Menu
Search
Mercredi 04 Novembre 2026
S'abonner
close

Textile: un investissement de 2,3 milliards de DH annoncé pour 2027

Le gouvernement entend renforcer le rôle de l’industrie textile dans la création d’emplois et la consolidation du tissu industriel national. Profitant de la 23e édition du salon Maroc in Mode (MIM), qui réunit les principaux opérateurs de la filière, les ministres présents ont mis en avant les perspectives d’emploi du secteur et annoncé de nouvelles ambitions en matière d’investissement. Le ministre de l’Emploi et du Dialogue social, Abderrahim Chahid, a rappelé la contribution du textile à l’emploi industriel, tout en précisant que l’objectif du programme gouvernemental 2026-2031 est de créer 250.000 emplois dans l’ensemble des secteurs industriels, tous secteurs confondus. De son côté, le ministre délégué chargé du Commerce extérieur, Omar Hejira, a annoncé un investissement de 2,3 milliards de dirhams dans le secteur textile, dont le démarrage est prévu en 2027, avec à la clé quelque 7.000 emplois. Ces annonces mettent en lumière les ambitions des deux ministres pour une filière textile plus intégrée, moins dépendante des intrants importés et davantage créatrice de valeur ajoutée locale.

No Image
La création d'emplois et le renforcement de l'intégration industrielle constituent les deux principaux axes de développement défendus par le gouvernement pour l'industrie du textile et de l'habillement. À l'occasion de la 23e édition du salon Maroc in Mode (MIM), les ministres chargés de l'Emploi et du Commerce extérieur ont présenté plusieurs orientations visant à soutenir les recrutements, améliorer les qualifications professionnelles et développer la production locale de matières premières et de composants textiles.

Le secteur occupe déjà une place importante dans l'emploi industriel national. Selon les chiffres présentés par le ministre de l'Emploi et du Dialogue social, Abderrahim Chahid, il comptait près de 246.000 salariés en 2024, représentant environ 24% de l'emploi industriel. Ces données, issues de références présentées par différents intervenants, confirment le poids social du textile, particulièrement en matière d'emploi des femmes et des jeunes. Pour le gouvernement, l'enjeu consiste désormais à transformer ce potentiel en créations d'emplois supplémentaires, tout en améliorant la qualité et la stabilité des postes proposés.

Comment le gouvernement compte soutenir les créations d'emplois

Lors de son intervention, Abderrahim Chahid a présenté les principaux dispositifs que son département entend mobiliser pour accompagner l'emploi industriel, notamment dans le textile et l'habillement. Le programme gouvernemental 2026-2031 prévoit un objectif global de 1 million de créations nettes d'emplois, dont 250.000 dans l'ensemble des secteurs industriels. Ce dernier chiffre ne constitue donc pas un objectif exclusivement réservé au textile. La filière est toutefois appelée à contribuer à cette dynamique, compte tenu de son poids dans l'emploi manufacturier et de ses besoins en main-d'œuvre. Pour y parvenir, le ministère mise principalement sur la formation, l'insertion des jeunes, la mobilité professionnelle et l'amélioration des conditions de travail. Le programme « CAP Compétences 2030 » prévoit ainsi environ 500.000 opérations de formation et de reconversion professionnelle dans les métiers considérés comme porteurs. Dans le textile, ce dispositif doit notamment permettre d'adapter les qualifications aux besoins des entreprises, alors que la transformation des procédés industriels et l'évolution des exigences des donneurs d'ordre internationaux modifient progressivement les profils recherchés. Le programme « Premier contrat de travail » vise, de son côté, à accompagner 500.000 jeunes vers une première expérience professionnelle. Il doit faciliter leur accès à l'emploi, notamment dans les entreprises industrielles confrontées à des besoins de recrutement. Le ministère prévoit également de mobiliser le dispositif « Travail décent », destiné à renforcer le respect de la législation sociale, la protection des salariés et l'amélioration des conditions de travail. Enfin, le « Passeport de mobilité professionnelle » ambitionne d'accompagner 250.000 opérations de mobilité sur cinq ans. Ce mécanisme doit faciliter l'accès aux opportunités d'emploi dans les territoires où les besoins des entreprises sont les plus importants. Ces programmes constituent des dispositifs transversaux à l'ensemble de l'économie et ne correspondent pas à des enveloppes ou à des objectifs exclusivement affectés au secteur textile. Leur contribution à la filière dépendra notamment de leur déploiement opérationnel et de leur adaptation aux besoins des industriels.

L'AMITH et l'ANAPEC mobilisées pour rapprocher formation et recrutement

Pour renforcer l'efficacité de ces dispositifs, le ministère entend privilégier une approche partenariale associant les entreprises, les organismes publics de l'emploi et les établissements de formation. Cette démarche doit notamment réunir l'Association marocaine des industries du textile et de l'habillement (AMITH), l'Agence nationale de promotion de l'emploi et des compétences (ANAPEC), les établissements de formation professionnelle et les partenaires sociaux. L'objectif est d'anticiper les besoins de recrutement des entreprises et de mieux adapter les programmes de formation aux compétences effectivement recherchées. Le ministère souhaite également faciliter la reconversion des salariés et améliorer l'insertion professionnelle des jeunes et des femmes.

Cette orientation intervient dans un contexte de transformation du secteur, confronté à une concurrence internationale soutenue, à l'automatisation progressive de certaines activités et à des exigences croissantes en matière de traçabilité et de durabilité. Pour Abderrahim Chahid, la compétitivité des entreprises doit ainsi s'accompagner d'une amélioration des qualifications et du dialogue social. L'ambition affichée est de favoriser la création d'emplois durables, tout en renforçant le respect des droits sociaux et professionnels.

Un investissement de 2,3 milliards de DH et 7.000 emplois annoncés

Au-delà des dispositifs d'accompagnement à l'emploi, le gouvernement mise sur de nouveaux investissements industriels pour développer les capacités de production du textile marocain. Le ministre délégué chargé du Commerce extérieur, Omar Hejira, a annoncé un investissement d'environ 2,3 milliards de dirhams, dont le démarrage est prévu en 2027. Selon les indications communiquées, ce projet industriel devrait permettre la création de quelque 7.000 emplois. La future unité disposerait également d'une forte orientation exportatrice, avec 80% de sa production destinés aux marchés étrangers. Le ministre présente cet investissement comme une première contribution au développement de la production locale d'intrants textiles, dans un secteur encore largement dépendant des approvisionnements internationaux. Cette annonce s'inscrit dans une volonté de faire évoluer le modèle industriel de la filière, historiquement concentré sur les activités de confection et de sous-traitance. L'objectif est d'élargir progressivement les capacités nationales vers la fabrication de fils, de tissus et d'autres composants nécessaires à la production de vêtements.

Réduire une dépendance de 80% aux tissus et fils importés

Selon les données présentées par Omar Hejira, près de 80% des tissus et des fils utilisés par les industriels sont importés. Par ailleurs, 77% des exportations d'habillement reposent encore sur le modèle de sous-traitance en coupe, confection et assemblage. Cette organisation permet aux entreprises marocaines de participer aux chaînes de valeur internationales, mais elle limite la part de valeur ajoutée créée localement. Elle expose également les industriels aux fluctuations des prix des matières premières et aux perturbations des chaînes d'approvisionnement. Pour le ministre, le développement de la filière doit donc passer par une montée en gamme de l'appareil productif. « De la confection, nous devons évoluer vers la production », a-t-il plaidé en substance, en appelant à renforcer la fabrication locale des intrants. Cette évolution doit permettre de réduire la dépendance aux importations, de mieux maîtriser les délais de production et de renforcer la résilience des entreprises face aux chocs extérieurs. Elle pourrait également favoriser l'émergence de nouveaux métiers industriels, au-delà des activités traditionnelles de confection. Le ministre a par ailleurs insisté sur la nécessité d'une meilleure répartition territoriale des investissements, en tenant compte des caractéristiques de chaque région, notamment de la disponibilité de la main-d'œuvre et des besoins locaux en emploi.

Un secteur de 1.700 entreprises et 44 milliards de DH d'exportations

Pour Anass El Ansari, président de l'AMITH, la transformation du textile marocain doit s'appuyer sur les acquis industriels de la filière tout en répondant aux nouvelles exigences des marchés internationaux. Selon les chiffres présentés lors du salon, le secteur compte plus de 1.700 entreprises, emploie environ 240.000 personnes déclarées et génère un chiffre d'affaires de l'ordre de 66 milliards de dirhams, dont 44 milliards de dirhams à l'exportation. Le textile représente également, selon Omar Hejira, près de 10% des exportations nationales. Ces indicateurs illustrent le poids de la filière dans l'économie, mais aussi l'importance des enjeux liés à son intégration industrielle. Le président de l'AMITH a souligné la nécessité de passer progressivement d'un modèle principalement fondé sur la confection et la sous-traitance à un écosystème plus intégré, innovant et créateur de valeur ajoutée. Cette transformation suppose notamment d'investir dans les activités situées en amont de la chaîne de production, de moderniser les outils industriels et de renforcer les compétences disponibles. L'AMITH entend poursuivre cette orientation à travers sa feuille de route sectorielle, articulée autour de l'intégration industrielle, de l'investissement, de la décarbonation, de la formation professionnelle et du développement des partenariats internationaux. L'association, qui rappelle son engagement historique auprès des industriels depuis 1960, souhaite également renforcer la coopération avec les pouvoirs publics et les organisations professionnelles étrangères. La 23e édition de Maroc in Mode, organisée conjointement par l'AMITH et CEMS-Global sous le thème « Bridging Europe, Africa & the World: sourcing starts here », s'inscrit dans cette perspective. L'événement rassemble plus de 200 exposants représentant 25 pays, sur une superficie d'environ 8.000 m². Le salon comprend sept espaces thématiques, consacrés notamment aux marques marocaines, aux tissus, aux machines, à l'innovation, aux produits chimiques, aux accessoires et aux services.
Lisez nos e-Papers