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Dr Abderrahim Haidar : Les effets du changement climatique de plus en plus terribles

Retard des pluies et stress hydrique. Le sujet est sur toutes les lèvres et dans tous les médias. Tout le monde essaye de trouver une solution pour éviter le pire. Le gouvernement a même décidé de mobiliser 10,6 milliards de dirhams pour faire face au stress hydrique dans le cadre du projet de loi de Finances 2023. Dans cet entretien, Dr Abderrahim Haidar, spécialiste en Sciences de l’environnement, revient sur les principales raisons qui expliquent cette situation et rappelle les mesures à prendre pour s’en sortir.

Dr Abderrahim Haidar : Les effets du changement climatique de plus en plus terribles

Le Matin : Tout le monde parle de stress hydrique et de retard des pluies ces derniers temps. Est-ce qu’on peut dire que la situation est critique ?

Dr Abderrahim Haidar : En effet, quand la disponibilité d’eau est inférieure à 1.700 m³ par habitant et par an dans une zone, elle est considérée en situation de stress hydrique. Or, avec seulement 600 m³ d’eau, le Maroc n’est pas seulement en stress hydrique, mais il est confronté à la rareté de l’eau.

Il faut savoir qu’au Maroc, les caractéristiques climatiques conditionnent fortement la disponibilité des ressources en eau. Ces dernières décennies, l’ensemble du pays a été affecté par une augmentation des températures. Cela s’est particulièrement caractérisé par une modification de l’intensité des précipitations. En effet, les apports pluviométriques sur l’ensemble du territoire sont évalués à 150 milliards de m³. Sur ces apports pluviométriques, la pluie utile ne représente que 20%, soit 30 milliards de m³. Si l’on déduit les pertes par évaporation et les écoulements non maîtrisables vers la mer, le potentiel hydraulique mobilisable, dans les conditions techniques et économiques actuelles, est estimé à 20 milliards de m³ dont 16 milliards à partir des eaux superficielles et 4 milliards en provenance des eaux souterraines.

Comment peut-on expliquer le retard de pluie et les récentes vagues de chaleur ?

Pour comprendre le phénomène de retard de pluie, au grand Maghreb et aux pays du bassin méditerranéen occidental, pendant cette saison froide, il est tout d’abord utile de rappeler qu’en météorologie, la pression atmosphérique moyenne, qui est relativement constante au niveau de la mer, est le facteur clé du déclenchement des précipitations. À haute pression atmosphérique, on parle de conditions anticyclones et à faible pression, on est sous l’influence d’une dépression. En effet, lorsqu’on est sous l’influence des conditions dépressionnaires, le temps est perturbé et agité, le vent a tendance à souffler assez fort au cœur d’une dépression et on note des convergences qui se produisent dans de basses couches atmosphériques, avec une aération soulevée. Ces conditions produisent des nuages assez imposants chargés d’eau et souvent des précipitations abondantes. Par contre, les cartes météorologiques récentes montrent que la situation au nord de l'Afrique et le sud d’Europe est caractérisée par des conditions anticycloniques «ACORS», qui paraissent stables au début de cette saison hivernale. Il s’agit d’un temps généralement calme, avec un vent faible en surface et un ciel souvent dégagé. Au-dessus de l’anticyclone, l’air qui est venu de haute altitude d’atmosphère descend doucement vers le sol et a pour effet de comprimer cet air, de le réchauffer et de le sécher. Par conséquent, cet air séché a tendance à s'élever, et dispersera les nuages et défavorisera le processus des précipitations. D’autre part, cet air séché est la principale source de la vague de chaleur qui touche la région et qui a remarquablement battu tous les records dans certains pays d’Europe.

Est-ce que cela devrait durer encore longtemps ?

Ceci ne veut pas dire que la position et l'intensité de ces anticyclones soient permanentes, mais que les météorologues retrouvent des anticyclones sur les cartes décrivant les moyennes mensuelles de la pression atmosphérique plus ou moins stables. Par ailleurs, dans d'autres zones du monde, par exemple aux abords de l’Islande, on parle de dépression d’Islande quasi permanente avec des vents violents réguliers et des précipitations abondantes.

Quel est l'impact de ces conditions météorologiques sur l'environnement, sur la santé et l'agriculture ?

La vague de chaleur a été la cause principale de plusieurs départs de feu et des milliers d’hectares de forêts qui sont parties en fumée. Cette vague précoce s’ajoute aux inquiétantes réserves d’eau qui sont devenues de plus en plus basses et menaçantes. À l’échelle globale, des projections climatiques prévoient une amplification du réchauffement climatique, une augmentation du niveau de la mer et des événements météorologiques extrêmes, par exemple des vagues de chaleur, de fortes pluies et des tempêtes inquiétantes. En résumé, le changement climatique est bien là, on se rend compte que notre terre brûle et les conditions que nous voyons maintenant vont devenir malheureusement de plus en plus fréquentes et elles vont s’aggraver particulièrement dans le contour méditerranéen, avec des effets qui vont être terribles sur la santé humaine, l’agriculture et toutes les autres composantes de l’environnement.

Y-a-t-il des comportements citoyens à adopter pour minimiser les effets du réchauffement climatique ?

Le réchauffement climatique global est en marche, influençant les cycles de l’eau sur toute la planète. Si la pluie contribue à la fertilité et à l’habitabilité des zones tempérées, elle aide aussi au maintien des calottes glaciaires, dans les zones polaires. Il n’y a plus aucun doute que l’activité humaine impacte les systèmes climatiques à travers l’évolution croissante de l’urbanisation et une hausse significative des émissions de gaz à effet de serre. En réalité, le changement climatique et la pollution de l’air sont intimement liés. L’Homme est dans l’obligation de prendre plus de mesures et relever les différents défis. En effet, il faut œuvrer pour réduire les risques par rapport aux changements climatiques qui sont déjà là. Il faut donc renforcer les stratégies, initiatives et mesures visant à réduire la vulnérabilité des systèmes naturels et humains contre les effets du réchauffement climatique. Il faut aussi en parallèle travailler sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre parce que sinon on va se trouver dans des situations climatiques ou l’adaptation elle-même ne sera tout simplement pas possible.

Le dessalement de l’eau de mer et la réutilisation des eaux usées traitées doivent augmenter la production de l’eau parce que, ce qui ne tombe pas du ciel, il faut le récupérer de la mer et des effluents liquides. Malheureusement, l’urbanisation est prisonnière d'un système qui la pousse à détruire le monde pour survivre

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