours de référence servent principalement à la réévaluation des avoirs et engagements en devises des banques et n’ont pas vocation à constituer directement le prix appliqué aux opérations de change des clients. Un écart entre le cours de référence et le cours central ne signifie donc pas, en lui-même, que le dirham est sorti de son régime de fluctuation.
Le seuil de 10 DH pour un dollar est surtout psychologique
Dans ce contexte, un dollar atteignant ou dépassant 10 DH pourrait être marquant pour le marché, mais ce niveau ne constitue aucune limite réglementaire. Il s’agit avant tout d’un seuil psychologique. L’indicateur technique à surveiller est plutôt la position du cours de marché par rapport au cours central et l’évolution de cet écart dans le temps. Tant que le marché reste à l’intérieur de la bande de fluctuation, les mouvements observés relèvent du fonctionnement du régime. Une accélération durable de l’écart au cours central, combinée à une détérioration des conditions de liquidité, constituerait en revanche un signal de tension plus important.La dépréciation n’a enfin pas les mêmes conséquences selon les entreprises. Pour un importateur, l’effet est immédiat : une facture libellée en dollars ou en euros nécessite davantage de dirhams lorsqu’une devise étrangère s’apprécie. À titre d’illustration, une facture de 1 million de dollars représente 9 millions de dirhams lorsque le dollar vaut 9 DH, mais 10 millions de dirhams lorsqu’il atteint 10 DH, à prix international inchangé.
À l’inverse, un exportateur qui encaisse ses ventes en devises peut bénéficier d’un taux de conversion plus favorable. Mais cet avantage peut être partiellement ou totalement absorbé s’il importe lui-même des matières premières, équipements ou composants facturés en devises. La séquence actuelle appelle donc surtout à surveiller la vitesse du mouvement. Le dirham est clairement sous pression, particulièrement face au dollar, mais les éléments disponibles ne permettent pas, à ce stade, de conclure à une crise de change ou à une rupture de son régime de fluctuation.
