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Jackpot pour les uns, incertitude pour les autres

L'entrée en Bourse de Facebook attendue en fin de semaine représente un jackpot pour les pionniers de l'entreprise, et la promesse de changements pour les millions d'internautes qui s'y connectent quotidiennement.

Jackpot pour les uns, incertitude pour les autres
Avec un prix par action attendu entre 28 et 35 dollars, Facebook devrait être valorisé entre 70 et 87,5 milliards de dollars, et jusqu'à 96 milliards à terme une fois toutes les stock-options exercées. (Photo : AFP)

Avec un prix par action attendu entre 28 et 35 dollars, Facebook devrait être valorisé entre 70 et 87,5 milliards de dollars, et jusqu'à 96 milliards à terme une fois toutes les stock-options exercées. Le prix exact devrait être connu jeudi soir, à la veille de la première cotation publique, même si aucune date n'a été officiellement annoncée.

Citant une «personne au courant de la situation», le Wall Street Journal a donné lundi soir une fourchette de prix d'introduction des plus haute, de 34 à 38 dollars par action, qui pourrait conduire à valoriser le groupe à 104 milliards de dollars. Ceux qui détiennent déjà des parts, comme celles accordées aux premiers salariés, sont certains de devenir riches du jour et lendemain. En revanche pour les internautes, les changements devraient être plus progressifs. «La seule raison qu'a une entreprise d'être cotée, c'est de lever des fonds pour se développer», relève l'analyste Tim Bajarin chez Creative Strategies. «Donc au moins le grand public sait que l'entrée en Bourse signifie que Facebook aura les moyens de faire plus de choses», avec les quelque 5,6 milliards de dollars que devrait lui rapporter l'opération - sans compter 5 autres milliards qui reviendront à des actionnaires vendeurs.

Le P.-D.G. Mark Zuckerberg, 28 ans, qui a lancé le site il y a huit ans dans sa chambre d'étudiant, s'est réservé 57,3% des droits de vote : autant dire qu'il gardera tout pouvoir sur le destin du site. En tant qu'actionnaire majeur, il pourrait rapidement devenir encore plus riche : certains analystes prédisent que l'action bondira à 44, voire 46 dollars à court terme, alors que d'autres parient au contraire sur une retombée du cours.

Les perpectives d'évolution du chiffre d'affaires font débat. Au premier trimestre il a atteint 1,06 milliard de dollars, soit une progression de 45% sur un an. Mais par rapport au quatrième trimestre 2011, les recettes par utilisateur ont reflué de 6%. Plus des cinq sixièmes (85%) des recettes du site proviennent de la publicité, et comme l'a noté un analyste, Facebook ne facture qu'environ 0,5% des 600 milliards de dollars dépensés chaque année dans la publicité, alors même qu'une minute sur sept passée en ligne dans le monde est consacrée à Facebook. De quoi envisager une large marge de progression.

Le site fait tout ce qu'il peut pour s'adapter aux nouvelles habitudes de consultation, avec des applications adaptées aux appareils portables, et certains estiment que la manne de l'entrée en Bourse pourrait permettre de développer un «téléphone Facebook». «Bien que l'entreprise n'ait pas encore développé des capacités de publicité sur le portable, nous prévoyons qu'une grosse part des dépenses de publicité sur portable reviendra à Facebook dans les deux ans», estiment les analystes du cabinet d'analyse financière Morningstar.

Au cabinet de marketing Forrester, Nate Elliott et Melissa Parrish ont salué lundi la vitesse d'adaptation du site, qui «a permis à Facebook de se développer rapidement au fil des ans, en dépit de soucis persistants sur le respect de la vie privée». «Mais si Facebook a réussi à s'adapter pour servir les consommateurs, il a été mauvais pour servir les annonceurs», ajoutaient-ils, relevant la succession des modèles de publicité essayés les uns après les autres ces cinq dernières années. «Nous voudrions pouvoir prédire que cette entrée en Bourse représentera un nouvau départ pour l'offre publicitaire de Facebook, et que de nouveaux efforts pour jouer dans la cour des grands le pousseront à consacrer aux annonceurs ne serait-ce que la moitié de l'attention portée aux internautes», disaient encore Elliott et Melissa Parrish. «Mais nous doutons que Zuckerberg se réveille soudain avec le goût ou même la compréhension de la publicité».

Huit ans pour arriver au sommet d'Internet

Facebook, le site Internet communautaire qui doit faire son entrée en Bourse cette semaine, a connu une croissance foudroyante en à peine huit ans d'existence.

- 4 février 2004 : Mark Zuckerbeg, 19 ans, étudiant de deuxième année à l'Université Harvard (nord-est), lance TheFacebook, un trombinoscope en ligne de la prestigieuse université américaine, qui en quelques mois est exporté vers d'autres établissements. Il a pour cofondateurs ses trois compagnons de chambrée dont le Brésilien Eduardo Saverin, qui apporte les premiers fonds avant d'être évincé de l'équipe dirigeante en 2005.

- Mai : Zuckerberg s'installe dans la Silicon Valley, près de San Francisco (ouest). En juillet, il reçoit 500.000 dollars de l'investisseur Peter Thiel. En avril 2005, le fonds Accel Partner investit 12,7 millions.

- Août 2006: alliance avec Microsoft, qui gère les encarts illustrés et les liens sponsorisés sur Facebook, qui a déjà 9 millions d'utilisateurs. Facebook rejette une offre de rachat de Yahoo! à 1 milliard de dollars.

- Octobre 2007 : Microsoft achète 1,6% de Facebook pour 240 millions de dollars, ce qui valorise le site à 15 milliards, et devient le partenaire exclusif pour la publicité.

- Décembre : Zuckerberg s'excuse pour des «erreurs» en matière de confidentialité commises avec un nouveau système publicitaire, Beacon.

- Février-mars 2008 : lancement de versions espagnole, allemande et française.
- Juin : Facebook devient le réseau social le plus visité sur internet, avec 132 millions de visiteurs uniques, détrônant MySpace (117,5 millions).

- Décembre 2009 : des organisations de défense des droits des internautes, comme l'Epic (Electronic Privacy Information Center), portent plainte et réclament des paramétrages de confidentialité plus protecteurs.

- Mai 2010 : Zuckerberg admet «un paquet d'erreurs», le site propose des options de confidentialité «plus simples et plus faciles d'usage».

- Le Pakistan bloque l'accès à Facebook en raison d'un concours encourageant les internautes à mettre en ligne des caricatures.

- Octobre : sortie du film de David Fincher «The Social Network» («Le réseau social), récit à charge sur les débuts du site.

- Décembre : Zuckerberg désigné «homme de l'année» par le magazine Time.

- Avril 2011 : la justice valide un accord de 2008 chiffré à 65 millions de dollars entre Facebook et d'anciens camarades d'Université de Mark Zuckerberg, les jumeaux Cameron et Tyler Winklevoss, qui lui reprochent d'avoir volé leur idée.

- Mai : Zuckerberg assure que son site n'a été «ni nécessaire, ni suffisant» pour faire le printemps arabe.

- Novembre : accord avec les autorités américaines sur les questions de confidentialité, les pratiques de Facebook en la matière seront surveillées pendant 20 ans.

- Mai 2012 : Facebook se lance en Bourse avec une valorisation comprise entre 70 et 97 milliards de dollars.

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