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Quand Ankara fait de ses ordures un argument climatique

À deux mois de la 31e Conférence des Nations unies sur le changement climatique – que la Turquie accueillera en novembre à Antalya –, la capitale turque a ouvert, mercredi 9 septembre, la troisième et dernière phase du programme international des médias «Sur la route de la COP31, un avenir durable». Une vingtaine de journalistes venus de trois continents ont consacré cette journée d'ouverture à deux visites de terrain, une au complexe industriel de gestion intégrée des déchets et une au centre d'éducation au zéro déchet. De la réhabilitation des anciennes décharges à la production d'électricité à partir des ordures, la démonstration s'est voulue complète. Deux sites, deux échelles et une même politique que la Turquie entend porter jusqu'à la table d'Antalya.

Trois éditions, un même objectif. À l'approche de la COP31, la Turquie a déroulé devant les rédactions internationales un programme de visites destiné à présenter ses politiques environnementales et climatiques, sa vision du développement durable et ses technologies nationales. Placé sous l'égide de la Direction de la communication de la présidence turque et du ministère de l'Environnement, de l'urbanisation et du changement climatique, il a réuni une vingtaine de journalistes par phase. La première s'est tenue du 27 au 29 mars 2026, à Istanbul et à Kocaeli, la deuxième du 9 au 11 mai, à Hatay et à Istanbul, autour de l'efficacité énergétique et des systèmes intelligents de gestion urbaine. La troisième et dernière a démarré mercredi 9 septembre pour s'achever le samedi 12, avec des journalistes du Maroc, d'Égypte, d'Italie, d'Espagne, d'Inde, d'Argentine, de Chine, de Corée du Sud, de Pologne, des Philippines, de Hongrie et d'Indonésie, parmi lesquels le Groupe Le Matin, déjà représenté lors de la deuxième phase.
La journée d'ouverture a porté sur deux volets, la gestion intégrée des déchets et le projet zéro déchet. Sur l'écran, deux photographies aériennes du même site, prises sous le même angle à plusieurs années d'intervalle. Sur la première, une décharge à ciel ouvert aux abords d'Ankara. Sur la seconde, des immeubles d'habitation et un centre commercial, constate sur place l'envoyé spécial du «Matin». Entre les deux clichés, un chantier de réhabilitation que Mehmet Gültekin, directeur santé, environnement et qualité d'ITC, présente comme la première étape du système de gestion intégrée déployé dans huit villes turques.

Une décharge devenue quartier

Fondée en 2002 pour transformer les déchets collectés en ressources, la société couvre les fractions séparées à partir des déchets municipaux en mélange, le stockage et l'élimination finale des déchets industriels et dangereux, ainsi que la collecte et l'élimination des déchets médicaux. Elle opère à Bursa, Eskişehir, Ankara, Yozgat, Samsun, Elazığ, Adana et Antalya, pour un volume quotidien de 15.000 tonnes, soit l'équivalent d'environ 20% des déchets ménagers produits en Turquie. La chaîne enchaîne réhabilitation, tri mécanique, biométhanisation, compostage, production de combustible dérivé des déchets, génération d'électricité et élimination des déchets dangereux et médicaux. «En Turquie, les déchets municipaux ne sont pas collectés séparément, ils arrivent en mélange», rappelle le responsable, ce qui impose un tri préalable avant l'orientation de chaque fragment.

Les images d'archives se succèdent, Ankara puis Adana, où l'exploitation a démarré en 2007, avec à chaque fois le même récit d'un site isolé rattrapé par la ville, puis réhabilité. Le complexe ne s'arrête pas au traitement. La chaleur des moteurs à gaz alimente des serres, un laboratoire de culture in vitro, un système hydroponique de pomme de terre et des myrtilles. «Nous sommes voisins d'IKEA et nous lui cédons parfois de la chaleur résiduelle. C'est un bon exemple de système mutualiste», relève Mehmet Gültekin. Dans la salle de contrôle, des opérateurs en gilet siglé suivent sur un mur d'écrans les caméras et les paramètres des unités. Dehors, trois digesteurs numérotés A1, A2 et A3 déversent le digestat en tas sombres, à quelques dizaines de mètres de balles compactées de canettes et d'emballages qui forment un mur de plusieurs mètres.

Le courant électrique tiré des ordures d'Ankara

Prend ensuite la parole Sercan Gelener, chef du département zéro déchet de la mairie métropolitaine d'Ankara, qui pilote la filière sur les 25 arrondissements de la province. Deux volets structurent son activité, les déchets ménagers et les déchets médicaux. La capitale abrite la seule installation du pays où déchets médicaux et industriels sont incinérés ensemble, une unité qui produit elle-même l'énergie nécessaire à son fonctionnement. Les déchets médicaux, collectés par treize véhicules sous licence auprès des établissements de santé, passent par une première chambre de gazéification à 800 degrés puis une seconde à 1.100 degrés, jusqu'à réduction en cendres. «Nos émissions sont contrôlées en permanence, vingt-quatre heures sur vingt-quatre et en ligne, par le ministère», insiste le responsable. Cette année, les véhicules ont effectué 47.000 rotations et transporté 9.213 tonnes. Depuis 2019, le gisement est passé de 8.600 à 13.500 tonnes, une progression de plus de 50% corrélée à la croissance démographique.

Côté ménager, les sites de Sincan et de Mamak combinent enfouissement contrôlé, stérilisation et tri mécanique. Certains jours, 7.000 tonnes y sont traitées. Ankara reçoit d'importants flux de population liés notamment aux catastrophes naturelles, ce qui étire le réseau de collecte. «À Ankara, nous produisons l'électricité d'environ 70.000 foyers à partir des ordures», souligne-t-il. Le prestataire revendique 3,6 millions de tonnes d'émissions de carbone évitées depuis 2021. Vingt et une stations de transfert complètent le dispositif, chaque semi-remorque regroupant quatre à cinq petits véhicules.

Suivent des dispositifs plus fins. Des bornes de récupération des médicaments périmés ont été installées devant 800 pharmacies, en partenariat avec une faculté de pharmacie qui analyse les boîtes rendues. Le constat interroge la production elle-même, puisque nombre de plaquettes reviennent largement entamées. Quelque 26 tonnes de médicaments ont été collectées en 2025, auxquelles s'ajoutent deux tonnes de déchets chimiques scolaires. Pour 2026, un label «Commerçant vert» est en préparation, avec des critères accessibles aux petits commerces en échange d'allégements fiscaux.

Là où les enfants apprennent à ne rien jeter

Changement d'échelle au parc Başkent Millet Bahçesi. Le centre d'éducation zéro déchet de la municipalité d'Altındağ y a entamé ses activités le 28 octobre 2021, avant une inauguration officielle le 7 décembre 2022. Premier du genre en Turquie, il a accueilli plus de trois millions de visiteurs et formé individuellement plus de 42.000 élèves. Le ministère le classe parmi les bonnes pratiques. «Notre objectif est que l'éducation commence dans la famille et se poursuive à l'école», résume Neslihan Akça, responsable du centre, devant l'exposition permanente où une tortue assemblée à partir d'engrenages voisine avec une robe entièrement pliée dans des pages de journaux. Les programmes, de la maternelle à l'université, mêlent théorie, jeux, simulation de tri et atelier de recyclage. Le 5 juin, Journée mondiale de l'environnement, une trentaine d'élèves ont défilé dans des tenues fabriquées à partir de déchets. Le centre a aussi reçu des épouses d'ambassadeurs accrédités à Ankara.

Le volet compostage prolonge la démonstration industrielle du matin. Les fruits et légumes des marchés alimentent une machine de 3.500 litres à Akköprü, qui produit du compost en vingt-quatre heures, et une seconde de 1.500 litres dans le parc. Trois composteurs manuels permettent aux enfants d'observer le processus. «Empêcher le gaspillage est une culture qui vient de très loin», observe la responsable, rappelant que les producteurs enfouissaient autrefois les fruits abîmés pour en faire de l'engrais. Aux journalistes, on montre un savon à la lavande, fabriqué par des élèves à partir d'huiles usagées.

Ce que le zéro déchet doit prouver à Antalya

La séquence institutionnelle revient à Ekrem Yıldırım, responsable des pratiques zéro déchet au ministère. «Le monde est notre maison commune», pose-t-il d'emblée. Le 30 mars a été institué Journée mondiale du zéro déchet par une décision des Nations unies prise en 2022, à l'initiative d'Emine Erdoğan, qui préside le conseil consultatif onusien. En avril 2026, le projet a reçu de la britannique Green Organization sa septième distinction internationale. Les résultats avancés sont d'abord institutionnels. Le système a été certifié dans 220.000 bâtiments et sites et 28 millions de citoyens ont été formés. La Turquie a rejoint cette année le réseau international des villes zéro déchet comme coanimatrice, en y intégrant vingt municipalités, dont Altındağ. Le projet couvre les 81 provinces.

La priorité affichée n'est pourtant pas le traitement mais la prévention. Réduction des plastiques à usage unique, écoconception, réemploi, consigne lancée cette année et suivi numérique de bout en bout. Le taux de valorisation est passé de 13 à 37,53%, avec un objectif de 60% en 2035 et de 70% en 2053. Plus de trois milliards de soutiens ont été accordés aux collectivités et aux universités. «L'économie linéaire est terminée. Nous sommes obligés de passer à l'économie circulaire», tranche le responsable.

Reste l'échéance qui commande toute la séquence. En novembre, la Turquie accueillera 197 pays à Antalya et le zéro déchet figurera parmi les thèmes centraux de la conférence. «Nous savons que la Terre ne nous est pas confiée en héritage, elle nous est prêtée par les générations futures», conclut Ekrem Yıldırım. Ce que l'on laisse aujourd'hui dans son assiette, ajoute-t-il, est peut être pris sur la table de ceux qui viendront après.
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