Menu
Search
Mercredi 29 Avril 2026
S'abonner
close

Consensus pour une gouvernance éthique et inclusive de l’IA aux Rencontres de l’Université Euromed de Fès sur l’Alliance des Civilisations

Réunis à Fès les 27 et 28 avril, plus de 2.000 participants issus de 74 pays ont appelé à une gouvernance mondiale éthique de l’intelligence artificielle. À travers la “Déclaration de Fès”, le forum international organisé par l’Université Euromed positionne le Maroc sur le terrain du dialogue global autour des technologies émergentes.

No Image
La ville de Fès s’est imposée, le temps de deux journées, comme l’un des carrefours mondiaux de la réflexion sur l’intelligence artificielle. Organisées sous le Haut Patronage de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, les Rencontres de l’Université Euromed de Fès sur l’Alliance des civilisations ont réuni les 27 et 28 avril plus de 2.000 participants venus de 74 pays : responsables gouvernementaux, diplomates, universitaires, experts, représentants de la société civile et plus de 1.400 jeunes. Au centre des débats : une question devenue stratégique à l’échelle planétaire — comment encadrer l’essor de l’intelligence artificielle sans sacrifier les principes humains, éthiques et démocratiques.

La “Déclaration de Fès” pour encadrer l’IA

À l’issue des travaux, les participants ont adopté une déclaration finale appelant à inscrire le développement de l’IA dans une vision fondée sur la dignité humaine, la justice, l’équité et la responsabilité. Le texte plaide pour des cadres internationaux de gouvernance reposant sur la transparence, la sécurité, la confiance et le respect des souverainetés nationales. Il insiste également sur la nécessité de renforcer la fiabilité des systèmes d’IA, via des mécanismes d’évaluation, d’audit et de certification. Dans un contexte de course technologique mondiale, la déclaration met en garde contre les risques de fragmentation numérique et de domination de quelques puissances sur les standards internationaux.



Les participants ont aussi exprimé leur inquiétude face à la prolifération des contenus manipulés, aux campagnes de désinformation et aux discours de haine amplifiés par les technologies numériques. Le forum appelle à la mise en place de dispositifs de veille, d’alerte et de réponse rapide, capables de protéger les sociétés et les institutions contre ces nouvelles formes de déstabilisation. L’intelligence artificielle ne doit pas devenir un facteur d’aggravation des conflits, ont souligné plusieurs intervenants, mais au contraire un outil au service de la prévention des crises et du maintien de la paix.

L’Afrique et les territoires au cœur des enjeux

Autre axe fort des discussions : la nécessité d’un accès équitable aux technologies, notamment pour les pays en développement. Le forum a insisté sur l’importance de soutenir des écosystèmes d’innovation locaux, adaptés aux réalités culturelles, linguistiques et économiques des territoires. L’idée défendue à Fès est claire : l’IA ne peut être uniquement importée ou copiée. Elle doit aussi être pensée depuis l’Afrique, avec ses besoins propres, ses langues et ses priorités de développement.

À travers ce rendez-vous international, le Maroc confirme sa volonté de se positionner comme acteur du dialogue mondial sur les technologies émergentes. Le choix de Fès, ville symbole de savoirs et de brassage des civilisations, n’est pas anodin. Au moment où l’intelligence artificielle redessine les rapports de puissance, l’économie et l’information, le Royaume cherche à faire entendre une voix singulière : celle d’un progrès technologique encadré par l’éthique, ouvert à la coopération internationale et attentif aux équilibres humains.

Le message lancé depuis Fès se veut universel : l’avenir de l’intelligence artificielle ne se jouera pas seulement dans les laboratoires ou les marchés, mais aussi dans la capacité des nations à lui donner du sens.

Vers la création d'un “AI Trust Hub Africa”

Intervenant lors des Rencontres de l’Université Euromed de Fès, Brahim Benjelloun-Touimi a défendu une idée structurante : positionner le Maroc, et plus particulièrement Casablanca, comme futur centre africain de confiance en matière d’intelligence artificielle.

Baptisée “Casablanca AI Trust Hub Africa”, cette proposition vise à créer une plateforme multi-acteurs réunissant pouvoirs publics, régulateurs, entreprises, universités et société civile. Objectif : élaborer des normes, développer des outils d’évaluation et accompagner le déploiement de systèmes d’IA adaptés aux réalités africaines.

Selon lui, ce hub pourrait remplir trois fonctions majeures : définir un référentiel éthique fondé sur la transparence et la protection des données, certifier les modèles d’IA en évaluant biais et cybersécurité, et soutenir les infrastructures numériques ainsi que la formation des talents.

L’intervenant a également insisté sur la place de l’Afrique dans la révolution technologique mondiale. Le continent, a-t-il estimé, ne peut se contenter d’utiliser des technologies conçues ailleurs : il doit participer à la production des données, à la formation des compétences et à la gouvernance internationale de l’IA.

À travers cette vision, Casablanca serait appelée à devenir, à l’horizon 2030, un pôle africain de référence pour une intelligence artificielle souveraine, responsable et crédible.
Lisez nos e-Papers