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Mercredi 22 Juillet 2026
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Sécurité alimentaire : comment les industriels anticipent les risques

La sécurité alimentaire ne se limite plus au contrôle des produits finis. Elle repose désormais sur une maîtrise des risques à chaque étape de la chaîne de valeur, de la matière première jusqu'au consommateur. Dans cet entretien, Aziza Haddad, directrice Qualité, Recherche & Développement de Lesieur Cristal, revient sur les défis auxquels fait face l'industrie agroalimentaire et les leviers mobilisés pour renforcer la confiance des consommateurs.

Les industriels doivent être capables de démontrer, à tout moment, la conformité de leurs procédés et de retracer précisément le parcours d'un produit.
Les industriels doivent être capables de démontrer, à tout moment, la conformité de leurs procédés et de retracer précisément le parcours d'un produit.
Le Matin : La sécurité sanitaire des aliments est devenue un enjeu majeur de santé publique et de confiance des consommateurs. Quels sont, selon vous, les principaux défis auxquels est aujourd'hui confrontée l'industrie agroalimentaire marocaine ?

Sécurité alimentaire : comment les industriels anticipent les risques



Aziza Haddad :
La sécurité sanitaire des aliments est un enjeu stratégique majeur. C'est un défi quotidien pour protéger la santé des consommateurs, conserver leur confiance et répondre aux exigences réglementaires en termes de santé et de sécurité des aliments. C'est un levier de compétitivité des entreprises marocaines et une porte d'accès aux marchés internationaux.

L'industrie agroalimentaire marocaine, en collaboration étroite avec les organismes et les institutions étatiques, travaille depuis de nombreuses années sur une stratégie claire de maîtrise des risques sur l'ensemble de la chaîne de valeur, depuis l'approvisionnement en matières premières et ingrédients jusqu'à la mise sur le marché du produit fini, avec comme objectif la protection de la santé et de la sécurité des consommateurs.

Dans un environnement de plus en plus complexe et un marché de plus en plus compétitif, les industriels doivent garantir une qualité de produit irréprochable et des procédures qui répondent aux normes et aux exigences réglementaires de la loi 28-07. Pour cela, ils ont mis en place des moyens techniques, des outils digitalisés, ainsi qu'une veille réglementaire et technologique pour anticiper les risques émergents et s'adapter en permanence à l'évolution des exigences réglementaires et aux attentes de consommateurs de plus en plus avertis.

Le deuxième défi est celui de la confiance des consommateurs. Aujourd'hui, ils sont mieux informés, plus attentifs et plus exigeants. Ils attendent davantage de transparence sur l'origine des produits, leur composition, leurs modes de fabrication ainsi que sur les garanties apportées en matière de sécurité sanitaire. Cela se traduit sur le marché par un étiquetage clair comprenant des indications complètes de la composition et de la valeur nutritionnelle du produit, sans oublier son mode de conservation, ainsi que par l'utilisation d'une plateforme digitale ou d'un numéro vert pour faciliter et encourager les échanges avec le consommateur.

Enfin, il ne faut pas négliger les enjeux liés au changement climatique, à l'empreinte carbone et aux autres actions de développement durable et responsable, qui constituent aujourd'hui les priorités stratégiques des entreprises agroalimentaires.

Les exigences en matière de qualité, de traçabilité et de contrôle se sont considérablement renforcées ces dernières années. Quelles évolutions ont, selon vous, le plus transformé les pratiques des industriels ?

L'évolution la plus marquante a été le passage d'une logique de contrôle du produit fini à une véritable culture de prévention et de maîtrise des risques. Aujourd'hui, la sécurité sanitaire repose sur des systèmes intégrés qui combinent l'analyse des risques, l'autocontrôle, la traçabilité et l'amélioration continue. Les industriels doivent être capables de démontrer, à tout moment, la conformité de leurs procédés et de retracer précisément le parcours d'un produit, depuis sa matière première jusqu'au consommateur.

La transformation numérique a également profondément fait évoluer les pratiques. Les outils digitaux permettent un suivi en temps réel des opérations, une gestion documentaire plus fiable et un pilotage plus efficace des actions correctives et préventives, ce qui renforce la robustesse des systèmes qualité. Enfin, l'adoption progressive de référentiels internationaux de plus en plus exigeants a contribué à élever durablement le niveau de performance du secteur en matière de qualité et de sécurité sanitaire.

Lesieur Cristal a été l'une des premières entreprises agroalimentaires à obtenir les agréments de l'Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires. En quoi cette collaboration a-t-elle contribué à faire évoluer vos processus de qualité et, plus largement, les standards du secteur ?

Lesieur Cristal a effectivement été parmi les premières entreprises agroalimentaires à obtenir les agréments sanitaires délivrés par l'Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires (ONSSA) pour ses activités de trituration des graines oléagineuses ainsi que de raffinage et de conditionnement des huiles alimentaires. Cette reconnaissance a constitué une étape importante dans le renforcement de notre système de management de la qualité et de la sécurité sanitaire de nos produits.

Notre partenariat avec l'ONSSA s'inscrit dans une relation de confiance construite depuis de nombreuses années autour d'un objectif commun : garantir aux consommateurs des produits sûrs, conformes et de qualité, et construire un secteur agroalimentaire plus performant et responsable.

Cette démarche nous a conduits à renforcer nos dispositifs de maîtrise des risques, de traçabilité, d'autocontrôle et de surveillance à toutes les étapes de nos processus industriels, depuis la réception des matières premières jusqu'au produit fini.

Elle a également permis d'ancrer durablement une culture d'amélioration continue au sein de l'entreprise et d'accompagner l'évolution des standards du secteur agroalimentaire marocain, en favorisant l'alignement sur les exigences nationales et les meilleures pratiques internationales. Aujourd'hui, cet engagement se traduit notamment par l'obtention et le renouvellement régulier de certifications reconnues à l'échelle internationale, telles que la FSSC 22000 V7, EFISC et d'autres certifications spécifiques selon nos activités.

Dans un contexte où les consommateurs demandent davantage de transparence, comment une entreprise agroalimentaire peut-elle garantir, de la matière première au produit fini, la qualité et la conformité de ses produits ?

La confiance des consommateurs se construit chaque jour grâce à la rigueur, à la transparence et à la constance. Tout commence par une sélection exigeante des fournisseurs et des matières premières, fondée sur des cahiers des charges précis, des audits réguliers et une veille réglementaire et scientifique permanente, aussi bien au niveau national qu'international.

La traçabilité constitue ensuite un élément essentiel. Elle doit permettre de suivre chaque lot tout au long de la chaîne de production afin d'identifier rapidement toute non-conformité et d'agir efficacement si nécessaire. La digitalisation constitue un outil industriel pour la maîtrise de la traçabilité et donc de la sécurité des produits. Enfin, la transparence repose sur une information claire et fiable : un étiquetage conforme, des allégations nutritionnelles et de santé scientifiquement validées, en coordination avec les autorités compétentes, ainsi que la capacité de démontrer à tout moment la conformité des produits mis sur le marché.

À l'avenir, quels seront les grands chantiers pour renforcer encore la sécurité sanitaire des aliments au Maroc, et quel rôle l'innovation, la recherche et les autorités de contrôle auront-elles à jouer ?

Les prochaines années seront déterminantes pour poursuivre le renforcement de la sécurité sanitaire des aliments au Maroc. La priorité sera de poursuivre les investissements dans les nouvelles technologies de contrôle, d'analyse et de traçabilité afin d'améliorer encore la prévention des risques et la réactivité des entreprises.

La deuxième priorité concernera le développement de la recherche et de l'innovation, notamment dans les domaines de l'analyse des risques, de la digitalisation, des nouvelles méthodes de contrôle et de la valorisation durable des matières premières et des produits alimentaires.

Les autorités de contrôle, et en particulier l'ONSSA, continueront à jouer un rôle central à travers l'évolution du cadre réglementaire, l'harmonisation des pratiques, l'accompagnement des opérateurs et le renforcement de la confiance dans l'ensemble de la chaîne alimentaire.

Enfin, la sécurité sanitaire des aliments repose sur une responsabilité collective. Elle mobilise les pouvoirs publics, les industriels, les chercheurs et les consommateurs autour d'un même objectif : garantir une alimentation sûre, renforcer la confiance des citoyens et contribuer durablement à la souveraineté alimentaire du Maroc.

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