Au pouvoir depuis un an, le gouvernement portugais de centre-droit s'efforce, tant bien que mal, à mettre en œuvre la Feuille de route, dont les contours ont été, sans conteste l'œuvre des créanciers internationaux, en échange d'une aide financière, alors que la politique de rigueur adoptée jusqu'ici par Lisbonne n'a fait désormais que précipiter le pays dans le gouffre de la récession économique et engendrer de surcroit une augmentation de plus en plus inquiétante du nombre des sans-emploi déjà bien garni.
Le Premier ministre, Pedro Passos Coelho, dont le parti de centre-droit (PSD) avait remporté les élections législatives anticipées, a pris ses fonctions le 21 juin 2011, succédant au socialiste José Socrates qui avait démissionné, suite au rejet au Parlement de son 4e plan d'austérité en un an.
Le PSD avait alors mis sur pied une coalition avec la droite (CDS-PP) qui lui a permis de disposer d'une majorité confortable susceptible de contribuer à la mise en oeuvre des mesures préconisées, voire recommandées par l'Union européenne (UE) et le Fonds monétaire international (FMI) en échange d'un prêt de 78 milliards d'euros.
Le gouvernement, qui s'était engagé à concrétiser et à respecter scrupuleusement les clauses et les objectifs du plan d'aide négocié par le gouvernement socialiste avec l'UE et le FMI, poursuit la mise en application à la lettre l'exigeant programme d'assainissement budgétaire à travers l'adoption d'une série de mesures, dont le mot-clé n'est autre qu'une rigueur draconienne et «salvatrice» sans précédent.
Ces mesures prévoient notamment des augmentations d'impôts, gel des salaires des fonctionnaires, taxe spéciale sur les revenus supérieurs au salaire minimum, réduction des prestations sociales et des pensions de retraite les plus élevées, amaigrissement des services de l'Etat et privatisations de plusieurs entreprises.
A vrai-dire, cette potion «magique» s'avère amère et de plus en plus difficile à digérer par les Portugais qui seraient à bout du souffle après les grands sacrifices qu'ils avaient déjà consentis. Parmi les mesures les plus «impopulaires», l'on cite, entre autres, la suppression des 13e et 14e mois pour les fonctionnaires et les retraités aux revenus supérieurs à 1.000 euros et la hausse des prix du transport et d'accès aux services de santé, ainsi que celle de la TVA ayant grimpé à 23% pour de nombreux articles.
Alors que le pays applique avec un certain zèle et une rigueur implacable le programme d'austérité et de réformes, sous l'œil vigilante de ses créanciers, les sacrifices de Lisbonne risquent d'être amenuisés et compromis par une forte récession économique et une progression inquiétante du chômage.
Si le gouvernement estime avoir atteint, au terme d'un an, ses objectifs en matière d'assainissement des finances publiques en ramenant le déficit de 9,8% du PIB en 2010 à 4,2% en 2011 contre un objectif fixé initialement à 5,9%, cette courbe est la seule qui baisse, car en revanche celles de la récession (le PIB devrait reculer de 3 en 2012), du taux de chômage et de la dette publique (qui devrait passer de 107 à 115% du PIB) semblent bien persister sur la voie de la hausse.
L'ampleur de la récession que traverse actuellement le Portugal, dans le sillage des différents plans d'austérité, devait frapper de plein fouet le marché de l'emploi: le taux de chômage au pays de Camoens a bondi à 14,9% au premier trimestre et devrait atteindre 15,5% cette année et un pic de 16%l'année prochaine.
En proie au chômage et à une précarité qui risque de les emporter dans son déferlement, de plus en plus de Portugais ont réussi à retrouver le chemin de l'émigration en vue tenter leur chance dans d'autres pays européens, alors que d'autres optent, nostalgie oblige, pour les anciennes colonies, dont le Brésil et l'Angola, en raison de leur croissance et vitalité économiques.
Les autorités portugaises comme la Troïka (UE-BCE-FMI) ont fait part dernièrement de leur «inquiétude» face à une augmentation du taux chômage beaucoup plus forte que prévu. La hausse du chômage risque, en effet, de peser lourd sur les déficits en raison d'une augmentation des dépenses en matière d'allocations au moment où les mesures d'austérité vont inéluctablement contribuer à l'aggravation de la récession.
Dans cette conjoncture, le moins que l'on puisse «hostile», le gouvernement de centre-droit, qui fait des pieds et des mains pour relancer le marché du travail, compte sur un effet immédiat de ses réformes de flexibilité adoptées récemment. Cette réforme du Code du travail, très contestée par les syndicats qui l'ont huée lors de nombreuses manifestations et débrayages, mais recommandée par les bailleurs de fonds du pays, stipule un assouplissement des horaires et des critères de licenciements, ainsi que la suppression de congés et de jours fériés.
Cette réforme a reçu l'aval de l'UGT, deuxième centrale du pays et historiquement plus modérée, mais rejetée par le principal syndicat (CGTP), proche du Parti communiste, conduisant ainsi à une scission du mouvement syndical portugais.
Alors que la précarité atteigne aujourd'hui plus de deux millions de travailleurs au Portugal, les coupes et les restrictions budgétaires décidées par le gouvernement ont contraint des dizaines de milliers de personnes à battre le pavé tout au long des douze derniers mois pour protester contre la politique de rigueur, même si la contestation des mesures d'austérité ne frôle pas encore la même ampleur qu'en Grèce ou en Espagne.
Au moment où le chômage continue à comprimer les revenus et la consommation, le Portugal devra encore peiner à trouver une issue à la crise, sauf en cas de forte reprise des exportations, ce qui se révèle difficile dans l'immédiat compte-tenu des difficultés de la zone euro et celles de l'Espagne, principal partenaire du pays, en particulier.
Dans le but de booster son économie, le Portugal, qui mise essentiellement sur un secteur exportateur dirigeant les deux-tiers de sa production vers une Europe en manque de croissance, pourrait subir les contrecoups de la récession qui frappe son voisin espagnol.
Par ailleurs, le gouvernement de centre-droit sera confronté, la semaine prochaine, à sa première motion de censure depuis sa prise de pouvoir. Ce texte déposé mercredi par le parti communiste et qui sera débattu et voté lundi prochain, n'a aucune chance d'être adopté, puisque la coalition gouvernementale jouit, d'ores et déjà, d'une majorité parlementaire confortable et le parti socialiste, principale formation d'opposition, a laissé entendre qu'il bravera son abstention.
