Menu
Search
Mercredi 24 Juin 2026
S'abonner
close

Revolut au Maroc : Bank Al-Maghrib temporise et renvoie le dossier à plus tard

Alors que Revolut multiplie les démarches exploratoires en vue d'une éventuelle implantation au Maroc, Bank Al-Maghrib a clairement indiqué que le dossier n'était pas une priorité à ce stade. Abdelatif Jouahri a confirmé avoir reçu les dirigeants de la fintech britannique début juin, tout en soulignant que la Banque centrale reste mobilisée sur plusieurs chantiers stratégiques jugés plus urgents.

Abdelatif Jouahri.
Abdelatif Jouahri.
L'arrivée de Revolut au Maroc ne semble pas imminente. Lors de la conférence de presse suivant le deuxième Conseil de Bank Al-Maghrib au titre de 2026, le wali de la Banque centrale, Abdelatif Jouahri, a apporté des précisions sur les échanges récemment tenus avec les responsables de la fintech britannique.

Depuis 2025, plusieurs médias faisaient état des ambitions de Revolut sur le marché marocain. La banque numérique avait notamment commencé à constituer une équipe locale, nommé un responsable marocain pour piloter le projet et engagé des discussions préliminaires afin de mieux comprendre le cadre réglementaire national.



Abdelatif Jouahri a confirmé avoir reçu les dirigeants de l'entreprise au début du mois de juin, accompagnés d'un représentant marocain.

Selon le wali, les responsables de la fintech ont mis en avant plusieurs facteurs expliquant leur intérêt pour le Royaume, notamment les perspectives de croissance de l'économie marocaine et la possibilité de faire du Maroc une plateforme d'accès au continent africain.

Il a reconnu l'intérêt de Revolut pour le marché marocain, tout en soulignant que les circonstances actuelles ne permettaient pas à Bank Al-Maghrib de répondre favorablement à sa demande.

Trois priorités avant d'examiner le dossier

Jouahri a expliqué que plusieurs chantiers majeurs mobilisent actuellement les équipes de régulation. Le premier concerne les discussions et travaux en cours liés aux relations financières et réglementaires avec l'Europe, un dossier qu'il a qualifié de particulièrement important et encore non finalisé.

À cela s'ajoutent les évaluations prévues par la Banque mondiale et le Fonds monétaire international à la fin de l'année 2026, ainsi qu'une autre évaluation dans le cadre des mécanismes internationaux de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme. « Nous sommes pris par tous ces chantiers-là », a résumé Abdelatif Jouahri, estimant que ces dossiers doivent être traités en priorité avant d'examiner de nouvelles demandes potentielles d'acteurs internationaux.

Un marché déjà fortement investi par les acteurs locaux

Le wali a également rappelé que Revolut s'intéresse principalement à un segment d'activité où les établissements marocains sont déjà fortement présents. Sans citer explicitement les services concernés, il a souligné que cette clientèle est aujourd'hui largement couverte par les banques et opérateurs nationaux, ce qui réduit le caractère urgent d'une ouverture du marché à un nouvel entrant étranger.

Face à cette position, les dirigeants de Revolut ont indiqué comprendre que « ce n'est pas le moment favorable » et ont demandé s'il leur serait possible de revenir ultérieurement pour poursuivre les discussions. Abdelatif Jouahri a affiché une certaine réserve, soulignant la nécessité de régler d'abord les enjeux internes avant de fixer un calendrier.

Aucun agrément demandé à ce stade

Le wali a tenu à clarifier un point important : Revolut n'a pas déposé de demande d'agrément bancaire ou de licence auprès de Bank Al-Maghrib. La rencontre avait avant tout un caractère exploratoire et visait à mieux comprendre les perspectives du marché marocain et la position du régulateur.

Pour l'heure, le message de Bank Al-Maghrib est donc sans ambiguïté : si l'intérêt de Revolut pour le Maroc est reconnu, les priorités réglementaires et institutionnelles du moment repoussent toute perspective concrète d'installation. Les dirigeants de la fintech ont d'ailleurs quitté Rabat avec l'idée de revenir « dans quelques années », lorsque les conditions seront jugées plus favorables par le régulateur marocain.
Lisez nos e-Papers