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Lundi 24 Juin 2024
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Ramadan et maladies rénales : quand est-il possible de jeà»ner ?

Chaque année, à  l’approche du mois du Ramadan, les personnes ayant des problémes de santé se demandent si elles peuvent jeà»ner sans danger ou s'il est préférable de s’abstenir. C’est notamment le cas des maladies rénales qui figurent sur la liste des pathologies où le jeà»ne peut constituer un danger. Le point avec Pr Amal Bourquia, spécialiste en néphrologie, dialyse et transplantation et présidente de l'association «Reins».

Ramadan et maladies rénales : quand est-il possible de jeà»ner ?

L’apport quotidien d'eau subit un changement important pendant le mois du Ramadan. Par conséquent, nos reins doivent fournir plus d'efforts pour concentrer l'urine et éliminer l'ensemble des déchets. Ils doivent alors être parfaitement fonctionnels pour faire face à l’insuffisance en apport d’eau. C’est pourquoi plusieurs personnes souffrant de maladies rénales ne sont pas autorisées à jeûner.

Les pathologies rénales chroniques les plus à risque 

D’après Pr Amal Bourquia, spécialiste en néphrologie, dialyse et transplantation et présidente de l'association «Reins», ce sont surtout les malades avec des pathologies rénales chroniques qui posent problème. «On déconseille le jeûne au cours d’une insuffisance rénale chronique, car cela peut constituer un danger pour la vie des patients. Cependant, l’insuffisance rénale chronique modérée et stable peut permettre le jeûne, à condition d'une surveillance médicale continue. Le jeûne doit être interrompu en cas d’aggravation de la fonction rénale ou un mauvais retentissement sur l’état du patient», déclare au «Matin» Pr Bourquia. Et de préciser que «pour tous les autres types de néphropathie glomérulaire, interstitielle, ou vasculaire en phase aiguë de la maladie, le jeûne est interdit jusqu’à la guérison ou la stabilisation de la maladie. Aussi, certaines maladies rénales héréditaires qui s’accompagnent d’une fuite urinaire obligatoire d’eau et de sel telles que les néphropathies interstitielles, polykystose rénale, acidoses tubulaires… les patients nécessitent une compensation régulière de cette perte et ne sont pas autorisés à jeûne». La néphrologue souligne, par ailleurs, que pour les néphropathies en rémission, le jeûne peut être autorisé sous surveillance médicale et adaptation des horaires de la prise de médicaments.

En revanche, les patients insuffisants rénaux en dialyse ne peuvent pas jeûner vu leur état général souvent altéré, surtout si le patient est âgé, anémique, hypertendu, ou souffre d’un risque cardio-vasculaire élevé.

S’agissant des patients porteurs de lithiases rénales, Pr Bourquia explique que le jeûne peut les pousser à se plaindre davantage de coliques néphrétiques. «Il est conseillé de voir le médecin traitant avant le mois sacré pour évaluer le risque lithogène encouru et, à ce propos, l’étude de la cristallerie, et la réalisation de bilan lithiasique sanguin et urinaire permettent d’évaluer le risque et de mettre en place les mesures préventives contre la récidive même dans le cas où le patient va observer le jeûne du Ramadan.

Les malades ne sont donc pas en interdiction absolue de jeûner. C’est généralement le médecin-néphrologue qui prend la décision au cas par cas», affirme la présidente de l’association «Reins». Cette dernière souligne également que les personnes ayant subi une transplantation rénale ne doivent pas jeûner la première année. Ensuite, tout dépend de leur état de santé et de la présence ou non de complications de même l'autorisation du jeûne est en fonction du type de l'immunosuppression et du nombre de prises journalières. Les transplantés sont donc appelés à suivre leur médecin traitant et à se plier à ses prescriptions.

Pr Bourquia insiste, en outre, sur l’importance de respecter les consignes du médecin lorsqu’il leur demande de ne pas jeûner. «En s’obstinant à jeûner, les patients risquent d’avoir des complications sévères et d’aggraver leur maladie. Le manque d’apport en eau peut aggraver certaines lésions tubulaires rénales avec risque de dégradation de leur fonction rénale. De même, lors d’une infection urinaire évolutive, la diminution du volume urinaire augmente le risque d’infection ou d’aggravation de l’infection urinaire surtout chez les sujets âgés et les patients présentant des facteurs de risque d’infection comme une malformation des voies urinaires ou des lithiases rénales», explique le médecin.

Conseils de Pr Amal Bourquia

Il est conseillé aux patients porteurs de lithiases rénales d’augmenter les apports en eau pour obtenir une diurèse de plus de 2 litres par jour pour éviter la formation de calculs rénaux. Car la déshydratation et la diminution du volume urinaire constituent des facteurs principaux pour le développement des lithiases rénales.

Pour les personnes souffrant d'insuffisance rénale ou celles dialysées, il est fortement déconseillé d'observer le jeûne. Une prudence particulière s’impose chez les sujets âgés de plus de 70 ans, car les reins ont une capacité réduite à gérer la surcharge de sels minéraux qu'entraîne la déshydratation. De plus, certaines personnes âgées souffrent d'incontinence urinaire ou prennent des médicaments ayant un effet diurétique et ont moins d'appétit.

Pour ménager ses reins pendant le jeûne, il ne faut pas pratiquer du sport avant la rupture du jeûne et ne pas abuser des protéines ou consommer trop de sel ni de médicaments, tous toxiques pour les reins, surtout en situation de déshydratation, et boire suffisamment. Au moindre symptôme, il faut vérifier l’état des reins, car ces organes peuvent souffrir en silence pendant longtemps avant de manifester des signes de la maladie. Le rôle du médecin reste décisif concernant tout aménagement thérapeutique qui permettrait au patient de jeûner.

L’autorisation du jeûne doit être formulée par le néphrologue en fonction de l'état clinique du patient, de la tolérance et des médicaments et leurs éventuelles adaptations. Certaines maladies rénales n'empêchent pas de pratiquer le jeûne du mois sacré du Ramadan. Il y a donc lieu de ne pas généraliser de procéder au cas par cas. Tout doit reposer sur la décision du médecin traitant et des conseils qu’il donnera à son patient, sachant pertinemment que le praticien cherchera toujours à faciliter à son malade la pratique du jeûne tout en procédant à un suivi rapproché pour éviter tout risque éventuel.

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