Menu
Search
Samedi 06 Juin 2026
S'abonner
close

Les indiens Guaranis ont leur mot à dire

Les Guaranis, indiens du Paraguay, jouaient au XVIIe siècle à un jeu de balle ressemblant au football, selon des textes écrits par des missionnaires jésuites et envoyés au Vatican.

Les indiens Guaranis ont leur mot à dire
Les indiens du Paraguay ont même leur propre version du football. Le ministère de la Culture paraguayen a produit un documentaire baptisé de manière péremptoire «Les Guaranis ont inventé le football». Ph : elkunumi-guarani.blogspot.com

Le ministère de la Culture du Paraguay a récemment produit un documentaire baptisé de manière péremptoire «Les Guaranis ont inventé le football», sans pour autant revendiquer l'origine du jeu remontant à l'antiquité et que les Anglais ont règlementé au milieu du XIXe siècle.

En arrivant dans la jungle du bassin du fleuve Parana, au sud de l'Amazonie, le missionnaire jésuite Antonio Ruiz de Montoya écrit dans son ouvrage «Trésor de la langue guaranie» (édité à Madrid en 1639) sa surprise de voir les autochtones frapper avec les pieds dans une balle faite de résine d'arbre, qui rebondit. 

«Nous ne formulons pas une revendication pour le compte des Guaranis, nous mettons simplement en avant que le jeu de ballon joué avec les pieds existait quand les jésuites sont arrivés peu après 1600», a déclaré à l'AFP la ministre paraguayenne de la Culture, Mabel Causarano.

Les indiens guaranis occupaient à l'époque un territoire qui allait au-delà du Paraguay, s'étendant de la Bolivie à l'Uruguay, à l'Argentine et au Brésil. Avant l'arrivée des Espagnols, ils n'avaient aucun lien avec d'autres populations ayant pu introduire un jeu de balle dans leur civilisation.

 Pas de buts

En 1609, les jésuites ont fondé la mission de San Ignacio Guazu. L'actuel curé espagnol de San Ignacio, Antonio Betancort, raconte que, selon des missives envoyées à Rome, les Guaranis ont alors l'habitude de se disputer un objet rond «qui rebondit».

«Je ne pense pas que les Guaranis aient inventé le football, estime l'historien Jorge Rubbiani, mais que chaque civilisation ajoute quelque chose à ce jeu».

Dans leurs écrits, les missionnaires jésuites nomment le jeu guarani «mangai», car c'est de l'arbre Mangaisi qu'est extraite la résine, couleur miel, de la même consistance que le latex.

«Les Guaranis faisaient une incision verticale sur le tronc pour extraire le liquide épais et collant», relate Julio Galeano, le directeur du musée de San Ignacio, où les Mangaisis poussent toujours. 

Le jésuite Bartomeu Melia, spécialiste de la culture guaranie, explique que les Guaranis formaient d'abord une boule de sable humide, qu'ils recouvraient de résine, plantaient une paille de bambou et soufflaient pour lui donner la taille voulue.

«La balle rebondissait beaucoup et les joueurs devaient faire preuve d'agilité pour la contrôler», dit-il. Ce moment de divertissement était partagé par les participants et les spectateurs, selon les récits des jésuites. 

Il n'y avait pas de buts et le match se terminait par l'abandon d'une des deux équipes. «Le problème c'est que la rencontre se terminait toujours par un 0-0», plaisante le directeur du musée. A partir de la présence jésuite, les rencontres se disputaient le dimanche, après la messe, et pouvaient durer des heures.

En Amérique latine, les Aztèques ou les Incas ont également développé des jeux de balle, sans avoir eu de liens avec les Guaranis, et bien avant l'arrivée des colons espagnols sur le continent américain, rappelle l'historien Jorge Rubbiani. 

Lisez nos e-Papers