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Luth d'Or à Saïd Chraïbi

Le monde de l'art et de la musique à l'échelle internationale attend une prompte guérison du prince du luth Saïd Chraïbi. En hommage à cet illustre artiste, le Syndicat libre des musiciensmarocains organise une soirée au Théâtre Mohammed V de Rabat.

Luth d'Or à Saïd Chraïbi
Saïd CHRAIBI en famille

Ses doigts d'or font chanter le luth dans l'universalité. L'année nouvelle le couronne du Luth d'Or. Le monde du grand art à l'échelle internationale attend une prompte guérison du prince du luth le plus prestigieux luthiste au monde, compositeur et virtuose inégalable du roi des instruments, Saïd Chraïbi, souffre actuellement d'une maladie guérissable, qui l'empêchera pour quelque temps de donner ses concerts tant acclamés sur toute la planète, par un public amoureux de l'art de haut niveau. Son hospitalisation est entièrement prise en charge par une très noble générosité, que Dieu la comble de ses bienfaits, et Saïd Chraïbi tient à lui exprimer sa très profonde gratitude. Installé sur le lit de la chambre qu'on lui a réservé à la Clinique Al Azhar de Rabat, que Dieu le rétablisse promptement en sa pleine santé, Saïd Chraïbi est quelque peu affaibli, mais son visage rayonne toujours de cette lumière qui émane de sa noblesse, de son sourire aimable, de son regard légèrement rêveur, de sa voix qui ne s'élève jamais et qui vous rassure qu'il va bien, que tout rentrera dans l'ordre avec la Volonté Divine et un peu de patience. Et, moment merveilleux et privilégié, il va jusqu'à prendre son instrument ; ses doigts d'or distillent sur les cordes un tout petit morceau, donnant à entendre, comme à l'accoutumée, le plus divin de qui peut venir d'un luth. Car même malade sur un lit de clinique, et alors qu'il vient tout juste de subir une douloureuse ponction lombaire, c'est bien le prince du luth qui vient de jouer cet air de musique délicieux.

Le mot de la diva

Roi des instruments arabes, le luth est un des grands partenaires d'Histoire de l'homme arabe, de ses passions, sa poésie, son lyrisme, ses rêves, sa puissance, ses méditations, son élévation. Saïd Chraïbi est le prince du luth actuel incontestable considéré en tant que tel dans le monde entier, d'Orient en Occident. Comme l'était de son vivant le regretté Irakien Mounir Bachir. Aujourd'hui, même en Irak, pays originel du luth et de la musique classique arabe, Saïd Chraïbi est reconnu comme le plus grand du luth, officiellement consacré comme tel par le Plectre d'Or du Luth qui lui fut decerné à Baghdad en 1986 lors du Festival Inter110nal du Luth et du Patrimoine (outre tous les grands Prix qu'il reçoit régulièrement à travers le monde, voir encadré). Mais Saïd Chraïbi est aussi un éminent compositeur-chercheur. Par ses qualités supérieures dans la composition, son exploration incessante de l'univers des maqamat (modes) de la musique arabe, par sa connaissance du luth et sa complicité avec lui, par son perfectionnisme de musicien, il est, dans l'univers musical mondial classique et de haut niveau, parmi les plus grands.

Le luth universel

Dans l'histoire de la musique classique arabe, rares sont les compositeurs qui furent en même temps grands maîtres du luth. On cite, pour l'Egypte, Ryad Sambati, Farid El Atrach et Kasabji. Même l'illustre compositeur et chanteur Mohhammed Abdelwahab, s'il avait une extrême sensibilité dans son jeu du luth, on ne peut dire qu'il en était un grand maître au même titre qu'El Atrach par exemple. En tant que maestros à la fois compositeurs et virtuoses du luth, le Maroc a donné Abderrahim Sekkat, Ahmed El Bidaoui et aujourd'hui Saïd Chraïbi. Citons ici la remarque de la diva d'opéra Delménia Fernandez à propos de Chraïbi, lors de l'ouverture du précédent Festival Inter110nal des Musiques Sacrées de Fès, à laquelle les deux artistes ont participé, et où ils se sont as116iés pour un moment dans une improvisation : «Vous avez là un musicien d'une qualité exceptionnelle qu'il me serait difficile de suivre...» a-t-elle souligné.

Si Chraïbi travaille perpétuellement sur le patrimoine classique arabe, oriental et andalou, tout en maîtrisant par ailleurs le registre extrême-oriental de l'Inde et du Pakistan, cela ne l'empêche pas de s'inscrire de plain pied dans la modernité et de produire dans la diversité. S'il a composé de nombreuses et belles chansons marocaines, c'est dans ses oeuvres musicales pures, «taqsims» ou concertos pour luth, qu'il réalise le plus son épanouissement artistique et qu'il accède véritablement à l'universalité. Citons à titre d'exemple ses plus récents albums, «La clé de Grenade», et «Hijaz». Dans le premier il met à l'honneur la musique et le patrimoine andalous qui illustrent les plus belles richesses artistiques de la Mare Nostra. On y trouve la joie de vivre et la chaleur méditeranéennes, des réminiscences de flamenco, certaines incursions africaines, et aussi indoues. Le génie du maestro est de pouvoir se servir aisément de différentes influences pour parvenir à une beauté suprême de l'harmonie. C'est le propre des génies de la musique. Dans le second album, qu'il a composé pour le Festival annuel de Ryad (Arabie Saoudite) qui célèbre la chevalerie, le luth de Saïd Chraïbi chante le cheval, ce magnifique animal qui fut le compagnon inséparable du cavalier téméraire arabomusulman, depuis les origines de l'Islam et à travers toute son expansion. Du luth en solo ou accompagné de percussions où Chraïbi fait intervenir plusieurs styles, en exaltant le mode pentatonique évoquant l'Asie, rappelant que le cheval est né en Mongolie. Comme s'il enfourchait un cheval pour l'ivresse d'une promenade libre, Chraïbi enlace son luth pour chanter ce passé glorieux, pour éterniser son éclat, lui donner vie. Il s'élance avec félicité et non sans inquiétude dans cette odyssée chevalière, fier de sa mémoire, sans échapper à l'émerveillement lié au moment présent : il en naîtra une conquête nouvelle. Le luth de Chraïbi tran114e dans ces chevauchées fougueuses et vers leur quintessence, leur transcendance, la rêverie, l'immatérialité ; un corps à corps entre l'émotion et la musique.
Pour ce qui est de la composition pour la chanson marocaine, Chraïbi y a apporté autant l'élaboration que l'originalité et la diversité, avec une grande sensibilité dans chacun des styles qu'il a approchés. Pour cela il a choisi des voix et des personnalités de chanteurs hors du commun, comme par exemple, Naïma Samih, Abdelhadi Belkhayat, Hayat El Idrissi, Mahmoud El Idrissi... Il a excellé autant dans la chanson sentimentale, que dans la chanson patriotique ou la chanson soufie. Il a aussi révélé ces dernières années des chanteuses de grand talent, comme Karima Skalli, Fedwa El Malki ou Naziha.
Développant ses inlassables recherches dans tout ce qui se rapporte au luth et à la musique arabe, pour les besoins de son exigence toujours plus forte vis à vis de lui-même en matière de composition et de virtuosité, et en vertu de son écoute savante permanente des sonorités du luth, Saïd Chraïbi s'est voulu aussi créateur dans la fabrication même de l'instrument. Ainsi donna-t-il une famille au luth, à l'image de celle qui entoure le violon. A l'issue de fines recherches dans le domaine du son et de la forme instrumentale, d'expériences avec le concours des artisans luthiers, Chraïbi a créé 3 «nouveaux-venus» pour une tribu du luth, un luth «houd», luth basse de grande dimension au son grave équivalent de la contrebasse pour la famille du violon, un luth «soprano» qui ressemblerait à une mandoline, et «al oud al andaloussi», nouvelle version de l'ancien luth d'avant Zeriab. Ces nouveaux instruments ont été dessinés et fabriqués sous les directives de Chraïbi, par le luthiste Khalid Belhaïba.
Tous les artistes marocains, arabes, et tous ceux qui le connaissent dans le monde de l'art à l'échelle internationale attendent la reprise des activités de Saïd Chraïbi et lui souhaitent une prompte guérison.

Luth d'Or pour le Prince du Luth

Au Maroc, en hommage à cet illustre artiste tant aimé pour sa bonté et son humilité, aussi immenses que son talent, le Syndicat Libre des Musiciens du Maroc, sous l'initiative de son président Mustapha Baghdad, organise une soirée le 12 janvier 2002 (à partir de 20h30) au Théâtre Mohammed V de Rabat, au cours de laquelle sera décerné le Luth d'Or à Saïd Chraïbi. Le programme de cette soirée présente un ensemble de plus grands chanteurs du pays qui interprèteront des compositions réalisées pour eux par Saïd Chraïbi. Ainsi aura-t-on le plaisir d'écouter Abdelhadi Belkhayat, Naïma Samih, Mahmoud El Idrissi, Hayat El Idrissi, Fedwa El Malki, Karima Skalli, Jamal Eddine Benhaddou. Il y aura la participation du ténor Abderrahim Souiri, de la chanteuse de melhoune Majda El Hyahyaoui, et du luthiste Hadj Younès. Tous ces artistes seront accompagnés par l'orchestre de Mustapha Regragui.
Saïd Chraïbi remercie vivement tous les membres du Syndicat Libre des Musiciens Marocains, très ému par sa mobilisation autour de lui. Toute sa famille, tous les artistes, tous ses amis disent à Saïd Chraïbi du fond du coeur : Bonne année et bonne santé.

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