Le conseil de gouvernement vient d'adopter l'Assurance maladie obligatoire, en quoi consiste-t-elle ?
Il s'agit d'un texte fondamental qui constitue en fait un code instituant l'Assurance maladie obligatoire et qui donc définit la nature du système que nous voulons mettre en place pour que l'ensemble de la population puisse bénéficier à terme d'une couverture médicale généralisée. Il se décline en deux volets : un premier relatif aux régimes d'assurance maladie qui s'adresse à toutes les personnes actives disposant d'un revenu c'est-à-dire les salariés du secteur privé, les professions libérales, les producteurs, etc., et un second dédié aux personnes que le texte qualifie d'économiquement démunies et qui se verront allouer un régime spécial pris en charge par l'Etat. Grâce à cet exercice, nous pouvons estimer que le Maroc est un des rares pays à avoir réussi à insérer au niveau de ses textes de couverture médicale les deux principes moraux que sont la participation et la solidarité.
Ceci dit, ce projet de texte constitue la clé de voûte de la réforme hospitalière. Comme vous le savez, une réforme de cette nature est intimement subordonnée à la résolution de la question du financement du système de santé. Actuellement, seuls 16% de la population dispose de la couverture médicale, ce qui a pour principale conséquence pour le système public, par exemple, de supporter sur le budget du ministère les soins de santé de la population démunie au moment même où les comptes 110naux de santé ont montré que les ménages supportent déjà plus de 50% des frais de santé.
C'est dans ce cadre qu'il faut apprécier les mesures prises par le ministère pour engager cette réforme sur laquelle repose l'avenir de la santé au Maroc.
Progression
Quelles formes prendra cette couverture médicale ?
Pour la première catégorie, chaque segment socioprofessionnel aura à négocier son propre régime, le code de l'assurance maladie définissant les conditions générales devant encadrer ces régimes. Pour les économiquement démunis, une carte sera délivrée en fonction de critères bien précis qui donnera à son porteur le droit d'accès aux soins, gratuitement, une agence publique instituée à cet effet prenant en charge les frais médicaux.
C'est donc un système qui se mettra en place de manière progressive et qui donnera lieu, au bout, à une couverture médicale généralisée à l'ensemble de la population.
Quelles retombées attendez-vous de cette couverture médicale ?
Je ne me hasarderai pas à dire que ce sera la solution à tous les problèmes.
Mais c'est pratiquement le déclic et le moyen qui permettra au Maroc de remédier aux défaillances et aux déficits du système actuel et de mettre en place un système de meilleure performance en accordant le droit à tous les Marocains d'accéder aux soins que la collectivité leur doit.
Par ce texte également, nous serons plus en mesure d'appréhender des maladies telles que l'insuffisance rénale, l'hépatite, les maladies cardio-vasculaires et j'en passe dont les traitements sont aujourd'hui inaccessibles à beaucoup en raison de leurs coûts prohibitifs.
Bref, c'est pratiquement grâce à un tel instrument que notre pays pourra à la fois engager sa réforme hospitalière et négocier en bonne posture la transition épidémiologique induite par l'évolution de la société vers la modernisation et l'urbanisation.
Votre ministère vient de boucler une nouvelle campagne de vacci110n. Quel bilan faites-vous de cette opération ?
La campagne de cette année n'a pas dérogé à la règle habituelle et les performances enregistrée ont été encore une fois très satisfaisantes. Ceci dit, la vacci110n contre les maladies infectieuses est aujourd'hui une réalité de la situation sanitaire au Maroc et se déroule de manière continue tout au long de l'année. Et c'est grâce à cet effort que notre pays a engagé depuis 1987, et qui bénéficié de l'engagement personnel de Son Altesse Royale la Princesse Lalla Meriem, que nous n'avons plus enregistré de cas de poliomyélite depuis une dizaine d'années maintenant, permettant au Maroc de décrocher la reconnaissance de l'Organisation mondiale de la santé qui a approuvé, au mois de novembre passé, le rapport 110nal pour la certification de l'éradication de la poliomyélite. Donc, nous pouvons considérer que la poliomyélite a pratiquement disparu de notre pays, même si le certificat de son éradication est subordonné aux efforts accomplis par les autres pays de la région, l'OMS attribuant ce certificat aux régions plutôt qu'aux pays. Ce qu'il y a lieu de noter, cependant, c'est l'élargissement de cette campagne à d'autres maladies cibles, telles que le tétanos ou l'hépatite B, ce qui permet à notre pays de réaliser de nouvelles performances dans sa lutte contre certaines maladies et d'assurer un avenir exempt de telles maladies pour la population marocaine. Comme il y a lieu de souligner que dès cette année, nous avons adjoint à cette campagne une opération de grande envergure d'enrichissement de certains aliments en micro-nutriments tels que le fer et la vitamine A dans le cadre de la lutte contre les carences en ces éléments.
Si la médecine préventive se porte bien, comme l'attestent d'ailleurs les observations de différents organismes inter110naux, celle dite curative n'est certainement pas au mieux de sa forme. Des média ont rapporté un certain nombre de faits troublants concernant le CHU Ibn Rochd, tandis qu'on a parlé de fermetures à l'hôpital Hassan II d'Agadir. Des exemples tout au plus d'une situation que les gens ne s'expliquent pas. Qu'est-ce qui se passe. Où va la médecine publique au Maroc ?
Jusqu'à un certain degré, vous avez raison de porter un constat critique à l'égard de la situation qui prévaut dans nos hôpitaux publics et je suis le premier à reconnaître que si des améliorations sont perceptibles, la vitesse et l'intensité des changements ne sont pas encore au niveau souhaité. Toutefois, il y a lieu de relativiser certaines affirmations exagérées et infondées que la presse, de par sa nature, a tendance à amplifie démesurément, faisant abstraction des efforts consentis et dont les résultats sont visibles pour celui qui veut bien les voir. L'hôpital Ibn Sina illustre parfaitement cette tendance et la situation actuelle est en rupture complète avec la situation précédente. Il en est de même de l'hôpital de, celui de Meknès, d'Oujda, de Taza, de Taroudant et j'en passe.
Comme vous le relevez dans votre question, comment peut-on s'expliquer la réussite de notre politique de prévention et les défaillances collées à la peau de notre système hospitalier alors qu'il s'agit en fait du même personnel et des mêmes structures qui agissent sur les deux niveaux.
Tout d'abord, il faut à l'esprit que, s'agissant de la prévention, l'action du ministère est dynamique, dans ce sens qu'elle va à la rencontre des citoyens qui sont bien portants et donc sereins face à l'acte médical. Sur ce chapitre également, l'action du ministère est globale, l'Etat marocain ayant décidé d'accorder à cette politique les moyens de ses actions, que ce soit en terme de médicaments ou de dispositifs d'appui et d'accompagnement, planifiée dans le temps et l'espace et programmée aujourd'hui d'avoir pratiquement éradiqué toutes les maladies cibles et de bénéficier comme vous le dites de la qualification des organisation internationales.
Par contre, lorsqu'elle s'adresse au système hospitalier, la personne malade est dans un état de stress qui lui font apprécier différemment l'action du système. Dans ce contexte, toute dérogation par rapport à une référence idéale inscrite dans l'esprit du malade est considérée comme une agression. Or, sur ce plan, l'idéal n'existe pas. Il n'existe pas au Maroc, comme il n'existe nulle par ailleurs, ni aux Etats-Unis, ni en France, ni ailleurs dans le monde. Et c'est pour cette raison que les systèmes de santé sont dénoncés un peu partout dans le monde, toujours en équilibre précaire entre ce que peut dégager le système comme moyens et ce à quoi aspire la population.
Sur cette question en particulier, je voudrai apporter deux éclaircissement comme exemple :
• Lorsqu'un cadre médical est amené à examiner 30 ou 40b malades par jour, il est évident que sa disponibilité et son humeur s'altèrent au fil de la journée avec le stress et les malades venant en dernier ne reçoivent pas la même attention que ceux du début. Or, personne ne peut occulter le déficit que nous accusons en terme de cadres médicaux, ce qui a pour conséquence de créer une forte pression sur le personnel, avec l'opportunité pour certains de monnayer leurs services :
• Il n'existe aucun pays dans le monde ayant assez de ressources pour offrir gratuitement les médicaments à l'ensemble des malades, le Maroc encore moins que d'autres pays, compte tenu de sa conjoncture propre. C'est une vérité que rien ne peut changer, personne ne pouvant imaginer que l'Etat puisse acquérir les 5200 produits qu'offre l'éventail pharmaceutique 110nale et dans des propositions pouvant satisfaire à la demande de tous les citoyens. Or, quand un médecin de santé publique demande aux malades d'aller acquérir une ordonnance, bien vite tout le système est taxé à tort de défaillant. A ce propos, nous avons décidé de préciser la situation une bonne fois pour toute en procédant à la clarification suivante : au niveau des services des urgences, l'hôpital doit être en mesure de satisfaire tous les besoins et les moyens nécessaires seront mises à leur disposition pour que les malades qui se présentent à leur niveau soient pris en charge totalement. Les personnes démunies doivent en bénéficier gratuitement, tandis que celles qui disposent d'une couverture médicale ou de moyens doivent s'acquitter de leurs dus vis-à-vis du système dans un élan de solidarité 110nale. Par contre, pour tous les gestes appelés froids, parce que programmés dans le temps et où la notion d'urgence n'est pas présente, l'hôpital ne peut offrir que les médicaments de première nécessité, dont la liste est en cours de validation, tandis que les autres doivent être obligatoirement à la charge du patient. Là encore, le même système de solidarité 110nale sera formalisé.
Ceci dit, personne ne peut contester que les choses commencent à bouger dans le bon sens et que certaine amélioration est déjà perceptible au niveau des établissements hospitaliers.
Cela ne nous empêche pas de reconnaître que des problèmes existent au niveau de nos hôpitaux et je peux vous assurer que j'ai un tableau réel de la situation qui prévaut dans chaque établissement hospitalier du Royaume. Je suis parfaitement conscient des déficits sur ces questions et le ministère est fermement résolu à les combler ; comme je suis conscient des causes aussi bien objectives que subjectives qui les sous-tendent et une des lignes directrices de la politique que nous menons se fonde sur l'inflexion de ces causes.
On dit que votre département est parmi ceux qui ont bénéficié des plus forts budgets. Vrai ou faux?
Malheureusement, c'est bien faux et c'est ce qui justifie la couverture médicale généralisée. Dans l'ensemble, il y eut reconduction du budget précédent avec une coupure similaire aux autres départements au titre de la sécheresse. De plus, il faut savoir que ce budget qui reste déterminé par les aléas de l'économie 110nale est loin de correspondre aux normes établies par l'O.M.S. qui préconise un taux de 10% du budget général à réserver au secteur de la santé alors que notre pays ne peut pas dégager dans les conditions actuelles plus de 5%.
Rationalisation
Alors, comment comptez-vous faire pour réaliser vos objectifs?
En fait, il s'agit dans une première étape de rationaliser la consommation de ce budget et de s'assurer de sa consommation en terme de conversion physique, sachant que, même réduit autant qu'il est, le budget du ministère était consommé à hauteur de la moitié seulement.
C'est dans ce sens qu'il faut apprécier les efforts de réorganisation et de mobilisation que nous avons entamé et qui ont permis, par exemple, au ministère de procéder à l'achat de 4 machines IRM grâce aux efforts de rationalisation que nous avons pu consentir, cet achat n'ayant pas été projeté dans le budget de 2001.
Le médicament a bénéficié également d'une attention particulière et avec la même enveloppe, nous avons commandé substantiellement davantage que par le passé.
L'idée de la construction d'un nouveau CHU à Casablanca obéit aussi à la même règle, sachant que ce projet n'était pas inscrit dans le plan et donc n'avait pas de budget alloué. Ensuite, nous avons décidé de centrer nos efforts en mobilisant les ressources sur des priorités au lieu de les disperser inefficacement. Ainsi, il a été décidé d'axer le budget 2002 du ministère sur la mise à niveau du parc des équipements biomédicaux et des urgences. 250 millions de dirhams ont été réservés à cet objectif pour doter tous les hôpitaux régionaux de scanners et pour moderniser l'ensemble des blocs opératoires, des services de radiologie et des laboratoires d'analyse. Avec la motivation du personnel à laquelle le ministère accorde une attention particulière et constante, nous pouvons estimer que les conditions minimums sont réunies pour atteindre les objectifs assignés.
Ceci, sans parler de tous les autres dysfonctionnements en rapport avec l'absence de coordi110n des actions du ministère et de cohérence dans les démarches. Ainsi, un édifice dont la construction devait prendre deux ans par exemple, exigeait le double ou plus avant d'être terminé, avec pratiquement dans tous les cas des dépassements systématiques. Et, alors que l'édifice était terminé, ce n'était qu'alors qu'on se préoccupait de son équipement et de l'affectation des ressources humaines. C'est sur quoi nous travaillons également et dont les résultats commencent à apparaître.
Et où est la place des ressources humaines dans cette politique ?
Tout au long de cette année, un des axes centraux de notre action a été dirigé vers le personnel de la santé qui est le pilier de tout le système.
Pour ce faire, nous avons cherché , dans une première étape à le faire bénéficier de ces droits élémentaires en assainissant le déficit cumulé sur ce plan.
Ainsi, près de 20.000 fonctionnaires du ministère, soit pratiquement la moitié de l'ensemble du personnel, bénéficiera de la promotion, qu'elle soit exceptionnelle, normale ou par examen professionnel dont près de 3000 médecins et 14.000 infirmiers.
Dans le même élan, pratiquement tous les dossiers en suspens, ont été régularisés et une grande partie du personnel a reçu ses dus sous forme de rappels.
Nous avons également introduit la transparence dans la gestion des affectations, des mutations et même dans les désig110ns.
Nous avons aussi réactivité une série de mesures en faveur du personnel, comme la prise en charge médicale gratuite en cas de maladie, la défense de ses droits en cas d'agression … Sans parler bien entendu avec les mesures prises pour encourager la formation et la formation continue.
Cela dit, nous estimons que ce personnel a besoin d'autres droits équivalants aux efforts spécifiques qui lui sont réclamés et sur ce registre, le ministère est résolu à défendre les droits du personnel en lui accordant les indemnités nécessaires et naturelles en contrepartie des missions de gardes par exemple.
Les œuvres sociales constitue un axe sur lequel nous travaillons, en concertation avec les syndicats représentatifs , pour offrir à ce personnel des avantages sociaux pour lui-même et pour les membres de ses familles.
Cela dit, nous devons être conscients des problèmes que soulèvera, sur le moyen terme, la question de la disponibilité des ressources humaines, surtout les médecins spécialistes et les infirmiers.
A ce propos, je dois vous signaler, par exemple, qu'abstraction faite de l'énorme besoin actuel en infirmiers, la tendance nous conduira dans la prochaine décennie, à perdre près de 5000 infirmiers à cause de la retraite. C'est pour cela que nous avons décidé de rouvrir l'ensemble des instituts de formation des infirmiers et d'élargir le réseau en procédant à de nouvelles créations au cours de l'année 2002. Nous avons également décidé d'ouvrir davantage de postes pour la formation médicale spécialisée en accordant pour l'année 2002 le triple de ce qui existait auparavant. Maintenant, il faudra attendre au moins trois ans pour que les résultats de ces mesures puissent être apparents et que le système de santé puisse en bénéficier.
Conscience
Vous avez un droit de regard sur la médecine privée, M. le ministre. Et pourtant, elle semble ne devoir rendre compte à personne. Entre autres faits, en ce qui a trait à un accroissement permanent de ses prix et une baisse continue de ses services. Le ministère a-t-il conscience de ce phénomène ?
Bien entendu, nous en avons conscience, d'autant plus qu'avec le gouvernement actuel, pour la première fois , le ministère de la santé n'est plus dédié exclusivement au service public. Il s'agit donc d'une nouveauté qui nécessite une adaptation institutionnelle et organisationnelle qui s'intéresse à la fois aux mesures d'incitation dont est tributaire ce segment et aux règles à édicter et à respecter en terme de rapports avec le patient et de délivrance de soins. C'est sur quoi le ministère travaille actuellement et le premier texte de loi instituant les inspections des cliniques privées a été promulgué au cours de l'année 2001.
Par contre, pour ce qui est des tarifs pratiqués, je vous concède l'anarchie qui existe dans le domaine.
Or, il s' agit là d'un problème complexe parce que reposant sur un équilibre très précaire où les intervenants, et donc les interactions, sont nombreux. Ainsi, par exemple, toute variation des tarifs officiels aura immanquablement des conséquences importantes sur les mutuelles et donc sur les cotisations des salariés et des entreprises et ainsi de suite. Donc, il s'agit d'un problème qui doit être traité selon une approche globale et plurielle. C'est pour cela que nous pensons que la Charte 110nale de la santé et l'avènement de l'assurance maladie obligatoire seront deux opportunités pour réformer tout ce pan de la médecine privée.
10. De nombreux cadres et experts en matière de médecine et de santé, ont émigré à l'étranger sous de nombreux prétextes. En particulier, le secteur public n'embauche pas tandis que la médecine privée est devenue si capitalistique qu'elle ne fait plus place à l'art et à la compétence. Comment réconcilier la médecine avec l'humain ?
vous posez là une question de fond dans la mesure où en effet nos cadres médicaux pour lesquels l'Etat a consenti d'énormes efforts sont alléchés par des propositions émanant de l'étranger avec lesquelles nous ne pouvons pas rivaliser.
Ce phénomène dont la cause est à rechercher dans la démotivation des étudiants de ces pays à faire des études aussi longues pour une profession si harassante, nous interpelle à plus d'un titre et il fera l'objet également d'un débat lors de la discussion de la Charte 110nale de la santé pour tenter de lui trouver une parade efficace.
La réunion de l'OMC à Doha a ouvert de nouvelles perspectives devant la fabrication des génériques par les pays en développement. Quel impact sur l'industrie pharmaceutique au Maroc ?
De par le monde, l'industrie pharmaceutique fait l'objet d'une grande mue sous-tendue à la fois par les effets de la mondialisation et de la tombée d'un certain nombre de médicaments dans le domaine public et par les débats suscité autour de la place du médicament en tant que produit manufacturé et en tant que produit de nécessité ne pouvant faire l'objet de rétorsion de quelque nature qu'elle soit.
Dans ce contexte, le Maroc qui dispose d'une industrie pharmaceutique assez dynamique ne peut rester bien entendu en dehors de ces développements même si nous avons enregistré un certain retard dans la définition d'une véritable politique du médicament.
De ce point de vue, les génériques sont encouragés et le marché marocain dispose d'un éventail assez large de produits médicamenteux de prix diversifiés. Cependant, nous estimons qu'il y a des efforts à faire au niveau des prix des médicaments et des sources non encore exploitées par notre industrie pour mettre sur le marché des produits encore plus compétitifs. C'est une voie que nous encourageons et des initiatives sont déjà entreprises par certains laboratoires pour diversifier leurs sources d'approvisionnement.
Toutefois, ces exercices ne nous exemptent pas d'une véritable remise en cause des acquis dans le domaine pour inscrire notre industrie pharmaceutique dans l'élan mondial en lui accordant les encouragements nécessaires tout en l'assujettissant aux principes fondamentaux qu'elle doit nécessairement respecter et qui sont la disponibilité du médicament, son accessibilité et sa qualité.
Cela fait partie également des voies de réflexion que nous engageons dans le cadre de la préparation de la Charte.
Des ruptures de stocks répétitives font que les gens se demandent si, comme l'affirment ceux qui font métier de la fabrication des médicaments, cette industrie satisfait bien 80 % des besoins domestiques. Quels besoins, M. le ministre, quand on sait que les médicaments qui comptent sont pratiquement introuvables et que le même médicament est présenté sous différentes étiquettes ?
De manière générale, les ruptures de stocks sont admises à l'échelle mondiale dans une proposition de 5 %. Toutefois, je dois concéder que certaines ruptures enregistrées ne sont guère justifiées si ce n'est pour des raisons purement commerciales qui ne peuvent en aucun cas être acceptées.
Sur ce plan, nous avons mis en évidence un certain laxisme de la part de l'administration, laxisme qui se justifie par l'appréhension d'accentuer encore davantage de tels phénomènes si l'administration recourait à son droit cœrcitif vis-à-vis des laboratoires fautifs, en procédant au retrait d'autres produits de grande consommation pour obliger le laboratoire à se soumettre aux règles d'approvisionnement du marché pour l'ensemble des médicaments qu'il produit.
Dans ce sens, un arrêté réglementaire va être publié incessamment pour définir les stocks de sécurité et des instructions claires ont été données aux services compétents du ministère pour s'assurer de la disponibilité des médicaments qui est un principe de base du secteur et sanctionner selon les règlements toute rupture injustifiée et pour procéder, en parallèle, à l'assainissement de toutes les autorisations de mise sur le marché qui n'ont pas été honorées par la fourniture sur le marché des médicaments y afférents.
Par la même occasion, et pour contourner la non- dénonciation par les professionnels des ruptures enregistrées, nous avons décidé de mettre en place un Observatoire 110nal qui aura pour rôle d'aviser de toute rupture et permettra en conséquence de prendre les dispositions nécessaires.
Changement
On a procédé dernièrement au changement de plusieurs fournisseurs de vaccins, ce qui a engendré un certain nombre de dysfonctionnements dans les pharmacies. N'y a-t-il pas là quelque chose qu'on pouvait éviter ?
S'il y eut changement de fournisseurs, c'est pour contourner le diktat de certains qui voulaient imposer une augmentation de prix que nous considérons injustifiée. De la sorte, nous avons pu disposer par exemple du sérum antitétanique encore moins cher qu'auparavant.
Ceci dit, la question des ruptures en vaccins observées à un certain moment est plus à relier à la situation financière de l'Institut Pasteur et à la décision prise à un certain moment de lui retirer les activités commerciales, dont celle d'approvisionner le marché 110nal en vaccins, sans avoir préparé d'alternative.
Comment concilier entre le retour au social et le désengagement de l'Etat dans le domaine de la santé ?
Il n'y a nul désengagement de l'Etat. La dernière tournée de Sa Majesté le Roi dans les proivinces du Centre et du Sud a été chargée de symboles qui soulignent l'importance du secteur de la santé dans la mise à niveau sociale sur laquelle se fonde le projet de société du Souverain.
De la même manière, la présentation par le gouvernement du projet de code instituant l'Assurance maladie obligatoire, après près de 15 ans d'hésitations et d'atermoiements, est un signal fort de la place qu'occupe la santé dans la politique sociale de l'exécutif.
Il s'agit d'un texte fondamental qui constitue en fait un code instituant l'Assurance maladie obligatoire et qui donc définit la nature du système que nous voulons mettre en place pour que l'ensemble de la population puisse bénéficier à terme d'une couverture médicale généralisée. Il se décline en deux volets : un premier relatif aux régimes d'assurance maladie qui s'adresse à toutes les personnes actives disposant d'un revenu c'est-à-dire les salariés du secteur privé, les professions libérales, les producteurs, etc., et un second dédié aux personnes que le texte qualifie d'économiquement démunies et qui se verront allouer un régime spécial pris en charge par l'Etat. Grâce à cet exercice, nous pouvons estimer que le Maroc est un des rares pays à avoir réussi à insérer au niveau de ses textes de couverture médicale les deux principes moraux que sont la participation et la solidarité.
Ceci dit, ce projet de texte constitue la clé de voûte de la réforme hospitalière. Comme vous le savez, une réforme de cette nature est intimement subordonnée à la résolution de la question du financement du système de santé. Actuellement, seuls 16% de la population dispose de la couverture médicale, ce qui a pour principale conséquence pour le système public, par exemple, de supporter sur le budget du ministère les soins de santé de la population démunie au moment même où les comptes 110naux de santé ont montré que les ménages supportent déjà plus de 50% des frais de santé.
C'est dans ce cadre qu'il faut apprécier les mesures prises par le ministère pour engager cette réforme sur laquelle repose l'avenir de la santé au Maroc.
Progression
Quelles formes prendra cette couverture médicale ?
Pour la première catégorie, chaque segment socioprofessionnel aura à négocier son propre régime, le code de l'assurance maladie définissant les conditions générales devant encadrer ces régimes. Pour les économiquement démunis, une carte sera délivrée en fonction de critères bien précis qui donnera à son porteur le droit d'accès aux soins, gratuitement, une agence publique instituée à cet effet prenant en charge les frais médicaux.
C'est donc un système qui se mettra en place de manière progressive et qui donnera lieu, au bout, à une couverture médicale généralisée à l'ensemble de la population.
Quelles retombées attendez-vous de cette couverture médicale ?
Je ne me hasarderai pas à dire que ce sera la solution à tous les problèmes.
Mais c'est pratiquement le déclic et le moyen qui permettra au Maroc de remédier aux défaillances et aux déficits du système actuel et de mettre en place un système de meilleure performance en accordant le droit à tous les Marocains d'accéder aux soins que la collectivité leur doit.
Par ce texte également, nous serons plus en mesure d'appréhender des maladies telles que l'insuffisance rénale, l'hépatite, les maladies cardio-vasculaires et j'en passe dont les traitements sont aujourd'hui inaccessibles à beaucoup en raison de leurs coûts prohibitifs.
Bref, c'est pratiquement grâce à un tel instrument que notre pays pourra à la fois engager sa réforme hospitalière et négocier en bonne posture la transition épidémiologique induite par l'évolution de la société vers la modernisation et l'urbanisation.
Votre ministère vient de boucler une nouvelle campagne de vacci110n. Quel bilan faites-vous de cette opération ?
La campagne de cette année n'a pas dérogé à la règle habituelle et les performances enregistrée ont été encore une fois très satisfaisantes. Ceci dit, la vacci110n contre les maladies infectieuses est aujourd'hui une réalité de la situation sanitaire au Maroc et se déroule de manière continue tout au long de l'année. Et c'est grâce à cet effort que notre pays a engagé depuis 1987, et qui bénéficié de l'engagement personnel de Son Altesse Royale la Princesse Lalla Meriem, que nous n'avons plus enregistré de cas de poliomyélite depuis une dizaine d'années maintenant, permettant au Maroc de décrocher la reconnaissance de l'Organisation mondiale de la santé qui a approuvé, au mois de novembre passé, le rapport 110nal pour la certification de l'éradication de la poliomyélite. Donc, nous pouvons considérer que la poliomyélite a pratiquement disparu de notre pays, même si le certificat de son éradication est subordonné aux efforts accomplis par les autres pays de la région, l'OMS attribuant ce certificat aux régions plutôt qu'aux pays. Ce qu'il y a lieu de noter, cependant, c'est l'élargissement de cette campagne à d'autres maladies cibles, telles que le tétanos ou l'hépatite B, ce qui permet à notre pays de réaliser de nouvelles performances dans sa lutte contre certaines maladies et d'assurer un avenir exempt de telles maladies pour la population marocaine. Comme il y a lieu de souligner que dès cette année, nous avons adjoint à cette campagne une opération de grande envergure d'enrichissement de certains aliments en micro-nutriments tels que le fer et la vitamine A dans le cadre de la lutte contre les carences en ces éléments.
Si la médecine préventive se porte bien, comme l'attestent d'ailleurs les observations de différents organismes inter110naux, celle dite curative n'est certainement pas au mieux de sa forme. Des média ont rapporté un certain nombre de faits troublants concernant le CHU Ibn Rochd, tandis qu'on a parlé de fermetures à l'hôpital Hassan II d'Agadir. Des exemples tout au plus d'une situation que les gens ne s'expliquent pas. Qu'est-ce qui se passe. Où va la médecine publique au Maroc ?
Jusqu'à un certain degré, vous avez raison de porter un constat critique à l'égard de la situation qui prévaut dans nos hôpitaux publics et je suis le premier à reconnaître que si des améliorations sont perceptibles, la vitesse et l'intensité des changements ne sont pas encore au niveau souhaité. Toutefois, il y a lieu de relativiser certaines affirmations exagérées et infondées que la presse, de par sa nature, a tendance à amplifie démesurément, faisant abstraction des efforts consentis et dont les résultats sont visibles pour celui qui veut bien les voir. L'hôpital Ibn Sina illustre parfaitement cette tendance et la situation actuelle est en rupture complète avec la situation précédente. Il en est de même de l'hôpital de, celui de Meknès, d'Oujda, de Taza, de Taroudant et j'en passe.
Comme vous le relevez dans votre question, comment peut-on s'expliquer la réussite de notre politique de prévention et les défaillances collées à la peau de notre système hospitalier alors qu'il s'agit en fait du même personnel et des mêmes structures qui agissent sur les deux niveaux.
Tout d'abord, il faut à l'esprit que, s'agissant de la prévention, l'action du ministère est dynamique, dans ce sens qu'elle va à la rencontre des citoyens qui sont bien portants et donc sereins face à l'acte médical. Sur ce chapitre également, l'action du ministère est globale, l'Etat marocain ayant décidé d'accorder à cette politique les moyens de ses actions, que ce soit en terme de médicaments ou de dispositifs d'appui et d'accompagnement, planifiée dans le temps et l'espace et programmée aujourd'hui d'avoir pratiquement éradiqué toutes les maladies cibles et de bénéficier comme vous le dites de la qualification des organisation internationales.
Par contre, lorsqu'elle s'adresse au système hospitalier, la personne malade est dans un état de stress qui lui font apprécier différemment l'action du système. Dans ce contexte, toute dérogation par rapport à une référence idéale inscrite dans l'esprit du malade est considérée comme une agression. Or, sur ce plan, l'idéal n'existe pas. Il n'existe pas au Maroc, comme il n'existe nulle par ailleurs, ni aux Etats-Unis, ni en France, ni ailleurs dans le monde. Et c'est pour cette raison que les systèmes de santé sont dénoncés un peu partout dans le monde, toujours en équilibre précaire entre ce que peut dégager le système comme moyens et ce à quoi aspire la population.
Sur cette question en particulier, je voudrai apporter deux éclaircissement comme exemple :
• Lorsqu'un cadre médical est amené à examiner 30 ou 40b malades par jour, il est évident que sa disponibilité et son humeur s'altèrent au fil de la journée avec le stress et les malades venant en dernier ne reçoivent pas la même attention que ceux du début. Or, personne ne peut occulter le déficit que nous accusons en terme de cadres médicaux, ce qui a pour conséquence de créer une forte pression sur le personnel, avec l'opportunité pour certains de monnayer leurs services :
• Il n'existe aucun pays dans le monde ayant assez de ressources pour offrir gratuitement les médicaments à l'ensemble des malades, le Maroc encore moins que d'autres pays, compte tenu de sa conjoncture propre. C'est une vérité que rien ne peut changer, personne ne pouvant imaginer que l'Etat puisse acquérir les 5200 produits qu'offre l'éventail pharmaceutique 110nale et dans des propositions pouvant satisfaire à la demande de tous les citoyens. Or, quand un médecin de santé publique demande aux malades d'aller acquérir une ordonnance, bien vite tout le système est taxé à tort de défaillant. A ce propos, nous avons décidé de préciser la situation une bonne fois pour toute en procédant à la clarification suivante : au niveau des services des urgences, l'hôpital doit être en mesure de satisfaire tous les besoins et les moyens nécessaires seront mises à leur disposition pour que les malades qui se présentent à leur niveau soient pris en charge totalement. Les personnes démunies doivent en bénéficier gratuitement, tandis que celles qui disposent d'une couverture médicale ou de moyens doivent s'acquitter de leurs dus vis-à-vis du système dans un élan de solidarité 110nale. Par contre, pour tous les gestes appelés froids, parce que programmés dans le temps et où la notion d'urgence n'est pas présente, l'hôpital ne peut offrir que les médicaments de première nécessité, dont la liste est en cours de validation, tandis que les autres doivent être obligatoirement à la charge du patient. Là encore, le même système de solidarité 110nale sera formalisé.
Ceci dit, personne ne peut contester que les choses commencent à bouger dans le bon sens et que certaine amélioration est déjà perceptible au niveau des établissements hospitaliers.
Cela ne nous empêche pas de reconnaître que des problèmes existent au niveau de nos hôpitaux et je peux vous assurer que j'ai un tableau réel de la situation qui prévaut dans chaque établissement hospitalier du Royaume. Je suis parfaitement conscient des déficits sur ces questions et le ministère est fermement résolu à les combler ; comme je suis conscient des causes aussi bien objectives que subjectives qui les sous-tendent et une des lignes directrices de la politique que nous menons se fonde sur l'inflexion de ces causes.
On dit que votre département est parmi ceux qui ont bénéficié des plus forts budgets. Vrai ou faux?
Malheureusement, c'est bien faux et c'est ce qui justifie la couverture médicale généralisée. Dans l'ensemble, il y eut reconduction du budget précédent avec une coupure similaire aux autres départements au titre de la sécheresse. De plus, il faut savoir que ce budget qui reste déterminé par les aléas de l'économie 110nale est loin de correspondre aux normes établies par l'O.M.S. qui préconise un taux de 10% du budget général à réserver au secteur de la santé alors que notre pays ne peut pas dégager dans les conditions actuelles plus de 5%.
Rationalisation
Alors, comment comptez-vous faire pour réaliser vos objectifs?
En fait, il s'agit dans une première étape de rationaliser la consommation de ce budget et de s'assurer de sa consommation en terme de conversion physique, sachant que, même réduit autant qu'il est, le budget du ministère était consommé à hauteur de la moitié seulement.
C'est dans ce sens qu'il faut apprécier les efforts de réorganisation et de mobilisation que nous avons entamé et qui ont permis, par exemple, au ministère de procéder à l'achat de 4 machines IRM grâce aux efforts de rationalisation que nous avons pu consentir, cet achat n'ayant pas été projeté dans le budget de 2001.
Le médicament a bénéficié également d'une attention particulière et avec la même enveloppe, nous avons commandé substantiellement davantage que par le passé.
L'idée de la construction d'un nouveau CHU à Casablanca obéit aussi à la même règle, sachant que ce projet n'était pas inscrit dans le plan et donc n'avait pas de budget alloué. Ensuite, nous avons décidé de centrer nos efforts en mobilisant les ressources sur des priorités au lieu de les disperser inefficacement. Ainsi, il a été décidé d'axer le budget 2002 du ministère sur la mise à niveau du parc des équipements biomédicaux et des urgences. 250 millions de dirhams ont été réservés à cet objectif pour doter tous les hôpitaux régionaux de scanners et pour moderniser l'ensemble des blocs opératoires, des services de radiologie et des laboratoires d'analyse. Avec la motivation du personnel à laquelle le ministère accorde une attention particulière et constante, nous pouvons estimer que les conditions minimums sont réunies pour atteindre les objectifs assignés.
Ceci, sans parler de tous les autres dysfonctionnements en rapport avec l'absence de coordi110n des actions du ministère et de cohérence dans les démarches. Ainsi, un édifice dont la construction devait prendre deux ans par exemple, exigeait le double ou plus avant d'être terminé, avec pratiquement dans tous les cas des dépassements systématiques. Et, alors que l'édifice était terminé, ce n'était qu'alors qu'on se préoccupait de son équipement et de l'affectation des ressources humaines. C'est sur quoi nous travaillons également et dont les résultats commencent à apparaître.
Et où est la place des ressources humaines dans cette politique ?
Tout au long de cette année, un des axes centraux de notre action a été dirigé vers le personnel de la santé qui est le pilier de tout le système.
Pour ce faire, nous avons cherché , dans une première étape à le faire bénéficier de ces droits élémentaires en assainissant le déficit cumulé sur ce plan.
Ainsi, près de 20.000 fonctionnaires du ministère, soit pratiquement la moitié de l'ensemble du personnel, bénéficiera de la promotion, qu'elle soit exceptionnelle, normale ou par examen professionnel dont près de 3000 médecins et 14.000 infirmiers.
Dans le même élan, pratiquement tous les dossiers en suspens, ont été régularisés et une grande partie du personnel a reçu ses dus sous forme de rappels.
Nous avons également introduit la transparence dans la gestion des affectations, des mutations et même dans les désig110ns.
Nous avons aussi réactivité une série de mesures en faveur du personnel, comme la prise en charge médicale gratuite en cas de maladie, la défense de ses droits en cas d'agression … Sans parler bien entendu avec les mesures prises pour encourager la formation et la formation continue.
Cela dit, nous estimons que ce personnel a besoin d'autres droits équivalants aux efforts spécifiques qui lui sont réclamés et sur ce registre, le ministère est résolu à défendre les droits du personnel en lui accordant les indemnités nécessaires et naturelles en contrepartie des missions de gardes par exemple.
Les œuvres sociales constitue un axe sur lequel nous travaillons, en concertation avec les syndicats représentatifs , pour offrir à ce personnel des avantages sociaux pour lui-même et pour les membres de ses familles.
Cela dit, nous devons être conscients des problèmes que soulèvera, sur le moyen terme, la question de la disponibilité des ressources humaines, surtout les médecins spécialistes et les infirmiers.
A ce propos, je dois vous signaler, par exemple, qu'abstraction faite de l'énorme besoin actuel en infirmiers, la tendance nous conduira dans la prochaine décennie, à perdre près de 5000 infirmiers à cause de la retraite. C'est pour cela que nous avons décidé de rouvrir l'ensemble des instituts de formation des infirmiers et d'élargir le réseau en procédant à de nouvelles créations au cours de l'année 2002. Nous avons également décidé d'ouvrir davantage de postes pour la formation médicale spécialisée en accordant pour l'année 2002 le triple de ce qui existait auparavant. Maintenant, il faudra attendre au moins trois ans pour que les résultats de ces mesures puissent être apparents et que le système de santé puisse en bénéficier.
Conscience
Vous avez un droit de regard sur la médecine privée, M. le ministre. Et pourtant, elle semble ne devoir rendre compte à personne. Entre autres faits, en ce qui a trait à un accroissement permanent de ses prix et une baisse continue de ses services. Le ministère a-t-il conscience de ce phénomène ?
Bien entendu, nous en avons conscience, d'autant plus qu'avec le gouvernement actuel, pour la première fois , le ministère de la santé n'est plus dédié exclusivement au service public. Il s'agit donc d'une nouveauté qui nécessite une adaptation institutionnelle et organisationnelle qui s'intéresse à la fois aux mesures d'incitation dont est tributaire ce segment et aux règles à édicter et à respecter en terme de rapports avec le patient et de délivrance de soins. C'est sur quoi le ministère travaille actuellement et le premier texte de loi instituant les inspections des cliniques privées a été promulgué au cours de l'année 2001.
Par contre, pour ce qui est des tarifs pratiqués, je vous concède l'anarchie qui existe dans le domaine.
Or, il s' agit là d'un problème complexe parce que reposant sur un équilibre très précaire où les intervenants, et donc les interactions, sont nombreux. Ainsi, par exemple, toute variation des tarifs officiels aura immanquablement des conséquences importantes sur les mutuelles et donc sur les cotisations des salariés et des entreprises et ainsi de suite. Donc, il s'agit d'un problème qui doit être traité selon une approche globale et plurielle. C'est pour cela que nous pensons que la Charte 110nale de la santé et l'avènement de l'assurance maladie obligatoire seront deux opportunités pour réformer tout ce pan de la médecine privée.
10. De nombreux cadres et experts en matière de médecine et de santé, ont émigré à l'étranger sous de nombreux prétextes. En particulier, le secteur public n'embauche pas tandis que la médecine privée est devenue si capitalistique qu'elle ne fait plus place à l'art et à la compétence. Comment réconcilier la médecine avec l'humain ?
vous posez là une question de fond dans la mesure où en effet nos cadres médicaux pour lesquels l'Etat a consenti d'énormes efforts sont alléchés par des propositions émanant de l'étranger avec lesquelles nous ne pouvons pas rivaliser.
Ce phénomène dont la cause est à rechercher dans la démotivation des étudiants de ces pays à faire des études aussi longues pour une profession si harassante, nous interpelle à plus d'un titre et il fera l'objet également d'un débat lors de la discussion de la Charte 110nale de la santé pour tenter de lui trouver une parade efficace.
La réunion de l'OMC à Doha a ouvert de nouvelles perspectives devant la fabrication des génériques par les pays en développement. Quel impact sur l'industrie pharmaceutique au Maroc ?
De par le monde, l'industrie pharmaceutique fait l'objet d'une grande mue sous-tendue à la fois par les effets de la mondialisation et de la tombée d'un certain nombre de médicaments dans le domaine public et par les débats suscité autour de la place du médicament en tant que produit manufacturé et en tant que produit de nécessité ne pouvant faire l'objet de rétorsion de quelque nature qu'elle soit.
Dans ce contexte, le Maroc qui dispose d'une industrie pharmaceutique assez dynamique ne peut rester bien entendu en dehors de ces développements même si nous avons enregistré un certain retard dans la définition d'une véritable politique du médicament.
De ce point de vue, les génériques sont encouragés et le marché marocain dispose d'un éventail assez large de produits médicamenteux de prix diversifiés. Cependant, nous estimons qu'il y a des efforts à faire au niveau des prix des médicaments et des sources non encore exploitées par notre industrie pour mettre sur le marché des produits encore plus compétitifs. C'est une voie que nous encourageons et des initiatives sont déjà entreprises par certains laboratoires pour diversifier leurs sources d'approvisionnement.
Toutefois, ces exercices ne nous exemptent pas d'une véritable remise en cause des acquis dans le domaine pour inscrire notre industrie pharmaceutique dans l'élan mondial en lui accordant les encouragements nécessaires tout en l'assujettissant aux principes fondamentaux qu'elle doit nécessairement respecter et qui sont la disponibilité du médicament, son accessibilité et sa qualité.
Cela fait partie également des voies de réflexion que nous engageons dans le cadre de la préparation de la Charte.
Des ruptures de stocks répétitives font que les gens se demandent si, comme l'affirment ceux qui font métier de la fabrication des médicaments, cette industrie satisfait bien 80 % des besoins domestiques. Quels besoins, M. le ministre, quand on sait que les médicaments qui comptent sont pratiquement introuvables et que le même médicament est présenté sous différentes étiquettes ?
De manière générale, les ruptures de stocks sont admises à l'échelle mondiale dans une proposition de 5 %. Toutefois, je dois concéder que certaines ruptures enregistrées ne sont guère justifiées si ce n'est pour des raisons purement commerciales qui ne peuvent en aucun cas être acceptées.
Sur ce plan, nous avons mis en évidence un certain laxisme de la part de l'administration, laxisme qui se justifie par l'appréhension d'accentuer encore davantage de tels phénomènes si l'administration recourait à son droit cœrcitif vis-à-vis des laboratoires fautifs, en procédant au retrait d'autres produits de grande consommation pour obliger le laboratoire à se soumettre aux règles d'approvisionnement du marché pour l'ensemble des médicaments qu'il produit.
Dans ce sens, un arrêté réglementaire va être publié incessamment pour définir les stocks de sécurité et des instructions claires ont été données aux services compétents du ministère pour s'assurer de la disponibilité des médicaments qui est un principe de base du secteur et sanctionner selon les règlements toute rupture injustifiée et pour procéder, en parallèle, à l'assainissement de toutes les autorisations de mise sur le marché qui n'ont pas été honorées par la fourniture sur le marché des médicaments y afférents.
Par la même occasion, et pour contourner la non- dénonciation par les professionnels des ruptures enregistrées, nous avons décidé de mettre en place un Observatoire 110nal qui aura pour rôle d'aviser de toute rupture et permettra en conséquence de prendre les dispositions nécessaires.
Changement
On a procédé dernièrement au changement de plusieurs fournisseurs de vaccins, ce qui a engendré un certain nombre de dysfonctionnements dans les pharmacies. N'y a-t-il pas là quelque chose qu'on pouvait éviter ?
S'il y eut changement de fournisseurs, c'est pour contourner le diktat de certains qui voulaient imposer une augmentation de prix que nous considérons injustifiée. De la sorte, nous avons pu disposer par exemple du sérum antitétanique encore moins cher qu'auparavant.
Ceci dit, la question des ruptures en vaccins observées à un certain moment est plus à relier à la situation financière de l'Institut Pasteur et à la décision prise à un certain moment de lui retirer les activités commerciales, dont celle d'approvisionner le marché 110nal en vaccins, sans avoir préparé d'alternative.
Comment concilier entre le retour au social et le désengagement de l'Etat dans le domaine de la santé ?
Il n'y a nul désengagement de l'Etat. La dernière tournée de Sa Majesté le Roi dans les proivinces du Centre et du Sud a été chargée de symboles qui soulignent l'importance du secteur de la santé dans la mise à niveau sociale sur laquelle se fonde le projet de société du Souverain.
De la même manière, la présentation par le gouvernement du projet de code instituant l'Assurance maladie obligatoire, après près de 15 ans d'hésitations et d'atermoiements, est un signal fort de la place qu'occupe la santé dans la politique sociale de l'exécutif.
