Culture

Entretien avec l'écrivain Mohamed Kohen

Nadia Ouiddar Nadia Ouiddar,

Entretien avec l'écrivain Mohamed Kohen

Le chirurgien et écrivain Mohamed Kohen vient de publier chez La Croisée des Chemins son troisième roman «Les châtrés : une histoire singulière de l’humanité». Ce livre, qui parle de façon passionnante de la révolution technologique, sera présenté le mardi 24 à 18 h à la librairie Carrefour des livres à Casablanca.

Le Matin : Qu’est-ce qui vous a inspiré votre roman «Les Châtrés : Une histoire singulière de l'humanité» ?
Mohamed Kohen
: La révolution du web induit un changement radical et rapide dans la vie des gens. Je peux affirmer sans risque de me tromper que les changements qui vont s’opérer durant les trente prochaines années sont sans commune mesure avec ce qu’a connu l’humanité depuis les trois siècles précédents.
Cette révolution technologique fait naître, d’un côté, un nouveau mode de communication des idées et des individus et, de l’autre, le concept de l’économie collaborative et une médecine de l’augmentation.
Jamais les idées n’ont pu voyager de façon instantanée, dans les quatre coins du monde et dans n’importe quelle langue qu’aujourd’hui. La voiture autonome qui a déjà fait des milliers de kilomètres va changer le visage du transport routier, maritime, aérien et celui des chemins de fer. Dans le même sillage se profile le projet transhumain. Une révolution médicale aussi impressionnante qu’angoissante.
Ce projet m’interpelle en tant que chirurgien et surtout en tant qu’être humain. Il m’a inspiré l’écriture des «Châtrés» mon dernier roman paru il y a quelques jours chez La Croisée des Chemins.
«Les Châtrés» raconte l’histoire d’un petit village du Moyen Atlas qui, à l’occasion de la découverte d’un fertilisant puissant, voit son niveau de vie nettement amélioré. La cupidité des villageois a conduit à une déforestation et à un déséquilibre écologique. De cet évènement est né un virus qui a décimé la moitié de la population mondiale et a rendu stérile l’autre moitié mettant l’avenir de l’humanité en péril, si la science ne venait pas à la rescousse pour réinventer l’Homme, un Homme nouveau.

Pourquoi avez-vous choisi le thème du transhumanisme ? Avez-vous voulu faire passer un message, réveiller les consciences, ou simplement raconter une histoire comme une autre ?
Le projet transhumain a vu le jour à l’Université de la singularité aux États-Unis, imaginé, initié et sponsorisé à coups de milliards de dollars par les GAFAM (Google, Amazone, Facekook, Apple, Microsoft), et va radicalement transformer la condition humaine grâce à l’intelligence artificielle. Le même projet est actuellement en cours en Chine. Le décryptage du génome humain devenu rapide et accessible, les manipulations génétiques, les nanotechnologies, la biotechnologie, les imprimantes 3D, les cellules souches, la robotisation… permettront de fabriquer des êtres humains qui vivront longtemps et en bonne santé. Cette médecine de l’augmentation fait déjà entendre le sourd, fait voire l’aveugle, booste un cœur fatigué, et fait bouger par la pensée via l’informatique un membre paralysé. Demain, elle éliminera les cellules sénescentes, mettra un terme aux maladies génétiques, modifiera le génome, et finira par hybrider l’Homme ou humaniser la machine. Personne ne refuse de vivre 120 ou 200 ans en bonne santé. Il y a tellement de livre à lire, de gens à aimer, de lieux à visiter, de choses à découvrir, alors que la vie est passionnante par sa beauté et par sa fragilité.

Pourriez-vous nous raconter votre rencontre plus personnelle avec la littérature ?

Rien ne me prédisposait ni à l’art ni à l’écriture. À la maison de mes vieux parents, nous n’avions ni toiles accrochées aux murs, ni sculpture, ni livres dans une bibliothèque. Une personne providentielle m’a fait découvrir «Le Petit Prince» de Saint Exupéry et je suis tombé amoureux des deux tout de go. La contingence des hommes a fait que la première s’est évanouie au fil du temps alors que l’amour de la lecture m’est resté depuis. Je devais avoir une dizaine d’années et pas plus haut qu’une pomme.
Je lisais tout ce qui me tombait sous la main et parfois n’importe quoi. Des livres que j’ai aimés et d’autres que j’ai détestés. Des auteurs, que j’ai admirés et d’autres que j’ai enviés et que j’envie encore. Aujourd’hui, aussi paradoxal que cela puisse être, je ne lis plus de roman ou très peu alors que j’essaie d’en produire. Je suis plus attiré par des réflexions philosophiques. Ceci dit, quel que soit le genre, la lecture me construit et m'a élevé au-dessus de moi-même.

Qu’est-ce qui rapproche, selon vous, les mondes de la médecine et de la littérature ?

Il fut un temps ou dans la même boîte crânienne cohabitaient plusieurs cerveaux, un mathématicien, un physicien, un astronome, un médecin, un philosophe et plus encore. Aujourd’hui, la spécialisation, voire l’hyperspécialisation a fait en sorte que la masse de connaissances est tellement vaste que l’on ne peut être plusieurs à la fois sauf si on est animé par deux ou plusieurs passions et encore !
Le médecin que je suis jouit d’un privilège qu’aucun métier ne peut offrir. Les gens qui mettent leur santé et leur existence entre vos mains, s’ouvrent à vous et vous autorisent à rentrer dans leur intimité et dans leur monde. Ils partagent avec vous leurs soucis de santé, leurs craintes, leurs angoisses et leurs vécus.
La proximité avec la douleur des autres et avec la mort invite à questionner le monde et nous rappelle ce que nous sommes et ce que nous devrions être.
Je puise mon inspiration dans le quotidien. La réalité est souvent le chemin vers le romanesque.

Comment écrivez-vous ? J’entends par là cette évolution à partir de l’éclosion du sujet et jusqu’à sa mise en écriture.

Lorsque l’idée surgit, je la gribouille sur n’importe quel support de peur qu’elle ne s’envole aussitôt venue. Je lui laisse le temps de germer alors que le cerveau obsessionnel continu à broder autour. Lorsque je la reprends, elle recèle en elle-même toute une histoire. Comme je ne suis tenu ni par le temps ni par une commande d’éditeur, j’écris à ma guise, au rythme de mes envies, mais toujours en quête éperdue de justesse. Des fois, il m’arrive de guetter, dans mes lectures et dans mes souvenirs, plusieurs jours durant, le mot adéquat ou la phrase qui fera mouche pour accoucher finalement d’un texte qui semble à prime à bord correct, mais toujours imparfait à mon goût. Alors je me console en disant que la perfection n’existe pas.
J’essaie à chaque fois de mettre de la distance entre mes personnages et moi afin de ne pas tomber dans la banalité de l’autobiographie tout en restant en phase avec mes convictions.
L’écriture est un exercice agréable, ce n’est pour moi ni un sanctuaire, ni un refuge. Je suis dans cette affaire Nietzschien, l’écriture est une jubilation.

Quels sont les thèmes qui vous inspirent le plus ?

Le quotidien, j’écris sur les thèmes qui m’occupent au premier plan, la condition humaine, le rapport entre les gens, la vie en général et la mort en particulier, avec à chaque fois le besoin pressant de distiller à travers mes textes ma compréhension de mon temps. Kant disait que «philosopher c'est saisir son temps dans la pensée». Je ne cesse de l’interroger sur ce que nous sommes, sur pourquoi nous sommes et sur le sens de la vie. Cette vie qualifiée par Albert Camus d’absurde, par Schopenhauer et Jean-Paul Sartre d’angoisse, alors que je la trouve belle à tous égards.
Mon premier roman «Le bloc des contradictions» est articulé autour d’une histoire d’amour entre un jeune homme hédoniste et une jeune femme élevée dans les traditions marocaines. Ils seront confrontés à une réalité atroce dont le dénouement évoque le problème épineux de l’avortement clandestin, un caillou dans la chaussure de nos décideurs.
Le second «Pour le plaisir» évoque l’amour et l’amitié. Il traite des passions que Spinoza appelle tristes. La passion et la haine, la fidélité et la jalousie, sont les deux faces de la même pièce. «Les Châtrés» est mon troisième roman. J’ai voulu à travers ce texte essayer de comprendre le monde que préparent pour nous l’intelligence artificielle et la robotisation. Et me demander si l’innovation pour l’innovation va nous rendre plus heureux et plus libres comme Les Lumières nous l’ont promis, ou est-ce la dernière porte vers notre déshumanisation ? «Les Châtrés» pose le problème du sens de la vie : nous naissons sans le demander et nous mourrons sans parfois le vouloir et entre les deux nous faisons ce qu’on peut.

Depuis votre premier roman, qu'est-ce que l'écriture vous a apporté ?

Une évolution heureuse que je n’aurais certainement pas réussi à avoir sans cet exercice. En construisant un roman, on se construit avec, on accède à ce que Kant appelle «la pensée élargie». D’autre part, l’écriture ouvre sur d’autres horizons, d’autres gens et un autre monde que je ne connaissais pas en tant que chirurgien. La production littéraire marocaine est en croissance exponentielle et c’est heureux, j’ai ainsi rencontré des auteurs valeureux et intéressants. Le monde de l’édition est volontaire et courageux et se bat pour offrir aux lecteurs le meilleur, j’ai pu ainsi le connaître et partager ses difficultés. Les libraires animés de passion des livres sont en souffrance, persévèrent malgré tout, je les côtoie, ils me conseillent. Et, enfin, la rencontre des lecteurs soifs de lecture me ravit.

Qu’éprouvez-vous avant la sortie d’un roman ? Crainte, réjouissance ? Et après ?

L’impatience de voir enfin son manuscrit éditer. Le sentiment d’avoir accompli un projet. Et une petite angoisse, car on n’est jamais certain que le roman rencontre le public et obtient l’approbation des lecteurs. Car en définitive, on écrit pour être lu. On écrit pour être aimé, mais on n’est pas souvent aimé pour ce qu’on écrit, disait en substance Roland Barthes.

Quel livre lisez-vous en ce moment ?

J’ai l’habitude de lire deux ou trois œuvres à la fois. Je lis actuellement «Morales provisoires» de Raphaël Enthoven et «Les raisons de l’art» de Michel Onfray. Mon livre de chevet est le «Dictionnaire amoureux de la philosophie» de Luc ferry. Un grand pavé qui m’accompagne depuis plusieurs mois et qui est ma référence actuelle.

Quel message auriez-vous pour vos lecteurs ?

Lisez la lecture affranchie de l'obscurantisme !

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