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Mardi 21 Juillet 2026
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IA et emploi : le Maroc a encore une fenêtre pour préparer les jeunes talents

Réunis à Rabat à l'initiative d'Al Akhawayn University, dirigeants d'entreprise, responsables publics et universitaires estiment que l'intelligence artificielle ne détruit pas encore les emplois des jeunes au Maroc, mais transforme déjà leurs missions. Une situation qui laisse au Royaume un temps précieux pour adapter les compétences, renforcer les liens entre universités et entreprises et faire de l'IA un levier de croissance.

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Comment créer une valeur partagée et durable entre les employeurs et les jeunes talents à l'ère de l'intelligence artificielle ? C'est la question posée par Al Akhawayn University, qui a réuni, à Rabat, décideurs publics, patronat, dirigeants d'entreprise et monde académique pour son Intelligence Forum. Aux côtés de Azzedine El Midaoui, ministre de l'Enseignement supérieur, de la recherche scientifique et de l'innovation, le Forum a rassemblé, le 14 juillet au pied de la Tour Mohammed VI, Mehdi Tazi, président de la Confédération générale des entreprises au Maroc, Mohamed Horani, fondateur et PDG de HPS, Wafaa Asri, secrétaire générale du département de la Formation professionnelle, Awatef Hayar, professeure et ancienne ministre, Ghita Mezzour, fondatrice et CEO de DecisiveAI et ancienne ministre déléguée chargée de la Transition numérique, Jalal Charaf, directeur général de l'École Centrale Casablanca et doyen exécutif à l'Université Mohammed VI Polytechnique, et Amine Bensaïd, président d'Al Akhawayn University.

Les intervenants ont livré un constat porteur d'espoir : contrairement aux pays dont les entreprises sont les plus avancées dans l'adoption de l'IA, au Maroc, l'intelligence artificielle n'a pas encore impacté l'emploi des jeunes ; elle transforme les tâches des nouvelles recrues. La fenêtre pour organiser la réponse collective pourrait toutefois se réduire si les entreprises marocaines accéléraient leur adoption de l'IA pour gagner en compétitivité, ont-ils relevé. La perspective, elle, est claire : des talents à l'intelligence humaine et relationnelle solide, augmentée par l'IA, créeraient une valeur ajoutée à même de booster la croissance économique et la création d'emploi. La collaboration entre l'entreprise et l'université devient un enjeu encore plus important. Selon eux, la bonne nouvelle est qu’il n’y a pas de suppression de postes, mais une transformation des tâches.

Le constat des employeurs a été sans ambiguïté. «En tant que chef d'entreprise, je ne vois pas encore l'IA remplacer des personnes, ni dans mes entreprises ni dans celles de mes collègues», a témoigné Mehdi Tazi, président de la CGEM, estimant que plus de 90% des emplois ne sont pas directement concernés aujourd'hui. Un diagnostic conforté par Wafaa Asri : les travaux internationaux, de l'OCDE au Forum économique mondial, montrent que l'IA transforme des tâches au sein des métiers, à commencer par celles confiées aux nouvelles recrues, plus qu'elle ne fait disparaître les métiers eux-mêmes.

La transformation, elle, est bien engagée. «L'IA est irréversible», a rappelé Mohamed Horani, fondateur et PDG de HPS, dont le groupe l'intègre à la fois dans ses processus et dans ses produits. Les entreprises l'adoptent pour rester compétitives et attendent des jeunes recrues qu'elles arrivent outillées : Capgemini a présenté sa grille de qualification des candidats, ‘«AI Aware, AI Ready, AI Native», où la capacité à challenger l'IA devient un critère d'embauche. D’après eux, cette situation donne au Maroc un avantage précieux : le temps. Un avantage qui pourrait, indique-t-on, se réduire à mesure que les entreprises accélèrent leur adoption de l'IA pour gagner en compétitivité.

Et de poursuivre que dans les économies qui ont adopté l'IA le plus vite, l'insertion des jeunes diplômés s'est dégradée : selon les études internationales citées en séance, entre 33 et 48% des diplômés américains de la dernière promotion ne sont pas encore en poste, alors même que 53% des entreprises déclarent chercher des compétences en IA sans les trouver. «Avec une adoption encore intermédiaire, un délai moyen d'accès au premier emploi de 33 mois et un jeune diplômé sur quatre au chômage, le Maroc peut encore choisir son scénario», estime-t-on. «Les deux scénarios peuvent coexister. Tout dépendra des choix que nous faisons aujourd'hui», a résumé Wafaa Asri.



«Nous n'étions pas prêts à attendre et simplement constater ce qui allait se passer. Nous avons décidé d'agir», a expliqué Amine Bensaïd, président d'Al Akhawayn University, pour qui «c'est un bon moment, et il n'est certainement pas trop tard» pour mener cette réflexion collective : employeurs, universités et décideurs publics ensemble. Azzedine El Midaoui a appelé l'université à devenir «créatrice de richesses».

Au-delà de la préservation des emplois, les intervenants ont dessiné une perspective : celle d'une génération augmentée par l'IA, créatrice de valeur. «Nous ne sommes pas dans le remplacement : nous sommes dans une meilleure version de nous-mêmes avec l'IA», a déclaré Mehdi Tazi. Awatef Hayar, ancienne ministre de la Solidarité, de l'insertion sociale et de la famille, a illustré le potentiel d'inclusion de ces outils, capables de connecter une artisane rurale aux marchés mondiaux dans sa propre langue. Une conviction commune : le talent qui maîtrise l'IA ne subit pas la transformation, il contribue à la croissance économique et à la création d'emploi. «L'Université Mohammed VI Polytechnique forme désormais des diplômés capables d'orchestrer des agents IA qui démultiplient leur capacité de travail», a partagé Jalal Charaf.

Des échanges émergent quatre chantiers appelés à structurer la suite des travaux.
• Il s’agit d’abord des compétences. «Généraliser un socle de quatre compétences : la pensée critique, l'adaptabilité (et apprendre à apprendre), l'intelligence relationnelle et la maîtrise des agents IA ; et intégrer l'IA dans toutes les disciplines», suggère-t-on. Le Maroc compte déjà plus de 80 filières d'ingénieurs et de masters en IA, a rappelé le ministre, notant que «notre rôle, c'est de former une tête bien faite, capable de s'adapter à toutes les situations».
• Il est question ensuite de l'entreprise comme espace de formation, en co-construisant des cursus avec les universités, alternance, académies internes. «Nous ne regardons plus les réponses que donnent les étudiants, mais les questions qu'ils posent», a illustré Jalal Charaf.

• Il y a en troisième lieu, la donnée. «Les données sont le carburant de l'IA», a insisté Mohamed Horani, appelant à engager une stratégie nationale offensive de valorisation de la donnée et une souveraineté d'usage, sans dépendance à un fournisseur unique.

• Le dernier chantier est l'école. Il s’agit, selon les uns et les autres, de consolider les fondamentaux avant d'introduire l'IA, garder une distance critique face aux plateformes et faire de l'outil un levier d'égalité des chances, notamment par le soutien scolaire assisté par IA. L'espérance est réelle : des talents augmentés par l'intelligence artificielle peuvent créer une valeur ajoutée qui peut devenir un complément de croissance et de création d'emploi pour le Maroc. C'est tout l'enjeu de nouvelles formes de collaboration entre employeurs et universités : «faire de l'IA un booster de l'employabilité des jeunes plutôt qu'une menace», a conclu Amine Bensaid, ajoutant que ‘’nous n'avons d'autre choix que de construire ce pont pendant que nous marchons dessus’’.

Et de poursuivre que l'université, qui a rendu l'usage de l'IA obligatoire dans l'ensemble de ses enseignements et dans toutes les matières, après trois années de développement professionnel de son corps professoral, en apporte une première preuve : 88% de ses lauréats entrant sur le marché du travail disposaient d'une offre d'emploi avant la diplomation, les parcours en alternance générant trois à quatre fois plus d'offres.
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