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Jeudi 03 Septembre 2026
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HEM passe au statut d’université et affiche de nouvelles ambitions

HEM a présenté, mercredi à Casablanca, les nouvelles orientations qui accompagneront son passage au statut d’université. Cette évolution se traduit par une architecture académique élargie, de nouvelles disciplines et une place renforcée accordée à la recherche. Elle s’accompagne également d’une volonté de rapprocher davantage les formations des besoins des entreprises, alors que les métiers et les compétences recherchées évoluent rapidement. L’ensemble de ces changements prendra effet dès la rentrée universitaire 2026-2027.

Après près de quarante ans comme établissement privé d’enseignement supérieur, HEM change de statut et devient l’Université Internationale HEM. L’établissement a officialisé, début septembre, l’obtention de son autorisation d’ouverture, avec un démarrage de ses activités sous cette nouvelle configuration dès la rentrée universitaire 2026-2027.

Longtemps identifiée aux sciences de gestion et au management, HEM entend désormais changer d’échelle en élargissant son périmètre académique, en renforçant la recherche et en s’ouvrant à de nouvelles disciplines. Cette évolution ne rompt toutefois pas avec l’ADN revendiqué par l’institution, réaffirmé à plusieurs reprises au cours de la cérémonie de lancement tenue ce mercredi à Casablanca : une relation étroite avec le monde de l’entreprise et une formation pensée au plus près des besoins économiques.

Pour Younes Slaoui, président du conseil d’administration de l’Université, cette transformation intervient à un moment où les besoins en compétences évoluent rapidement au Maroc, sous l’effet de l’industrialisation, des nouvelles technologies, de l’intelligence artificielle et de l’internationalisation croissante des entreprises. « Nous faisons le choix d’une université ouverte sur le monde, exigeante dans ses standards académiques, profondément connectée aux entreprises et pleinement engagée au service du développement d’un Maroc en pleine transformation », a-t-il déclaré.

Dans son intervention, il a notamment insisté sur le rôle que l’université entend jouer dans le développement du capital humain, avec l’ambition de rapprocher davantage la formation académique des transformations économiques et des besoins des entreprises.

Adossée à LCI Education, groupe international d’enseignement supérieur présent sur cinq continents et réunissant plus de 20.000 étudiants, l’Université Internationale HEM entend s’appuyer sur ce réseau pour développer davantage ses coopérations académiques, ses mobilités et son rayonnement à l’international, rappelle-t-il.

Une université élargie au management, à l’ingénierie et au droit

Le passage au statut d’université s’accompagne d’une nouvelle architecture académique, présentée lors de la cérémonie par Bouchra By, directrice générale de l’Université Internationale HEM. L’établissement s’organise désormais autour de quatre composantes : HEM Business School, présente à Casablanca et Rabat, une école d’ingénierie, HEM Law and Politics School et un pôle consacré à la formation continue des cadres. Cette organisation doit, selon la responsable, permettre de proposer des parcours « rigoureux et professionnalisants », construits autour des compétences attendues sur les marchés du travail national et international.

« Une université ne se juge pas seulement sur ses ambitions. Elle se juge sur son architecture pédagogique, sur la qualité de ses programmes, sur la place qu’elle donne à la recherche scientifique et à l’international », a-t-elle souligné. Parmi les nouveautés présentées figurent des licences professionnelles, des masters destinés aux cadres, un MBA, ainsi que des cursus dispensés en français et d’autres entièrement en anglais.

Bouchra By a également mis en avant une pédagogie davantage tournée vers la pratique et la mise en situation, avec une place accordée aux clubs animés par les étudiants et à l’apprentissage par l’expérience. La directrice générale a par ailleurs annoncé un renforcement de la recherche scientifique, appelée à alimenter les enseignements et à accroître la contribution de l’université à son environnement académique, économique et social.

Les nouvelles orientations concernent aussi l’ouverture internationale, avec le développement de la mobilité étudiante, des séjours linguistiques, des doubles diplômes et des voyages d’études. Le réseau LCI Education doit notamment servir de relais pour élargir ces possibilités de parcours à l’étranger.

Le lien avec les entreprises occupe également une place importante dans le dispositif présenté. L’alternance en constitue, selon elle, « l’expression la plus directe », tandis que les entreprises sont aussi appelées à participer à la conception des cursus à travers les instances scientifiques et stratégiques de l’université. « Les entreprises ne se contentent pas d’accueillir nos étudiants, mais construisent avec nous des programmes », a-t-elle expliqué.

L’ensemble de ces nouveautés doit, selon la directrice générale, répondre à une même finalité : « l’employabilité de nos étudiants », tout en favorisant l’entrepreneuriat. L’objectif affiché est de préparer des profils capables d’évoluer sur les marchés marocain, africain et international, dans ce qu’elle présente non comme un aboutissement, mais comme « un point de départ » pour l’Université Internationale HEM.

Décalage formation-emploi : pourquoi les diplômés ne répondent-ils toujours pas aux besoins des entreprises ?

À la suite de la cérémonie, une table ronde consacrée à la question « Former les talents dont le Maroc a besoin » a prolongé le débat sur l’un des enjeux centraux du nouveau projet universitaire : l’adéquation entre formation et emploi. Autour de la table, Samia Terhzaz, directrice générale déléguée de la CGEM, Maysoun Naciri, directrice du programme JobInTech, Youssef Filali Guerraoui, analyste économique, Badr Zher El Azrak, expert des politiques publiques, ainsi que Driss Ksikes, directeur du Centre de recherche de l’Université Internationale HEM, ont confronté les besoins des entreprises aux limites actuelles des parcours de formation.

Alors que de nombreux diplômés éprouvent encore des difficultés à intégrer le marché du travail, certaines entreprises peinent parallèlement à trouver les profils correspondant à leurs besoins. Youssef Filali Guerraoui situe une partie du problème dans la qualité et l’adéquation des candidatures plutôt que dans leur nombre. « Vous ouvrez un poste d’emploi, vous allez recevoir 100 CV, mais vous ne pouvez sélectionner que cinq ou six », a-t-il expliqué. Au-delà des connaissances académiques, les écarts observés au moment du recrutement concernent, selon lui, les soft skills, la connaissance de l’entreprise, du secteur et du fonctionnement du marché du travail.

Pour réduire ce décalage, l’analyste économique défend une implication beaucoup plus précoce des entreprises dans la construction des cursus, en particulier lorsqu’il s’agit de préparer les compétences destinées aux métiers émergents. Investisseurs, dirigeants et chefs de projet devraient être associés en amont à la définition des formations, puisqu’ils sont directement confrontés aux mutations de leurs secteurs. « Ce sont eux qui connaissent véritablement les métiers d’avenir », a-t-il soutenu, en citant notamment l’automobile et l’aéronautique parmi les filières où les besoins auraient gagné à être davantage anticipés.

Cette anticipation peut également peser sur la capacité des nouveaux investissements à devenir rapidement opérationnels. « Quand un investisseur s’installe dans une zone offshore ou une zone d’accélération industrielle, il met six à huit mois pour qualifier les ressources humaines recrutées », a expliqué Guerraoui, évoquant notamment le transfert de compétences, la formation continue et l’alternance. Une université capable d’intervenir en amont pourrait, selon lui, préparer les profils avant même le démarrage de l’activité et réduire ainsi le temps de lancement du projet.

Badr Zher El Azrak a, de son côté, déplacé le débat vers la manière même dont sont évaluées les politiques d’enseignement supérieur. Selon lui, l’approche reste encore largement quantitative, centrée sur le nombre d’établissements créés, d’étudiants inscrits ou encore de publications scientifiques. « Mais qu’en est-il des taux d’insertion ? », a-t-il interrogé, plaidant pour une évaluation davantage tournée vers le devenir des diplômés et l’efficacité réelle des dispositifs de formation. Il a également pointé l’absence, dans une grande partie des universités, de structures suffisamment dédiées au suivi et à l’accompagnement des lauréats vers l’emploi.

Cette critique rejoint, selon lui, un problème plus structurel : les politiques publiques restent encore organisées autour du diplôme alors que le marché du travail raisonne de plus en plus en compétences. El Azrak estime que l’université publique demeure trop éloignée des entreprises, des régions et des acteurs territoriaux qui expriment directement les besoins en emploi. À ses yeux, il n’est plus possible d’élaborer une carte des formations puis d’espérer répondre au marché du travail sans associer en amont les entreprises concernées. Chaque région disposant de son propre modèle économique, il défend ainsi une construction plus territorialisée et participative de l’offre de formation, rompant avec une logique essentiellement décidée au niveau central.

Il a enfin insisté sur l’orientation, qu’il considère comme un levier à actionner bien avant l’entrée à l’université. Plutôt que de chercher à corriger tardivement les difficultés d’insertion, l’enjeu serait, selon lui, d’accompagner les choix de formation dès les premières étapes du parcours afin de mieux les mettre en regard des compétences et des débouchés appelés à évoluer rapidement.

La CGEM veut réactiver un observatoire des métiers

L’adéquation entre formation et emploi se heurte toutefois à une difficulté située encore plus en amont : les entreprises elles-mêmes ne disposent pas toujours d’une vision suffisamment précise des compétences dont elles auront besoin à moyen terme. Samia Terhzaz a reconnu que même les grandes fédérations sectorielles ne sont pas systématiquement en mesure de dresser une cartographie suffisamment fine de leurs besoins futurs. « Aujourd’hui, nous n’avons pas d’outils », a-t-elle indiqué, faisant de la prospective l’un des maillons à renforcer pour éviter que les formations ne s’adaptent qu’une fois les tensions apparues sur le marché du travail.

La CGEM entend, dans cette optique, réactiver un observatoire des métiers, présenté par sa directrice générale déléguée comme « un projet fort de la CGEM pour l’année à venir ». L’ambition est d’en faire un outil alimenté en continu par les professionnels, capable de recenser leurs besoins, de repérer les métiers en tension, d’identifier ceux appelés à émerger et de suivre les transformations de l’économie. L’enjeu est de disposer d’informations suffisamment actualisées pour permettre aux universités et aux organismes de formation d’ajuster leurs programmes avant que les pénuries de compétences ne s’installent.

Cette prospective devra également tenir compte de la structure de l’emploi au Maroc. D’après une étude de la CGEM citée par Samia Terhzaz, 80% des emplois créés au cours des cinq dernières années l’auraient été par les TPME. Si elle a rappelé que les grandes entreprises et l’industrie restent créatrices d’emplois et que l’investissement industriel doit se poursuivre, elle a surtout appelé à élargir la réflexion à d’autres pans de l’économie, notamment les services, l’économie sociale et solidaire et les territoires encore insuffisamment couverts par les dynamiques de création d’emplois.

La réponse ne passerait donc pas uniquement par une révision des programmes universitaires. Samia Terhzaz a également mis en avant les instituts de formation à gestion déléguée développés avec les professionnels, notamment dans l’automobile et l’aéronautique, où les besoins en compétences sont directement exprimés par les fédérations concernées. Ce modèle de co-construction pourrait, selon elle, être étendu à d’autres filières afin de rapprocher davantage les formations des métiers effectivement recherchés, tout en maintenant le lien avec l’entreprise à travers l’alternance, les stages et la formation professionnelle.

À ce continuum s’ajoute un autre maillon de la chaîne de l’emploi : l’intermédiation entre les entreprises et les demandeurs d’emploi. Samia Terhzaz a cité à ce titre les structures comme l’ANAPEC et avancé un ratio d’un agent pour environ 500 demandeurs d’emploi, contre un pour 50 en Europe, pour illustrer les limites actuelles du suivi et de l’accompagnement. Au-delà de la formation elle-même, la question de la proximité avec les chercheurs d’emploi et de leur mise en relation avec les recruteurs apparaît ainsi comme un autre levier à renforcer.

Face à des besoins qui évoluent plus vite que les cursus, Maysoun Naciri a défendu une articulation entre les formations académiques longues, nécessaires pour donner aux étudiants des bases solides, et des dispositifs complémentaires plus agiles, capables de répondre rapidement à l’apparition de nouvelles compétences sur le marché. Certificats et formations ciblées pourraient ainsi enrichir progressivement les parcours sans attendre une refonte complète des cursus universitaires. « Nous n’avons pas le temps de faire la réforme pour suivre les évolutions technologiques », a-t-elle relevé, soulignant le décalage entre le temps nécessaire à la transformation de l’enseignement supérieur et la vitesse à laquelle les métiers se transforment.

Son intervention a ainsi replacé la question de l’agilité au cœur du rapprochement entre formation et emploi. Dans un environnement technologique où certaines compétences évoluent en quelques années, voire plus rapidement, les dispositifs de formation doivent pouvoir être enrichis au fil des nouveaux besoins exprimés par le marché, sans dépendre systématiquement du calendrier plus long des réformes académiques.

Driss Ksikes a élargi cette réflexion à la transformation même de l’apprentissage. Trois défis se posent, selon lui, à l’université : repenser les méthodes pédagogiques face à l’accélération technologique et à l’intelligence artificielle, identifier les compétences clés liées à des métiers en mutation et construire ce qu’il qualifie d’« écologie du lien », destinée à redonner une place centrale aux interactions humaines dans les espaces d’apprentissage et de production.

L’intelligence artificielle cristallise une partie de cette transformation. « Notre enjeu comme université est de savoir se servir de l’intelligence artificielle, du numérique, non d’y être asservis », a-t-il résumé. Dans un environnement où le savoir n’est plus une ressource rare mais une matière devenue « abondante, même surabondante », la compétence ne réside plus uniquement dans l’accumulation de connaissances. Elle tient aussi, selon lui, à la capacité de trier, classer, catégoriser et valoriser l’information, mais aussi de travailler avec les autres et de développer une compréhension plus large de l’environnement dans lequel ces savoirs seront mobilisés.

Cette évolution remet également en question un enseignement exclusivement vertical. Driss Ksikes plaide pour des lieux d’apprentissage favorisant davantage l’échange, le partage et l’intelligence collective, dans lesquels l’enseignant ne serait plus uniquement celui qui transmet un savoir mais participerait à la construction d’un environnement permettant aux étudiants de développer à la fois leur expertise, leur autonomie et leur capacité d’adaptation. Une orientation qu’il rattache directement au projet académique de l’Université Internationale HEM, qui lancera ses activités sous ce nouveau statut dès la rentrée 2026-2027 et devra désormais mettre à l’épreuve, sur le terrain, cette nouvelle manière de former aux métiers de demain.

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