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Transition climatique : où se situent encore les faiblesses du Maroc

Le Maroc s’est imposé comme l’un des pays du Sud les plus engagés dans le développement des énergies renouvelables. Mais entre les objectifs affichés et leur traduction en réductions durables des émissions, plusieurs fragilités subsistent. Une nouvelle étude publiée dans Discover Sustainability pointe notamment la dépendance énergétique et technologique, les limites du réseau électrique, le financement et la participation encore insuffisante des acteurs locaux.

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Avec ses grands projets solaires et éoliens et un objectif de 52% de capacité électrique installée d’origine renouvelable à l’horizon 2030, le Maroc est présenté comme un pays ayant développé une politique climatique ambitieuse. Une étude publiée le 13 septembre 2026 dans la revue scientifique Discover Sustainability s’intéresse toutefois à ce qui sépare encore cette ambition de sa mise en œuvre effective.

Menée par Aida Nefzi et Fathi Bouzidi, l'étude compare le Maroc, la Chine et la Norvège, trois économies aux profils très différents mais engagées dans l'Accord de Paris. Les auteurs analysent notamment leurs politiques de réduction des émissions, leurs capacités institutionnelles, leurs modes de financement, leurs infrastructures énergétiques et leur maîtrise technologique. Il ne s'agit pas d'un classement : l'étude repose essentiellement sur des données secondaires et une analyse comparative qualitative.

Dans le cas marocain, le point de départ est plutôt favorable. Le Royaume représente moins de 0,2% des émissions mondiales de CO₂, tandis que sa contribution déterminée au niveau national prévoit une réduction des émissions de gaz à effet de serre de 45,5% à l'horizon 2030 par rapport à un scénario tendanciel, dont 18,3% sans condition.

Les auteurs mettent également en avant l'expérience acquise par le Maroc dans la réalisation de grands projets renouvelables. Le complexe solaire Noor Ouarzazate, d'une capacité d'environ 580 MW, éviterait ainsi quelque 690.000 tonnes équivalent CO₂ par an, selon les données reprises par l'étude.

Une dépendance énergétique encore importante

La première fragilité identifiée se situe dans la structure même du système énergétique. Malgré le développement des renouvelables, l'étude indique que le Maroc importe encore plus de 90% de son énergie primaire, tandis que les combustibles fossiles restent très présents dans les transports, l'industrie et certains usages domestiques.

Autrement dit, l'augmentation des capacités solaires et éoliennes ne suffit pas, à elle seule, à transformer l'ensemble du système énergétique. L'étude souligne d'ailleurs que, si l'intensité carbone du Maroc s'est améliorée, ses émissions absolues restent liées à une demande énergétique croissante.

Le réseau électrique constitue un deuxième point de vigilance. L'intermittence des renouvelables, les besoins de renforcement des infrastructures de transport d'électricité et les délais d'intégration de nouvelles capacités solaires au réseau réduisent, selon les chercheurs, l'impact global du développement des énergies propres. À long terme, la modernisation du réseau apparaît ainsi comme l'une des conditions nécessaires pour convertir les nouvelles capacités installées en décarbonation effective.

Financement et technologie, deux dépendances à réduire

L'étude relève également un paradoxe dans le modèle de financement marocain. Le recours aux institutions multilatérales, aux investissements étrangers et aux partenariats public-privé a permis au Royaume de développer rapidement de grandes infrastructures renouvelables. Mais cette réussite s'accompagne d'une forte dépendance à l'égard des capitaux extérieurs.

Le même constat vaut pour la technologie. Les chercheurs reconnaissent au Maroc une expérience importante dans le développement et la gestion de projets solaires et éoliens, mais estiment que les capacités nationales de recherche et de maîtrise technologique restent en retrait par rapport aux ambitions infrastructurelles. Équipements importés, expertise internationale et financement extérieur continuent ainsi d'occuper une place importante. Cette dépendance pourrait peser sur la capacité du pays à construire un écosystème d'innovation pleinement autonome. Les auteurs relèvent néanmoins des progrès dans la fabrication locale, la formation professionnelle et la recherche consacrée aux renouvelables.

Le défi de l'inclusion territoriale

Autre faiblesse mise en avant : la répartition des bénéfices de la transition. Une grande partie des projets renouvelables est implantée dans des territoires éloignés des grands centres économiques. L'étude relève à ce titre des préoccupations concernant l'utilisation des terres, la participation des populations locales et les retombées en matière d'emploi.

Selon la synthèse comparative des chercheurs, la coordination centralisée du modèle marocain facilite la réalisation des projets, mais laisse une place plus limitée à la participation locale et à l'influence des parties prenantes. Les auteurs évoquent également un manque d'évaluations indépendantes et exhaustives après la réalisation des projets. Ils mettent ainsi en garde contre une transition qui reposerait principalement sur de grands projets emblématiques au détriment de solutions renouvelables plus petites et décentralisées, susceptibles de produire davantage de retombées directes pour les territoires.

Passer des capacités installées aux réductions durables des émissions

C'est finalement sur ce point que se situe le principal enseignement de l'étude. Pour les chercheurs, l'ambition climatique et le nombre de mégawatts renouvelables installés ne permettent pas, à eux seuls, de mesurer l'efficacité d'une transition. Il faut déterminer si les politiques engagées aboutissent à des réductions d'émissions durables, crédibles et socialement équitables.

Dans le cas du Maroc, les conditions identifiées sont relativement précises : moderniser le réseau électrique, stabiliser les sources de financement, développer davantage les capacités technologiques nationales, renforcer la participation locale et mieux répartir les bénéfices économiques de la transition énergétique.

L'étude apporte toutefois une nuance importante à cette lecture. Avec une contribution aux émissions mondiales inférieure à 0,2%, le Maroc conjugue une faible responsabilité dans le réchauffement mondial et une forte vulnérabilité climatique. Une partie substantielle de ses objectifs dépend en outre de financements et de soutiens internationaux. Pour les auteurs, les performances climatiques d'un pays ne peuvent donc être évaluées indépendamment de ses moyens économiques, technologiques et institutionnels.
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