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Mercredi 13 Mai 2026
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Étudiants marocains d'Ukraine : les parents en détresse

En proie à la détresse, une soixantaine de parents d’étudiants rentrés d’Ukraine ont pris part jeudi dernier à un sit-in devant le ministère de l’Enseignement supérieur. Ils exigeaient des réponses claires quant au sort qui sera réservé à leurs enfants et demandaient leur intégration au sein des facultés et instituts marocains. Jusqu’à présent, le ministère, qui avait lancé une plateforme pour recenser ces étudiants en vue de trouver des solutions leur problème, n’a encore pris aucune décision. Visiblement, des contraintes, qui compliquent l'opération de leur «recasement», doivent d’abord être surmontées.

Étudiants marocains d'Ukraine : les parents en détresse
Ph. Kartouch

Ils étaient une soixantaine de parents venus de différentes villes du Royaume en compagnie de leurs enfants – les étudiants ayant fui la Guerre en Ukraine – à manifester hier devant le siège du ministère de l’Enseignement supérieur au quartier Hassan à Rabat. Les manifestants, visiblement lassés des atermoiements du gouvernement, tenaient à être rassurés quant au sort qui sera réservé aux étudiants qui ont été obligés de mettre fin brutalement à leurs études universitaires dans ce pays en proie à la guerre. «Nous ne sommes pas là pour manifester, mais pour faire entendre notre voix. Le ministère garde le silence, alors que les semaines s’écoulent sans que l’on ne puisse avoir une réponse claire de la part de ce département sur le sort de nos enfants et les mesures prises pour qu’ils puissent terminer leurs études. Nos enfants sont rentrés pour fuir la guerre et la persécution. Ils sont également victimes de ce conflit et le ministère doit tenir compte de cette situation exceptionnelle», s’exclame Malika, une quinquagénaire, mère de l’étudiant Hamza, un jeune qui poursuivait ses études en ingénierie-topographie. Khadija, maman de l’étudiant Ahmed, un jeune étudiant qui faisait des études d’ingénieur à Kiev, a déploré pour sa part la dégradation de la situation psychique de son fils depuis son retour au Maroc il y a plus d’un mois. «Mon fils souffre depuis plusieurs semaines d’une dépression. Il a peur de devoir reprendre ses études à zéro après avoir passé quatre ans en Ukraine. Malheureusement, le mutisme du ministère de tutelle n’arrange pas les choses.

Ces étudiants semblent déjà avoir raté une année de formation. Il ne faut pas qu’ils ratent tout leur avenir», nous déclare-t-elle sur un ton triste. Très inquiets pour l’avenir de leurs enfants, les parents de ces étudiants sont désemparés et déplorent «l’insouciance» du ministère. Ils ont bravé le mauvais temps hier pour participer à ce sit-in pacifique. «Je suis venu d'Oujda. Ça m’a pris toute une nuit pour être là ce matin. Mais je n’ai pas le choix. J’ai besoin d’avoir des réponses à apporter à ma fille qui vit depuis plusieurs semaines une situation psychologique difficile. Ces enfants ont déjà été traumatisées par les scènes de guerre dont ils ont été témoins et je tiens, dans ce sens, à saluer les autorités qui ont fourni un effort exceptionnel pour leur rapatriement. Mais aujourd'hui, ils sont en proie à la dépression et au désarroi», explique Mohamed dans une déclaration accordée au «Matin».

C’est le sentiment qu’éprouve Aya, une jeune de 19 inscrite en première année médecine en Ukraine et qui dit ne plus pouvoir dormir la nuit, depuis son retour au Maroc. «Je suis partie étudier en Ukraine à défaut de pouvoir intégrer une Faculté de médecine au Maroc. Je caressais le rêve d’être médecin depuis mon jeune âge. Aujourd'hui, je ne suis plus sûre de pouvoir réaliser ce rêve», indique-t-elle non sans émotion. Pour sa part, Hafsa, une étudiante en quatrième année de médecine, affirme avoir la «chance» de pouvoir continuer ses études en médecine à distance. Mais elle ne cache pas son inquiétude de voir son parcours freiné à la fin de ce semestre, à cause de la nécessité de devoir participer aux travaux pratiques qui nécessitent sa présence en Ukraine. «Même si j'arrive à m’en sortir cette année, il est clair que la situation ne va pas s’arranger de sitôt, vu l’évolution du conflit sur le terrain», nous confie-t-elle. Les familles des étudiants sollicitent ainsi le ministre de l’Enseignement supérieur pour leur donner des réponses claires aux différentes interrogations de leurs enfants. Ils demandent donc une intégration immédiate de ces étudiants rentrés d’Ukraine dans les différentes facultés, écoles et instituts publics. Mais cette option, qui semble couler de source, est confrontée à des contraintes juridiques, organisationnelles et logistiques. Et ces étudiants ayant fui la guerre ne seront pas au bout de leur peine, du moins à brève échéance.

 

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