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Samedi 25 Mai 2024
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Discours Royal sur les provinces du Sud : la lecture de trois experts

​Le Discours Royal adressé à la Nation à l’occasion de la célébration du 47e anniversaire de la Marche Verte a focalisé sur deux chantiers de grande envergure : le premier concerne le Programme de développement des provinces du Sud du Royaume, qui a atteint aujourd’hui un stade de réalisation très avancé, et le second concerne le projet du Gazoduc Nigeria-Maroc, qui est appelé à transformer toute la région ouest-africaine et à en faire une zone d’attraction économique de premier ordre au niveau mondial. Zakaria Abouddahab, professeur des relations internationales à l’Université Mohammed V de Rabat, Mohamed Zebdi, président de l’antenne régionale Dakhla-Oued Eddahab de la CGEM, et Driss Effina, professeur d’économie à l’Institut national de statistique et d’économie appliquée (INSEA), nous livrent leurs lectures de ce discours.

Discours Royal sur les provinces du Sud : la lecture de trois experts

 

Zakaria Abouddahab : «Le Gazoduc Nigeria-Maroc s’inscrit dans une démarche de coopération Sud-Sud très singulière»

Le discours de S.M. le Roi Mohammed VI à l’occasion du 47e anniversaire de la glorieuse Marche Verte a traité d’un certain nombre de points fondamentaux pour le RoyaAume. «Tout d’abord, ce discours a évoqué l’élan de développement que connaissent les régions sahariennes, depuis plusieurs années et en particulier depuis le lancement du nouveau modèle de développement que S.M. le Roi a voulu être une sorte de modèle pour toutes les autres régions», a indiqué M. Abouddahab.

Le Programme de développement des provinces du Sud, poursuit M. Abouddahab, a permis de concrétiser des projets titanesques qui ont mobilisé des fonds substantiels, comme cela a été rappelé par le Souverain dans Son discours : 77 milliards de dirhams depuis 2016. «El l’appel a été lancé par S.M. le Roi au secteur privé afin de s’investir pleinement dans cette optique-là, compte tenu d’abord de la nécessité, au plan local et de créer des opportunités d’emploi, de cibler les investissements à impact social et également de rehausser le niveau d’attractivité de ces territoires. Nous sommes dans une logique d’intelligence territoriale», affirme le professeur de relations internationales. 

Par ailleurs, d’autres volets ont été traités par Sa Majesté dans son discours. «Ce qu’il faut retenir à mon sens, c’est cette combinaison d’une approche de développement de terrain, avec des projets d’infrastructures remarquables, comme la voie express Tiznit-Dakhla et le projet de port Dakhla Atlantique, avec la démarche diplomatique, couronnée par  l’ouverture de consulats à Laâyoune et à Dakhla en particulier, ce qui n’est pas anodin ou fortuit», fait remarquer M. Abouddahab. «C’est le résultat d’abord d’une action diplomatique couplée à un effort de développement des infrastructures qui renforce l’attractivité de ces territoires», ajoute-t-il.

Et de poursuivre : «il va falloir ensuite établir une jonction intelligente entre l’action de terrain et l’ouverture régionale et continentale du Maroc, grâce notamment au projet pharaonique de construction d’un gazoduc entre le Nigeria et le Maroc, qui va concerner pratiquement tous les pays membres de la Communauté des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) en plus de la Mauritanie». Pour cet expert, «cela fait que nous sommes bien dans une démarche de projection géo-économique avec une action en termes d’intégration et de coopération Sud-Sud qui constitue véritablement un modèle, puisqu’il s’agit du gaz, mais également des effets d’entraînement en termes d’alimentation en électricité et de développement de l’agriculture et de l’industrie dans ces pays», explique le professeur des relations internationales, notant que «le Maroc émerge ainsi en tant que “bridge” entre l’Europe et l’Afrique, notamment subsaharienne». «Voilà donc une démarche de coopération Sud-Sud, très singulière, qui va impacter positivement tous les pays membres de la Cédéao en plus de la Mauritanie. C’est dire que la démarche du Maroc s’apparente à une démarche où le développement global, intégré et durable est érigé en priorité, le tout dans le cadre d’une vision stabilisatrice et pacificatrice qui, sans doute, permettra de mettre fin au conflit artificiel autour du Sahara marocain».              

Mohamed Zebdi : «Les régions du Sud sont aujourd’hui parmi les plus attractives pour les investissements privés»

Le Discours Royal vient confirmer une Vision Royale qui remonte à plus de deux décennies, affirme M. Zebdi. «Cette Vision Royale a pour but de faire évoluer positivement le dossier de la cause nationale par le développement sur le terrain et la création de richesses», précise le président de la CGEM Dakhla-Oued Eddahab. En effet, poursuit M. Zebdi, «la Vision Royale avait depuis bien longtemps prévu que la création de richesses dans les provinces du Sud allait mettre définitivement fin à ce conflit artificiel. Et ce qui a été fait durant ces 23 ans de règne de S.M. le Roi Mohammed VI a conduit à l’essor de ces provinces avec un taux de croissance phénoménal qui est peut-être le plus important de toutes les provinces du Royaume». «Le Discours de S.M. le Roi approuve encore une fois cette vision en appelant à investir dans ces provinces et à contribuer davantage à la création de richesses», relève M. Zebdi, notant que «cet appel du Souverain intervient alors que l’environnement d’investissement dans les provinces du Sud est des plus favorables et que leur attractivité est des plus élevées».

Et de souligner que «l’État marocain tout en comprenant que l’investissement privé n’est pas un investissement militant, et qu’il est motivé avant tout par la recherche du gain, lui a pavé la voie en mettant en place des infrastructures d’envergure qui ont métamorphosé ces régions, et en mettant également en place un cadre législatif et juridique pour donner confiance aux investisseurs, lequel sera encore renforcé avec l’entrée en vigueur de la nouvelle Charte de l’investissement». Le Royaume, ajoute M. Zebdi, est également indéniablement engagé sur la voie de la gestion durable et intégrée des ressources naturelles, notamment dans le secteur de la pêche, comme l’a récemment salué la FAO, de la décarbonation et de la promotion de l’utilisation des énergies renouvelables, domaine dans lequel les provinces du Sud renferment d’énormes potentialités, ce qui incite les investisseurs nationaux et étrangers à se ruer vers ces régions. Et d’affirmer que «lorsque nous avons un secteur primaire, tiré par l’agriculture et la pêche, favorable à l’investissement, cela entraîne automatiquement le secteur secondaire et tertiaire. Et dès lors que nous sommes en mesure de créer de la valeur ajoutée, comme c’est le cas aujourd’hui pour le secteur de la pêches maritime et de l’aquaculture, il y aura certainement un ruissellement social vers les populations de ces provinces».

Driss Effina : «Le secteur privé national doit s’impliquer davantage dans le modèle de développement des provinces du Sud»

Le Souverain a fait le point sur le Programme de développement des provinces du Sud, lequel a permis la concrétisation de grands projets structurants tels que la voie express Tiznit-Dakhla, la connexion au réseau électrique national, le renforcement et l’extension des réseaux de communication, etc., qui concourent considérablement à l’attractivité de ces territoires, indique M. Effina. Et effectivement, poursuit-il, «l’objectif aujourd’hui, comme l’a souligné le Souverain dans son discours, est que le secteur privé prenne le relais de l’investissement dans des secteurs porteurs tels que les énergies renouvelables (solaire et éolienne) et l’économie bleue. «L’État ne peut continuer à soutenir seul le modèle de développement des provinces du Sud. En effet, le secteur privé est appelé à s’associer au secteur public pour explorer toutes les opportunités offertes dans ces provinces, en particulier le secteur privé national», souligne le professeur d’économie.  Le secteur privé national, de l’avis de M. Effina, a un grand rôle à jouer, notamment en matière de partenariats pour réaliser des projets de développement et transmettre un message fort sur le potentiel de ces provinces et les opportunités dont elles regorgent pour attirer les investissements directs étrangers. 

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