La décision de la Réserve fédérale américaine (Fed) d'augmenter les taux d'intérêt sur les fonds fédéraux va accélérer l'exode des capitaux vers les marchés financiers aux États-Unis. C’est en substance ce qu’a déclaré à «Assahra Al Maghribia» Omar Bako, analyste économique et expert en politique de change. De même, poursuit l’expert, cette augmentation, d'un quart de point de pourcentage à 0,5%, la première depuis 2018, affectera les emprunts marocains sur les marchés internationaux en raison de la hausse du dollar. En effet, le Maroc envisage de recourir au marché international pour emprunter environ quatre milliards de dollars comme prévu dans la loi de Finances 2022, en plus de 65,4 milliards de DH sur le marché intérieur par le biais de la dette à moyen et long terme.
Selon Bako, la mesure sera positive pour les exportations marocaines, alors qu'elle devrait avoir des répercussions négatives sur ses importations, notamment celles des produits énergétiques et de blé. Tayeb Aisse, expert économique, indique pour sa part que l'augmentation du taux d'intérêt du Trésor américain se réfère directement à la hausse de la valeur du dollar, ce qui conduit à la dépréciation du dirham par rapport à cette monnaie sur laquelle le Maroc compte pour acquérir ses besoins sur les marchés étrangers. Ce qui fera monter le niveau de l'inflation. Ainsi, l'économiste s'attend à ce que le déficit de la balance commerciale marocaine augmente à la suite de ces développements, ajoutant que les exportations marocaines ne couvrent actuellement que 62% des importations. Il considère, par ailleurs, que l'augmentation des taux d'intérêt sur les fonds fédéraux américains contribuera à creuser ce déficit, en particulier avec la hausse des prix du pétrole et du blé sur les marchés mondiaux.
Rappelons, en outre, que les hypothèses du projet financier 2022 reposaient sur l'adoption de la récolte céréalière à environ 70 millions de quintaux et un prix du butane de 450 dollars la tonne et un taux de change du dollar par rapport au dirham, qui s'élevait à environ 9,3%. Or, les prix du pétrole ont augmenté de 8%, jeudi dernier alors que le marché a rebondi après plusieurs jours de pertes avec une attention renouvelée sur le manque d'approvisionnement dans les semaines à venir en raison des sanctions contre la Russie. Pour leur part, les contrats à terme sur le Brent ont augmenté de 8,62 dollars, ou 8,79%, pour s'établir à 106,64 dollars le baril, la plus forte augmentation en pourcentage depuis la mi-2020. Le brut américain West Texas Intermediate a augmenté de 7,94 dollars, ou 8,35%, pour atteindre 102,98 dollars le baril lors du règlement. Au cours des huit dernières séances, le prix du baril de pétrole a atteint 139 dollars, son plus haut niveau, avant d'atteindre 98 dollars, son plus bas niveau de négociation, soit une différence de plus de 40 dollars. Ces fluctuations surviennent après que plusieurs pays ont interdit l'achat de pétrole russe il y a environ trois semaines.
