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Les conditions pour que le Maroc opére sa révolution industrielle souveraine

Innovation, capital humain, accompagnement sur-mesure des investissements... la premiére journée de l'industrie a été l'occasion de faire le point sur les inconditionnels boosters pour que le Maroc opére sa révolution industrielle souveraine.

Le Fonds Mohammed VI est prêt à étudier les projets d’investissement qui pourront lui être soumis en vue d’un accompagnement. La confirmation est du directeur général du Fonds, Mohammed Benchaâboun, qui s’exprimait lors du deuxième panel de la Journée nationale de l’industrie, le 29 mars à Casablanca. Selon le responsable, le Fonds interviendra dans plusieurs secteurs, dont celui de l’industrie. Ses interventions d’accompagnement seront structurées en deux types : directes et indirectes. Le Fonds accompagnera ainsi des projets d’investissement de manière directe ou à travers des sous-fonds thématiques dont la gestion sera confiée à des sociétés spécialisées dans lesquelles le Fonds apportera sa contribution.

Accompagnement des investisseurs dans le secteur industriel 

Un appel à manifestation d’intérêt pour la sélection de ces sociétés sera lancé dans les semaines à venir, promet Benchaâboun qui a adressé un message aux porteurs de projets en les exhortant à «oser voir grand et de voir loin pour essayer de conquérir des marchés à l’échelle mondiale». «Nous sommes là pour vous accompagner à travers l’ensemble des outils innovants qui seront présentés par le Fonds, afin que vous puissiez faire aboutir vos projets sur le terrain», leur a-t-il lancé. Pour Benchaâboun, l’industrie au Maroc a fait des pas de géants. La preuve, l’activité pèse aujourd’hui pour près de 17% du PIB contre 14% il y a une dizaine d’années. «Nous notons cela de manière très positive, mais il y a encore de la marge de progression qui est importante. Nous constatons un manque d’ancrage du capital marocain qu’il va falloir encourager», souligne l’ex-patron de la Banque Centrale Populaire.

Autres défis selon Benchaâboun, certaines filières industrielles qui ont besoin d’être intégrées davantage, en plus de la décarbonation. «Pour enclencher ces transformations structurelles, il faut de l’investissement. C’est pour cela que l’action des pouvoirs publics dans son ensemble doit être coordonnée et rationalisée. Nous disposons d’un ensemble d’outils qui concourent vers la même finalité : encourager l’investissement industriel. Ces outils et mécanismes doivent être présentés de manière simple aussi bien à l’entrepreneur qu’à l’intermédiaire qui peut être soit une entité publique ou le système bancaire», développe Benchaâboun.

L’industrie marocaine doit passer d’une logique de quantité à une logique de qualité

Si le patron du Fonds Mohammed VI aborde la question du développement industriel sous l’angle de l’accompagnement de l’investissement, Mohamed Bachiri, vice-président de la CGEM, appréhende la thématique d’un point de vue de l’innovation. Pour le directeur de Renault Maroc, l’industrie marocaine doit passer d’une logique de quantité à une logique de qualité. En d’autres termes, il va falloir sortir une logique où l’on vend le coût horaire à une logique où l’on vend des prestations de service aux clients finaux, au Maroc ou à l’étranger. «Vu les évolutions technologiques du monde, des organisations et des métiers, l’enjeu d’innovation est fondamental. Tous les pays qui se sont développés ont misé beaucoup sur la partie innovation», insiste Bachiri qui rappelle au passage que sur la partie Recherche & Développement (R&D) au Maroc, nous sommes à peine à 0,8% du PIB par rapport à une moyenne de 2 à 3% dans les pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). «Certes, la loi de Finances 2023 a consacré 300 millions de dirhams au volet R&D, mais ce n’est pas suffisant», regrette-t-il. Or, poursuit-il, l’innovation permettra au pays de résoudre un certain nombre de problématiques industrielles notamment dans le pilotage des process industriels et la qualité des produits. «Dans notre secteur automobile, la robotisation est fondamentale sur un certain nombre de postes. Et contrairement aux idées reçues, la robotisation crée des emplois et ne les détruit pas», indique Bachiri. Il estime que l’innovation pourra jouer un rôle important dans tout ce qui est pilotage de l’énergie en termes, surtout, d’efficacité énergétique. «Il y a un grand travail à faire pour développer cette innovation en lien avec les pouvoirs publics, les régions et le secteur privé», insiste toujours Bachiri, également président de la commission Innovation et Développement industriel à la CGEM. 

Mohamed Bachiri propose des cités de l’innovation dans chaque région

Face à une assistance composée de ministres, acteurs institutionnels, fédérations industrielles et opérateurs privés, Bachiri propose un concept : dans chaque région du pays, il s’agit de créer un groupement ou une cité de l’innovation dans lequel les différents acteurs publics et privés doivent coordonner leurs activités par rapport aux spécificités industrielles des régions. Cela me semble très important. L’autre enjeu selon lui, l’innovation en lien avec l’amont industriel notamment le recyclage des déchets. Pour Bachiri, le Maroc ne recycle pas encore suffisamment ses déchets industriels et on rate ainsi les opportunités de renforcer notre intégration en profondeur et renforcer notre amont industriel. Face à l’inflation qui touche les cours des matières premières, Bachiri suggère de mener un inventaire précis sur les potentiels miniers du Maroc. L’objectif étant de relever l’existence ou pas des matières industrielles dites critiques qui rentrent dans le process industriel. «Le pays pourrait ainsi examiner les différentes possibilités en termes de raffinage de ces matières en s’associant à des acteurs mondiaux. Ce qui permettra au Royaume de s’assurer sa souveraineté industrielle sur ce segment et, partant, doper davantage sa compétitivité et créer de nouveaux emplois», détaille Bachiri. Autre défi à relever par l’industrie marocaine : l’intégration en profondeur. «Nous sommes aujourd’hui suffisamment avancés sur le rang 1, mais il reste beaucoup de travail à faire sur le rang 2», souligne le patron de Renault Maroc. Par exemple, illustre Bachiri, les barres d’aluminium de toit qu’on met sur les Dacia, qui sont exportés dans 71 pays dans le monde, sont fabriquées localement par un sous-traitant, mais la matière première pour les fabriquer est importée de l’étranger. «Si nous trouvons un opérateur marocain qui peut nous traiter la matière première pour concevoir ces barres, cela va créer des emplois et nous permettra de faire des économies de plusieurs millions de dirhams. Avec cet argent, nous pourrons préserver le pouvoir d’achat de nos collaborateurs et réinvestir dans l’entretien industriel», détaille Bachiri.

Le pacte national de l’investissement arrive

Le développement industriel du Royaume est également tributaire de la montée en puissance des investissements directs étrangers (IDE). Mohcine Jazouli, ministre délégué en charge de l’Investissement, rappelle que les IDE ont progressé de 20% en 2022. Mais, le Maroc a encore du pain sur la planche puisqu’il est à peine à 1,5% du PIB contre une moyenne OCDE de 1,9%. «Nous avons donc encore de la marge pour drainer davantage d’IDE. Car, les investissements étrangers au Maroc montrent la confiance que peut avoir l’investisseur international par rapport à notre pays dans la mesure où il doit faire un arbitrage au regard de la stabilité et de la sécurité offertes par le pays. Il fait également un arbitrage par rapport à la force de travail qualifiée qui existe au Maroc, l’énergie, la logistique world class, etc. De même, il prend en considération tout le marché auquel il peut avoir accès à travers le Maroc. Un marché qui pèse de 2,5 milliards de consommateurs, grâce évidemment à nos accords de libre-échange», souligne Jazouli. Selon l’ex-patron du cabinet Valyans, cette confiance qu’a l’investisseur étranger dans notre pays, l’investisseur marocain doit l’avoir aussi. «Mais on doit l’accompagner à travers la Charte de l’investissement qui est essentielle et à travers un certain nombre de mesures liées au climat des affaires. Nous devons lui faciliter l’acte d’entreprendre et d’investir. Il doit avoir accès au foncier de manière plus aisée, mais également un accès au financement», indique Jazouli qui annonce que, sur instruction royale, un travail est en cours avec la CGEM et le Groupement professionnel des banques du Maroc (GPBM) afin d’élaborer un Pacte national de l’investissement. Cette feuille de route devra renfermer des mécanismes d’accompagnement dédiés à la nouvelle génération d’entrepreneurs. Objectifs, la création de 500.000 emplois à l’horizon 2026 et la mobilisation de 550 milliards de dirhams d’investissement.

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Un Observatoire de l’emploi et des compétences basé sur l’IA 

Younes Sekkouri, ministre de l’Inclusion économique, qui intervenait lors du deuxième panel de la Journée nationale de l’industrie, s’est intéressé au développement industriel du Royaume, sous le prisme de la formation des compétences. Le ministre a annoncé l’installation éminente d’un Observatoire national de l’emploi et des compétences basé sur l’intelligence artificielle. Cette «grande» plateforme est venue récupérer toutes les nomenclatures des emplois et des compétences de l’OFPPT et de ses parties prenantes, dont l’enseignement supérieur et l’ANAPEC. L’Observatoire suivra donc l’évolution de l’emploi et des compétences en temps réel et mettra à la disposition des décideurs de la data de qualité. Pour le jeune ministre de l’Exécutif Akhannouch, la création d’emploi ne peut se faire qu’à travers l’industrie. «La transformation structurelle des pays qui nous ont précédés et qui ont réalisé des sauts quantitatifs et qualitatifs a été justement faite à travers l’industrie. Car quand vous investissez dans l’industrie, un emploi en crée d’autres et c’est d’ailleurs connu dans la théorie et dans la pratique du sujet. C’est pour dire l’enjeu pour nous, un pays jeune qui affiche des objectifs importants en matière d’intégration économique, d’inclusion économique et d’emploi», soutient Sekkouri. Selon lui, la question de la ressource humaine est importante et passe, entre autres, par la formation professionnelle. «Aujourd’hui, nous avons un écosystème de la formation professionnelle très développé qui opère sur plusieurs niveaux, mais nous avons également une pression importante sur la ressource humaine qui est due aux besoins des nouveaux des pays industrialisés et qui fait que beaucoup de nos ressources sont attirées à l’étranger, surtout les meilleurs», constate le ministre. Donc, poursuit-il, «nous sommes face à une équation difficile en matière d’offre et de demande qui n’est plus circonscrite au niveau national ou domestique, mais qui subit aussi une pression migratoire de la main d’œuvre».

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