Pour un voyageur en visite au Maroc, payer doit être un geste aussi simple que dans son pays d’origine. Réserver un hôtel, régler un taxi, acheter un souvenir ou s’acquitter d’une facture : chaque étape du séjour est aujourd’hui marquée par l’attente d’une transaction rapide, sécurisée et sans friction. Lorsqu’elle n’est pas au rendez-vous, l’expérience s’en trouve immédiatement affectée.
C’est précisément ce changement d’attentes des voyageurs que souligne Sami Romdhane, directeur général de Visa Maroc. Pour lui, cette évolution marque un basculement profond : la digitalisation des paiements n’est plus un simple service, elle devient une composante de l’infrastructure touristique. Les voyageurs internationaux, habitués au sans-contact et aux portefeuilles mobiles comme Apple Pay ou Google Pay, s’attendent à retrouver les mêmes standards partout dans le monde. Lorsqu’ils ne les trouvent pas, leurs comportements s’adaptent mécaniquement : les achats d’impulsion diminuent, certaines dépenses sont reportées ou abandonnées et l’expérience globale peut perdre en fluidité.
C’est dans ce contexte qu’a été lancé récemment le programme «Stay Cashless», fruit d’un partenariat stratégique entre le ministère du Tourisme, Attijariwafa bank et Visa. L’initiative vise à accélérer la diffusion des paiements digitaux dans l’ensemble de l’écosystème touristique marocain, des hôtels et restaurants aux commerces de proximité, afin d’aligner l’expérience proposée aux visiteurs sur les standards internationaux. L’enjeu dépasse la simple modernisation technologique : il s’agit aussi d’accroître la capacité du pays à capter davantage de valeur touristique en facilitant les transactions tout au long du séjour.
La digitalisation des paiements ouvre également une nouvelle dimension dans la compréhension des dynamiques touristiques. Comme le souligne le dirigeant, les données agrégées issues des transactions permettent aujourd’hui de cartographier avec précision les comportements de dépense des visiteurs : saisonnalité, catégories de consommation, répartition territoriale ou impact économique des grands événements. Lors de la Coupe d’Afrique des nations organisée au Maroc, les analyses du Retail Spend Monitor de Visa ont par exemple mis en évidence une hausse de plus de 190% des transactions transfrontalières entrantes, avec des progressions particulièrement marquées à Rabat, Tanger et Casablanca. Des indicateurs qui permettent de passer progressivement d’une lecture intuitive du tourisme à une logique de pilotage plus fine et plus stratégique.
Cette transformation concerne aussi le tissu entrepreneurial du secteur. Dans un pays où près de 1,2 million de petites entreprises pourraient rapidement adopter les paiements numériques, la diffusion de ces solutions représente un levier puissant de formalisation et de croissance pour les TPME touristiques. Selon l’étude Value of Acceptance, une large majorité de commerçants marocains estime que l’acceptation des paiements digitaux contribue à élargir leur clientèle et à soutenir leur activité, tout en réduisant les risques et les coûts liés à la gestion du cash.
À l’approche des grands rendez-vous internationaux et à l’horizon 2030, la question n’est donc plus simplement technologique : elle touche à l’image, à la compétitivité et à la capacité du Maroc à offrir une expérience touristique pleinement alignée sur les attentes des voyageurs mondiaux. Du grand hôtel au chauffeur de taxi, du restaurant gastronomique à l’artisan de la médina, l’enjeu est désormais d’atteindre une acceptation quasi universelle des paiements digitaux et de construire un écosystème où la transaction devient presque invisible. Ce que Sami Romdhane appelle le «zéro charge mentale» du voyageur.
Suite au lancement du programme Stay Cashless, «Le Matin» a souhaité pousser plus loin la réflexion sur ce chantier stratégique pour le tourisme marocain. Quelle place le paiement digital doit-il occuper dans la stratégie touristique nationale ? Peut-il réellement influencer la performance économique d’une destination ? Comment les données de paiement peuvent-elles devenir un outil de pilotage pour les politiques publiques ? Et quels standards le Maroc doit-il atteindre pour s’imposer comme une destination «cash-light» compétitive à l’horizon 2030 ? Dans cet entretien, Sami Romdhane apporte son éclairage sur ces enjeux et décrypte les transformations à l’œuvre dans l’économie touristique mondiale.
Entretien avec le directeur général de Visa Maroc
Existe-t-il un lien mesurable entre digitalisation des paiements et performance touristique ? Le cash peut-il devenir un frein ?
Le lien est direct et quantifiable. Les touristes internationaux, habitués au «sans contact» et aux portefeuilles mobiles, restreignent mécaniquement leurs dépenses lorsqu'ils sont confrontés à des environnements exclusivement tournés vers l'argent liquide. Le cash devient un véritable frein, car il limite les achats d'impulsion, complexifie le parcours client, peut générer un sentiment d'insécurité. Imaginez un touriste cherchant un GAB en pleine Medina traditionnelle ou lors d’une excursion dans une montagne ou au Sahara. À l’échelle internationale, on observe qu’un environnement fortement digitalisé facilite la dépense et réduit les frictions pour les visiteurs. Un voyageur international habitué au sans contact et aux nouvelles méthodes de paiement comme Google Pay & Apple Pay s’attend à retrouver ces standards dans sa destination. En facilitant les transactions numériques depuis l'arrivée jusqu'au départ du visiteur, le Maroc s'assure d'augmenter le panier moyen et de capter une valeur économique bien plus importante.
La donnée issue des paiements peut-elle devenir un outil de pilotage ?
La donnée issue des paiements, lorsqu’elle est agrégée et traitée dans le respect des cadres réglementaires, peut constituer un indicateur complémentaire utile. Elle permet de cartographier avec une extrême précision le comportement des visiteurs, la saisonnalité, la répartition sectorielle des dépenses ou encore certaines dynamiques territoriales. Elle ne remplace pas les statistiques classiques de fréquentation, mais elle peut enrichir l’analyse et aider à mieux comprendre la création de valeur. Dans une stratégie touristique ambitieuse, disposer d’indicateurs complémentaires peut renforcer la capacité de pilotage et d’anticipation. Cela permet d'ajuster les campagnes de promotion touristique, d'optimiser les infrastructures dans les zones à forte affluence et de mesurer le retour sur investissement des grands événements sportifs avec une acuité inédite.
Un exemple très concret est celui de la CAN Maroc 2025. Grâce au Retail Spend Monitor de Visa, nous avons observé une hausse de plus de 190% des transactions transfrontalières entrantes pendant le tournoi, avec une concentration très claire de la croissance sur certaines villes comme Rabat (+70%), Tanger (+55%) et Casablanca (+50%). Nous avons également mesuré des hausses significatives sur des catégories clés, notamment les dépenses liées au sport (+45%) et les dépenses du quotidien, comme la livraison et l’alimentation (+55%). Ce type de données permet de passer d’une logique d’intuition à une logique de décision : savoir où renforcer l’offre touristique, où améliorer les moyens de paiement et quels types de commerces intégrer en priorité.
Dans quelle mesure la modernisation des paiements contribue-t-elle à la formalisation des TPME du secteur touristique ?
L'adoption du paiement digital est un levier massif d'intégration économique. Selon notre récente étude «Value of Acceptance», 67% des commerçants marocains interrogés affirment que l'acceptation des paiements digitaux a soutenu leur croissance et élargi leur clientèle et 91% des TPME ayant adopté les paiements digitaux déclarent être pleinement satisfait du processus et de son impact. Le cash est aussi perçu comme risqué : 71% des commerçants jugent sa gestion risquée (vols, litiges), et 56% disent que la crainte de la fraude carte diminue avec l’usage. Avec environ 1,2 million d'entreprises pouvant rapidement basculer vers le numérique, la marge de progression pour structurer le tissu des TPME touristiques est exceptionnelle.
Quelles grandes tendances mondiales observez-vous aujourd’hui dans les paiements touristiques ?
À l’échelle mondiale, nous observons aujourd’hui trois grandes tendances structurantes. La première est celle du paiement sans friction, avec la généralisation du sans contact et la montée en puissance des paiements mobiles, notamment à travers des solutions tokénisées comme Apple Pay ou Google Pay, qui offrent rapidité, simplicité et sécurité. La deuxième tendance est une intégration de plus en plus forte entre paiement, réservation et services digitaux : le paiement n’est plus un acte isolé, il devient une composante d’un écosystème plus large. C’est tout le sens des innovations comme Visa Intelligent Commerce, qui ouvrent la voie à un commerce dit agentic, où des agents digitaux peuvent faciliter, automatiser et sécuriser certaines étapes du parcours d’achat, tout en restant sous le contrôle du consommateur. Enfin, la troisième tendance clé est celle de la sécurité et de la confiance. Les touristes veulent pouvoir payer partout, rapidement et en toute sécurité, avec une expérience universellement acceptée et transparente. Visa est un leader mondial en matière de sécurité et de gestion de la fraude, avec des capacités avancées d’intelligence artificielle qui permettent de bloquer chaque année des montants très significatifs de transactions frauduleuses à l’échelle mondiale. C’est cette expertise internationale, à la fois technologique, sécuritaire et opérationnelle, que Visa met au service du Maroc à travers le partenariat Stay Cashless, avec la conviction profonde que les destinations qui répondent à ces nouvelles attentes renforcent durablement leur attractivité et leur compétitivité.
Que regardent en priorité les visiteurs internationaux en matière d’expérience de paiement ?
Les visiteurs internationaux recherchent ce que j'appellerais le «zéro charge mentale». Ils s'attendent à l'invisibilité totale de la transaction, une véritable expérience «frictionless». Lorsqu'ils voyagent, ils ne veulent pas avoir à changer leurs habitudes, ni à se soucier du change, des plafonds de retrait ou de la fiabilité d'un terminal. Ce qu'ils regardent en priorité, c'est donc la confiance : la certitude absolue que leur moyen de paiement habituel sera accepté instantanément, partout, et avec le même niveau de sécurité mondial que dans leur pays d'origine. C'est cette tranquillité d'esprit qui leur permet de se concentrer uniquement sur la réussite de leur séjour.
À l’horizon 2030, quels standards mondiaux le Maroc doit-il atteindre ?
À l’approche des grands rendez-vous internationaux, le Maroc devra consolider un haut niveau d’acceptation sur l’ensemble du territoire, y compris dans les zones touristiques émergentes. Le Maroc doit viser l'ubiquité de l'acceptation digitale. Actuellement, le parc national ne compte qu'environ 80.000 terminaux pour 2,5 millions de petites entreprises. Le standard mondial exigera un écosystème où le paiement électronique sera possible absolument partout : du grand hôtel au chauffeur de taxi, en passant par le guide touristique et les petits artisanats traditionnels. L'adoption massive de nouvelles technologies d'encaissement dématérialisées, notamment la solution «Tap to Phone», qui transforme n'importe quel smartphone en terminal de paiement de manière sécurisée, sera le standard indispensable pour proposer une expérience «full cashless» pas que dans les stades et les fan zones, mais sur l’intégralité du circuit visiteur avant, pendant et surtout après la compétition. Il sera également essentiel de garantir des standards élevés de sécurité et de résilience des infrastructures pour absorber des pics d’activité. L’intégration fluide entre canaux physiques et digitaux fera partie des attentes naturelles des visiteurs. Ces standards ne sont pas seulement techniques ; ils participent à l’image et à la compétitivité de la destination.
Quelles priorités pour faire du Maroc une destination «cash-light» compétitive d’ici 2030 ?
Il y a trois grandes priorités. Premièrement, accélérer l'équipement des TPME avec des solutions d'acceptation innovantes et agiles en ciblant le bassin des 1,2 million d'entreprises facilement adressables comme ce que nous avons trouvé dans notre étude «Value of Acceptance». Deuxièmement, intensifier les partenariats public-privé, à l'image de la dynamique initiée par «Stay Cashless», pour offrir des conditions préférentielles, un accompagnement personnalisé et des formations aux opérateurs de l'écosystème touristique. Il est crucial de mener un travail de fond pour démystifier les paiements digitaux auprès des commerçants en démontrant que la gestion du cash possède un coût caché (sécurité, manque à gagner, logistique) qui s'avère bien supérieur au coût de l'acceptation digitale. Enfin, piloter par la donnée devient un levier clé de compétitivité : l’exemple du travail effectué par Visa sur l’AFCON (CAN) démontre qu’il est aujourd’hui possible de mesurer l’impact touristique de manière très fine, ville par ville et catégorie par catégorie, et d’adapter en conséquence l’offre, les infrastructures et les moyens de paiement.
C’est précisément ce changement d’attentes des voyageurs que souligne Sami Romdhane, directeur général de Visa Maroc. Pour lui, cette évolution marque un basculement profond : la digitalisation des paiements n’est plus un simple service, elle devient une composante de l’infrastructure touristique. Les voyageurs internationaux, habitués au sans-contact et aux portefeuilles mobiles comme Apple Pay ou Google Pay, s’attendent à retrouver les mêmes standards partout dans le monde. Lorsqu’ils ne les trouvent pas, leurs comportements s’adaptent mécaniquement : les achats d’impulsion diminuent, certaines dépenses sont reportées ou abandonnées et l’expérience globale peut perdre en fluidité.
C’est dans ce contexte qu’a été lancé récemment le programme «Stay Cashless», fruit d’un partenariat stratégique entre le ministère du Tourisme, Attijariwafa bank et Visa. L’initiative vise à accélérer la diffusion des paiements digitaux dans l’ensemble de l’écosystème touristique marocain, des hôtels et restaurants aux commerces de proximité, afin d’aligner l’expérience proposée aux visiteurs sur les standards internationaux. L’enjeu dépasse la simple modernisation technologique : il s’agit aussi d’accroître la capacité du pays à capter davantage de valeur touristique en facilitant les transactions tout au long du séjour.
La digitalisation des paiements ouvre également une nouvelle dimension dans la compréhension des dynamiques touristiques. Comme le souligne le dirigeant, les données agrégées issues des transactions permettent aujourd’hui de cartographier avec précision les comportements de dépense des visiteurs : saisonnalité, catégories de consommation, répartition territoriale ou impact économique des grands événements. Lors de la Coupe d’Afrique des nations organisée au Maroc, les analyses du Retail Spend Monitor de Visa ont par exemple mis en évidence une hausse de plus de 190% des transactions transfrontalières entrantes, avec des progressions particulièrement marquées à Rabat, Tanger et Casablanca. Des indicateurs qui permettent de passer progressivement d’une lecture intuitive du tourisme à une logique de pilotage plus fine et plus stratégique.
Cette transformation concerne aussi le tissu entrepreneurial du secteur. Dans un pays où près de 1,2 million de petites entreprises pourraient rapidement adopter les paiements numériques, la diffusion de ces solutions représente un levier puissant de formalisation et de croissance pour les TPME touristiques. Selon l’étude Value of Acceptance, une large majorité de commerçants marocains estime que l’acceptation des paiements digitaux contribue à élargir leur clientèle et à soutenir leur activité, tout en réduisant les risques et les coûts liés à la gestion du cash.
À l’approche des grands rendez-vous internationaux et à l’horizon 2030, la question n’est donc plus simplement technologique : elle touche à l’image, à la compétitivité et à la capacité du Maroc à offrir une expérience touristique pleinement alignée sur les attentes des voyageurs mondiaux. Du grand hôtel au chauffeur de taxi, du restaurant gastronomique à l’artisan de la médina, l’enjeu est désormais d’atteindre une acceptation quasi universelle des paiements digitaux et de construire un écosystème où la transaction devient presque invisible. Ce que Sami Romdhane appelle le «zéro charge mentale» du voyageur.
Suite au lancement du programme Stay Cashless, «Le Matin» a souhaité pousser plus loin la réflexion sur ce chantier stratégique pour le tourisme marocain. Quelle place le paiement digital doit-il occuper dans la stratégie touristique nationale ? Peut-il réellement influencer la performance économique d’une destination ? Comment les données de paiement peuvent-elles devenir un outil de pilotage pour les politiques publiques ? Et quels standards le Maroc doit-il atteindre pour s’imposer comme une destination «cash-light» compétitive à l’horizon 2030 ? Dans cet entretien, Sami Romdhane apporte son éclairage sur ces enjeux et décrypte les transformations à l’œuvre dans l’économie touristique mondiale.
Entretien avec le directeur général de Visa Maroc
Sami Romdhane : «La donnée issue des paiements permet de passer d’une logique d’intuition à une logique de décision»
Le Matin : Peut-on encore parler de stratégie touristique nationale sans intégrer le paiement digital comme une infrastructure économique à part entière ?
Sami Romdhane : Aujourd’hui, la modernisation touristique ne peut plus être pensée sans la digitalisation des paiements. Les attentes ont évolué et le paiement électronique devient la norme absolue pour les voyageurs internationaux, il fait partie intégrante de l’expérience voyageur à chaque étape du parcours. Le récent lancement du programme «Stay Cashless», fruit d'un partenariat stratégique entre le ministère du Tourisme, Attijariwafa bank et Visa, illustre parfaitement cette réalité. Ce partenariat stratégique vise à généraliser les paiements digitaux dans l'ensemble des établissements touristiques afin d'offrir une expérience fluide et alignée sur les standards internationaux. L'intégration de cette infrastructure est aujourd'hui un prérequis pour accroître la compétitivité et l'attractivité de la destination Maroc.
Existe-t-il un lien mesurable entre digitalisation des paiements et performance touristique ? Le cash peut-il devenir un frein ?
Le lien est direct et quantifiable. Les touristes internationaux, habitués au «sans contact» et aux portefeuilles mobiles, restreignent mécaniquement leurs dépenses lorsqu'ils sont confrontés à des environnements exclusivement tournés vers l'argent liquide. Le cash devient un véritable frein, car il limite les achats d'impulsion, complexifie le parcours client, peut générer un sentiment d'insécurité. Imaginez un touriste cherchant un GAB en pleine Medina traditionnelle ou lors d’une excursion dans une montagne ou au Sahara. À l’échelle internationale, on observe qu’un environnement fortement digitalisé facilite la dépense et réduit les frictions pour les visiteurs. Un voyageur international habitué au sans contact et aux nouvelles méthodes de paiement comme Google Pay & Apple Pay s’attend à retrouver ces standards dans sa destination. En facilitant les transactions numériques depuis l'arrivée jusqu'au départ du visiteur, le Maroc s'assure d'augmenter le panier moyen et de capter une valeur économique bien plus importante.
La donnée issue des paiements peut-elle devenir un outil de pilotage ?
La donnée issue des paiements, lorsqu’elle est agrégée et traitée dans le respect des cadres réglementaires, peut constituer un indicateur complémentaire utile. Elle permet de cartographier avec une extrême précision le comportement des visiteurs, la saisonnalité, la répartition sectorielle des dépenses ou encore certaines dynamiques territoriales. Elle ne remplace pas les statistiques classiques de fréquentation, mais elle peut enrichir l’analyse et aider à mieux comprendre la création de valeur. Dans une stratégie touristique ambitieuse, disposer d’indicateurs complémentaires peut renforcer la capacité de pilotage et d’anticipation. Cela permet d'ajuster les campagnes de promotion touristique, d'optimiser les infrastructures dans les zones à forte affluence et de mesurer le retour sur investissement des grands événements sportifs avec une acuité inédite.
Un exemple très concret est celui de la CAN Maroc 2025. Grâce au Retail Spend Monitor de Visa, nous avons observé une hausse de plus de 190% des transactions transfrontalières entrantes pendant le tournoi, avec une concentration très claire de la croissance sur certaines villes comme Rabat (+70%), Tanger (+55%) et Casablanca (+50%). Nous avons également mesuré des hausses significatives sur des catégories clés, notamment les dépenses liées au sport (+45%) et les dépenses du quotidien, comme la livraison et l’alimentation (+55%). Ce type de données permet de passer d’une logique d’intuition à une logique de décision : savoir où renforcer l’offre touristique, où améliorer les moyens de paiement et quels types de commerces intégrer en priorité.
Dans quelle mesure la modernisation des paiements contribue-t-elle à la formalisation des TPME du secteur touristique ?
L'adoption du paiement digital est un levier massif d'intégration économique. Selon notre récente étude «Value of Acceptance», 67% des commerçants marocains interrogés affirment que l'acceptation des paiements digitaux a soutenu leur croissance et élargi leur clientèle et 91% des TPME ayant adopté les paiements digitaux déclarent être pleinement satisfait du processus et de son impact. Le cash est aussi perçu comme risqué : 71% des commerçants jugent sa gestion risquée (vols, litiges), et 56% disent que la crainte de la fraude carte diminue avec l’usage. Avec environ 1,2 million d'entreprises pouvant rapidement basculer vers le numérique, la marge de progression pour structurer le tissu des TPME touristiques est exceptionnelle.
Quelles grandes tendances mondiales observez-vous aujourd’hui dans les paiements touristiques ?
À l’échelle mondiale, nous observons aujourd’hui trois grandes tendances structurantes. La première est celle du paiement sans friction, avec la généralisation du sans contact et la montée en puissance des paiements mobiles, notamment à travers des solutions tokénisées comme Apple Pay ou Google Pay, qui offrent rapidité, simplicité et sécurité. La deuxième tendance est une intégration de plus en plus forte entre paiement, réservation et services digitaux : le paiement n’est plus un acte isolé, il devient une composante d’un écosystème plus large. C’est tout le sens des innovations comme Visa Intelligent Commerce, qui ouvrent la voie à un commerce dit agentic, où des agents digitaux peuvent faciliter, automatiser et sécuriser certaines étapes du parcours d’achat, tout en restant sous le contrôle du consommateur. Enfin, la troisième tendance clé est celle de la sécurité et de la confiance. Les touristes veulent pouvoir payer partout, rapidement et en toute sécurité, avec une expérience universellement acceptée et transparente. Visa est un leader mondial en matière de sécurité et de gestion de la fraude, avec des capacités avancées d’intelligence artificielle qui permettent de bloquer chaque année des montants très significatifs de transactions frauduleuses à l’échelle mondiale. C’est cette expertise internationale, à la fois technologique, sécuritaire et opérationnelle, que Visa met au service du Maroc à travers le partenariat Stay Cashless, avec la conviction profonde que les destinations qui répondent à ces nouvelles attentes renforcent durablement leur attractivité et leur compétitivité.
Que regardent en priorité les visiteurs internationaux en matière d’expérience de paiement ?
Les visiteurs internationaux recherchent ce que j'appellerais le «zéro charge mentale». Ils s'attendent à l'invisibilité totale de la transaction, une véritable expérience «frictionless». Lorsqu'ils voyagent, ils ne veulent pas avoir à changer leurs habitudes, ni à se soucier du change, des plafonds de retrait ou de la fiabilité d'un terminal. Ce qu'ils regardent en priorité, c'est donc la confiance : la certitude absolue que leur moyen de paiement habituel sera accepté instantanément, partout, et avec le même niveau de sécurité mondial que dans leur pays d'origine. C'est cette tranquillité d'esprit qui leur permet de se concentrer uniquement sur la réussite de leur séjour.
À l’horizon 2030, quels standards mondiaux le Maroc doit-il atteindre ?
À l’approche des grands rendez-vous internationaux, le Maroc devra consolider un haut niveau d’acceptation sur l’ensemble du territoire, y compris dans les zones touristiques émergentes. Le Maroc doit viser l'ubiquité de l'acceptation digitale. Actuellement, le parc national ne compte qu'environ 80.000 terminaux pour 2,5 millions de petites entreprises. Le standard mondial exigera un écosystème où le paiement électronique sera possible absolument partout : du grand hôtel au chauffeur de taxi, en passant par le guide touristique et les petits artisanats traditionnels. L'adoption massive de nouvelles technologies d'encaissement dématérialisées, notamment la solution «Tap to Phone», qui transforme n'importe quel smartphone en terminal de paiement de manière sécurisée, sera le standard indispensable pour proposer une expérience «full cashless» pas que dans les stades et les fan zones, mais sur l’intégralité du circuit visiteur avant, pendant et surtout après la compétition. Il sera également essentiel de garantir des standards élevés de sécurité et de résilience des infrastructures pour absorber des pics d’activité. L’intégration fluide entre canaux physiques et digitaux fera partie des attentes naturelles des visiteurs. Ces standards ne sont pas seulement techniques ; ils participent à l’image et à la compétitivité de la destination.
Quelles priorités pour faire du Maroc une destination «cash-light» compétitive d’ici 2030 ?
Il y a trois grandes priorités. Premièrement, accélérer l'équipement des TPME avec des solutions d'acceptation innovantes et agiles en ciblant le bassin des 1,2 million d'entreprises facilement adressables comme ce que nous avons trouvé dans notre étude «Value of Acceptance». Deuxièmement, intensifier les partenariats public-privé, à l'image de la dynamique initiée par «Stay Cashless», pour offrir des conditions préférentielles, un accompagnement personnalisé et des formations aux opérateurs de l'écosystème touristique. Il est crucial de mener un travail de fond pour démystifier les paiements digitaux auprès des commerçants en démontrant que la gestion du cash possède un coût caché (sécurité, manque à gagner, logistique) qui s'avère bien supérieur au coût de l'acceptation digitale. Enfin, piloter par la donnée devient un levier clé de compétitivité : l’exemple du travail effectué par Visa sur l’AFCON (CAN) démontre qu’il est aujourd’hui possible de mesurer l’impact touristique de manière très fine, ville par ville et catégorie par catégorie, et d’adapter en conséquence l’offre, les infrastructures et les moyens de paiement.
