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Entretien avec Makenzy Orcel, lauréat du prix Goncourt, Choix du Maroc

«Une somme humaine» de Makenzy Orcel a remporté la première édition du Goncourt version marocaine. Cette récompense lui a été attribuée par des étudiants universitaires marocains. La proclamation s’est tenue récemment dans le cadre du Salon international de l'édition et du livre 2023. Retour avec le romancier et poète haïtien sur ce livre qui ne compte plus les récompenses.

Entretien avec Makenzy Orcel, lauréat du prix Goncourt, Choix du Maroc

Le Matin : Votre roman «Une somme humaine» vient de remporter le prix Goncourt, Choix du Maroc. Qu’est-ce que cela représente pour vous ?
Makenzy Orcel : C’est extraordinaire. C’est une chose qui n’arrive que rarement dans la vie d’un auteur. Ce livre a traversé le monde en long et en large.

Il sera aussi traduit en arabe ?

C’est la promesse de la proclamation du Prix. J’espère qu’elle sera maintenue et qu’il puisse être traduit. En liant un livre dans sa langue d’écriture, on est dans la matière première de l’auteur et dans son style direct. Mais la traduction est importante. Elle permet au livre d’exister dans un autre univers. C’est bien pour l’auteur d’exister dans une autre langue.

Parlez-nous un peu de ce roman qui séduit les gens partout dans le monde ?

C’est un roman inrésumable traversé par beaucoup d’histoires. Il raconte la vie d’une femme qui a grandi dans un village au sud de la France. Enfant, elle n’avait pas l’affection de ses parents. Elle raconte comment elle a grandi dans une société avec une mentalité fermée. Son univers se résumait à l’aller-retour à l’école. Un jour se passa l’irréparable : son oncle la viole. Sa maman ne peut pas la soutenir, car cet oncle a le pouvoir politique, religieux, économique. Quand on a le pouvoir, on devient intouchable. Après le bac, elle quitte la maison familiale pour Paris et tente de tout réparer dans cette grande ville au milieu de toutes ces nationalités et possibilités de rencontres. Mais Paris est une ville froide, c’est comme un ensemble de villages. Elle a essayé avec des hommes et des femmes pour trouver l’amour et l’affection dont elle a été privée. Elle continue à chercher la bonne existence jusqu’à ce qu’elle décide de passer dans l'autre monde.

C’est une histoire qui révèle des souffrances humaines et met à nu les sociétés ?

La société ne se rend pas compte des dégâts de ses choix sur notre vie. Ce livre montre que les grandes décisions politiques et économiques déterminent notre existence. On ne peut pas ignorer la singularité de chacun. Si on n’a pas sa place dans la société, c’est une forme de mort et d’exploitation humaine.

C’est aussi un livre politique ?

L’acte d’écrire est politique. Quand on écrit, on résume ce qu’on a fait de nous et on propose une solution. On n’écrit pas parce que tout va bien. On invite l’autre à partager un nouveau regard sur le monde, à descendre dans les soubassements des sociétés. À partir du moment où la famille et l’État nient votre capacité d’existence, c’est la mort. Pareil pour les pays pauvres exploités. Ce sont les pays extrêmement riches qui prennent les décisions. On essaie toujours de faire plaisir au beau, au riche…
Dans «Une somme humaine», on retrouve plusieurs figures : celle de la femme, de l’homme noir, de l’étranger qu’on se demande ce qu’il fait là et de qui on exige plusieurs choses juste parce qu’il est étranger. La voix de la narratrice est aussi celle de tous les hommes. Elle nous parle des misères dans le monde.

Vous envisagez une tournée au Maroc ?

J’étais au Maroc au mois de mars. J’y retournerai pour rencontrer mes lecteurs.

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Biographie de l'auteur

Poète et romancier, Makenzy Orcel est né en 1983 à Port-au-Prince en Haïti. Il fait ses études à la Faculté de linguistique appliquée jusqu’à ce qu’il abandonne pour se consacrer à la lecture et à l’écriture. Makenzy Orcel est un autodidacte qui fait son éducation littéraire seule en lisant d’autres poètes. Il s’inspire de son vécu et celui de son entourage. Il est une des grandes promesses de la littérature contemporaine haïtienne. Il commence par publier deux recueils de poèmes, «La Douleur de l’étreinte» en 2007 et «Sans ailleurs» en 2009. Au lendemain du tremblement de terre qui a secoué sa ville, Makenzy Orcel écrit «Les Immortelles» pour rendre hommage aux prostituées de Port-au-Prince (Prix Thyde Monnier de la SGDL). Avec «Les Latrines», publié en 2011 chez Mémoires d’encrier, Makenzy Orcel poursuit son exploration et raconte la vie à Port-au-Prince, ses déboires, ses bas-fonds et ses secrets. Il écrit notamment «L’Ombre animale» qui remporte le Prix Littérature-Monde et le Prix Louis Guilloux. En 2018, il signe «Maître-Minuit». Makenzy Orcel publie en 2022 «Une somme humaine» finaliste du Prix Goncourt 2022. Ce roman a été récompensé par le Prix Goncourt dans plusieurs pays, dont les États-Unis, la Croatie, la Moldavie, la Roumanie et le Maroc.

Lire aussi : Lancement de la 1ere édition du Goncourt Choix du Maroc

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