Avec l'élection, mercredi, de Miriem Bensalah en tant que première femme à la tête du patronat marocain, la Confédération générale des entreprises au Maroc (CGEM) va vivre un nouveau tournant annonciateur des prémices d'une évolution.
Le tapis rouge a été déroulé pour la candidate unique par le retrait de la course de Mohamed Horani, président sortant et fervent fidèle de la parité genre, et Abdelilah Hifdi, président de la Fédération du transport. Mais cela n'enlève en rien à la valeur de cette femme exceptionnelle qui, forte de son tempérament de battante, de sa rigueur et dévouement à la tâche, a su convaincre les «réticents» à sa candidature en plaçant la PME dans le centre de sa campagne, échafaudée autour de la réhabilitation de l'acte d'entreprendre.
Le long de leur tournée à la rencontre des unions régionales et des Fédérations professionnelles de l'organisation patronale pour séduire les électeurs à son programme, Bensalah et son colistier ont décliné leur volonté de renforcer la PME, qui est au cœur de leurs préoccupations, ainsi qu'un certain nombre de valeurs au sein du patronat, notamment la responsabilité, l'engagement social, la compétence, la solidarité entrepreneuriale, le développement durable, les réformes, l'insertion et la performance.
Après une première expérience professionnelle de trois ans dans une banque, elle intègre le groupe familial Holmarcom, qui emploie 5.000 personnes, et transforme parallèlement les Eaux minérales d'Oulmès en leader de son secteur en s'armant de sa passion de l'organisation. Ce qui lui avait valu, au passage, la première consécration internationale en s'incrustant dans le top 25 des 50 femmes les plus influentes du monde arabe du business, décernée par le magazine américain Forbes en 2005.
Pilote d'avion et mordue de sports mécaniques, elle chevauche, dans ses moments de loisirs, la grosse cylindrée (Harley Davidson), mais elle est aussi une sportive accomplie pour avoir remporté le rallye Trophée des gazelles en 1993, une épreuve dure strictement féminine exigeant de la volonté pour se surpasser en dehors des sentiers battus, et n'oublie pas de se mettre en selle (équitation) ou de pratiquer le golf (1ère série).
L'ainée des Bensalah, dont la réputation de redoutable en affaires lui colle à la peau et qui a toujours «baigné» dans les grandes sociétés, a fait un clin d'œil, dans la course à la CGEM, aux PME qui constituent plus de 90% du tissu économique national. Pour ce faire, elle a monté un tandem équilibré avec son binôme Salaheddine Kadmiri, président de la commission PME à l'organisation patronale.
Certes, la CGEM est, depuis belle lurette, asexuée avec déjà les Saida Lamrani Karim et Soraya Badraoui Drissi, qui siègent au bureau, et auxquelles s'ajoutent Salwa Karkri Belkziz et Ghalia Sebti (conseil d'administration). Mais avec Bensaleh, c'est un autre palier, un gigantesque, qui vient d'être franchi en faisant entrer de plain pied la gent féminine dans le pôle-position de la direction de cette organisation qui, jusque là, était l'apanage des hommes.
Une dirigeante gagnante s'entoure d'une équipe de gestionnaires conquérants. Et en matière de gestion, Miriem Bensalah n'a rien à apprendre, puisque cette femme au brillant parcours, a réussi, en s'investissant corps et âme dans tout ce qu'elle entreprend depuis ses premiers pas il y a 23 ans, dans la société des Eaux d'Oulmès et le groupe familial diversifié (assurance, agroalimentaire, agro-industrie, agriculture, aérien, immobilier et distribution) après un passage et une première expérience professionnelle de trois ans dans une banque.
La first-lady du monde des affaires marocain, diplômée de l'Ecole supérieure de commerce de l'Université Paris IX Dauphine et titulaire d'un MBA en management et finance internationale de l'Université de Dallas (USA), a roulé sa bosse, affichant une carte de visite bien étoffée de compétences pour appuyer sa solide expérience.
Son cursus ne s'arrête pas là ni ne se borne au seul domaine du business. membre du Conseil monétaire de Bank Al-Maghrib dont elle préside le comité d'audit, cette mère de trois enfants dirige aussi le Conseil euro-méditérranéen pour la médiation et l'arbitrage (CEMA) et avait été nommée par S.M. le Roi Mohammed VI commissaire de l'Association de gestion de la journée de la Terre en 2010.
Son rayon d'action est aussi étendu à l'international puisqu'elle siège dans plusieurs instances économiques, dont l'Arab Business Council (Conseil arabe des affaires) au sein du Forum économique mondial de Davos et le comité du Moroccan British Business (MBBD), du Young Presidents Organisation (YPO) et de membre de plusieurs Chambres de commerce. Elle ne s'est pas dérobée à s'intéresser à l'associatif (associations caritatives et humanitaires) ni d'ailleurs au culturel pour lequel Bensalah n'a épargné ni temps ni efforts pour offrir à sa ville natale son propre espace d'expression festive «Festival de Casablanca», dont elle a été présidente fondatrice en 2005.
«Miriem Bensalah, signe d'ouverture et de compétence»
L'élection d'une femme à la tête de la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM) consacre les principes de l'égalité et du mérite, a indiqué mercredi à Casablanca le ministre de la Communication, porte-parole du gouvernement, Mustapha Khalfi. «Elire une femme à la tête du patronat reflète la spécificité marocaine qui renforce l'égalité et encourage le mérite. C'est un double message aussi bien à l'intérieur qu'à l'étranger et un signe d'ouverture et de compétence», a affirmé El Khalfi dans une déclaration à la MAP en marge de l'assemblée générale élective de la CGEM. Il a, en outre, mis en relief le rôle majeur de l'entreprise marocaine dans la consolidation des progrès démocratiques et économiques du Royaume, ajoutant que le Maroc veille à la consolidation du partenariat public-privé et reflète, en même temps, le sens de l'engagement quant à l'amélioration de la responsabilité sociale de l'entreprise.
Le Maroc développe un atout de la bonne gouvernance au sein de l'entreprise marocaine pour mieux répondre aux nouveaux défis économiques et technologiques, a relevé le ministre.
Abondant dans le même sens, la ministre de la Solidarité, de la Femme, de la Famille et du Développement social, Bassima Hakkaoui, s'est félicitée de l'élection de Miriem Bensalah Chaqroun à la tête de l'organisation patronale. «Cette élection est un signal fort que le Maroc demeure un modèle et un phare dans le monde arabe. Nous donnons un nouvel exemple au monde en choisissant une femme d'un grand calibre à la tête d'une organisation», a-t-elle ajouté. «Nous avons réussi à en faire une organisation au féminin conformément au climat démocratique qui règne dans le Royaume qui n'exclut aucunement la femme à percer tous les domaines», s'est-elle réjouie.
«Miriem Bensalah, grand acquis pour la CGEM»
L'élection de Miriem Bensalah Chaqroun au poste de présidente de la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM) confirme le rôle de la femme et sa contribution à la vie économique aux côtés des différents autres domaines, ont souligné des membres de l'organisation patronale. «Le choix d'une femme à la tête d'une organisation ou d'une administration au Maroc n'est pas une nouveauté, le Royaume consacrant depuis longtemps les principes de l'égalité du genre notamment dans le monde économique», a indiqué à la MAP le président de la fédération de la pêche maritime et de l'aquaculture (FPMA) du Maroc, Omar Akkouri, en marge de l'assemblée générale élective de la CGEM. Qualifiant l'élection de Miriem Bensalah de «grand acquis» pour la CGEM, il a mis en relief les qualités d'une femme «d'un grand calibre qui a fait ses preuves et démontré ses capacités», ajoutant que sa qualification sur le plan professionnel et humain lui ont valu la confiance des membres de la confédération.
Dans une déclaration similaire, l'ancien patron de la CGEM, Abderrahim Lahjouji a souligné que Miriem Bensalah a gagné la confiance de l'ensemble des membres de la Confédération «non pas parce qu'elle est femme mais parce qu'elle a fait preuve de capacités avérées de gestion entrepreneuriale. Il s'est dit également «certain» que la nouvelle présidente dispose des compétences et qualités requises pour défendre l'organisation patronale.
Miriem Bensalah succède à Mohamed Horani à la tête de la CGEM pour un mandat de trois ans (2012-2015) renouvelable une seule fois, elle a été élue, mercredi à Casablanca, par 96,8% des voix pour devenir la première femme à présider aux destinées du patronat marocain.
