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Vendredi 03 Avril 2026
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Les mathématiques, levier de relance du tourisme national

Abdeljabbar Khiati est maître de conférence à l'INSEA à Paris et conseiller du ministre français de l'Equipement. Titulaire d'un Master en statistiques et informatique à l'Ecole nationale d'administration , école d'application de polytechnique, il est éga

Les mathématiques, levier de relance du tourisme national
A bâtons rompus, il répond à nos questions.
Le Matin du Sahara : Quel est votre cursus universitaire ?
Abdeljabbar Khiati : «Je suis ingénieur statisticien et économiste diplômé de l'Ecole nationale de la statistique à l'Administration économique qui est une école d'application de l'Ecole polytechnique. On y accède bien sûr avec Math sup. et Math spé. et concours. Ma thèse a porté sur la mobilisation mathématique de la consommation de l'électricité sous l'approche du contrôle optimal et des scellés temporaires.
En allumant l'électricité à la maison, on ne sait pas en amont si elle provient du nucléaire, du pétrole, de l'énergie éolienne ou de la biomasse, c'est-à-dire de ressources renouvelables ou non renouvelables. On a des méthodes mathématiques, calculs de variation et contrôle optimal qui permettent d'optimiser le flux d'extraction de telle ou telle énergie selon la conjoncture internationale. Le nucléaire est un cas particulier, l'hydroélectricité et l'éolienne sont renouvelables. Il faut produire ce bien économique qui n'est pas stockable et voir quel secteur économique il peut alimenter.La consommation varie selon les agents économiques, selon les ménages ou les entités professionnelles. Pour les ménages, par exemple, l'utilisation de l'électricité selon le jour ou la nuit, l'hiver ou l'été diffère. Cela a été l'objet de ma thèse avec en filigrane une question de fond: «Quels tarifs faut-il appliquer afin d'optimiser les coûts de revient et les besoins de chaque agent. On a ce que l'on appelle la vérification au coût marginal. Ce sont les tendances logarithmiques qui font que plus l'on consomme et moins l'on paye. C'est la théorie de Marcel Boiteux, un économiste d' Electricité de France et au Commissariat à l'énergie atomique. Mon travail scientifique a nourri toute une série de documentations académiques sur l'utilisation et la consommation de l'électricité en france qui produit et exporte de l'électricité. Il faut savoir que la France ne dispose pas de ressources renouvelables, ce qui nous renseigne sur la valeur ajoutée du nucléaire qui est fondamentale.
En général, les modélisateurs travaillent dans le secteur des finances, vous avez choisi un autre secteur, celui du tourisme. Pourquoi ?
Effectivement, ils choisissent le secteur des finances vu la fluctuabilité des capitaux. C'est le cas aussi du tourisme qui est la tenue fertile de la modélisation des données. Je veille sur l'aspect méthodologique et conceptionnel des données afin de mettre de l'intelligence dans tous les chiffres qui sortent à la direction de tourisme.
Exemple de cette mise en intelligence des chiffres?
Comment tailler de manière optimale un échantillon représentatif de la population française en tenant compte des revenus et des spécificités régionales. On adresse des questions à un échantillon selon une certaine périodicité. Le profil des panélistes est bien sûr prédéterminé.
Pourquoi avoir choisi le tourisme ?
Le Maroc est une matrice dotée d'une richesse extraordinaire : on a un littoral très riche, un segment montagneux insuffisamment exploité, le désert… qui donne des possibilités d'extrêmes diversités aux touristes. Le tourisme au Maroc, c'est un secteur fertile qu'il faut creuser, travailler. Il faut des scénarios de politiques pour donner au secteur le poids qu'il mérite. Au niveau des hydrocarbures, il y a peu de ressources au Maroc, mais au niveau du climat, de la sympathie des hôtes, il y a un grand potentiel de richesses à exploiter pour fidéliser les clientèles. Dans certains pays et cela pourra être le cas du Maroc, si la bonne stratégie est mise en place, je pense aux Bahamas, le tourisme pèse 50 % du PIB. Le tourisme est l'activité économique qui génère le plus d'excédent… au niveau de la balance des paiements. Cette année, en France, on atteint l'équivalent de 100 milliards de FF qui correspondent aux recettes de non-résidents moins les dépenses effectuées par les Français dans le reste du monde. On a reçu 220 milliards de F, 110 milliards de F ont été dépensés… J'ai du reste inventé un modèle pour rendre hommage aux géographes qui ont contribué massivement à la connaissance de l'économie du tourisme qui, au départ, était le parent pauvre de l'économie. Le géographe utilisait la boussole pour explorer les terres vierges. Les Français dépensent par exemple le plus aux Etats-Unis, en Espagne, en Italie. Au niveau des recettes, la France, première destination touristique au monde qui a reçu 76 millions de touristes en 2000, a reçu en premier rang les Américains qui ont dépensé 5,69 milliards d'euros suivis par les Britanniques. Ces dépenses dépassent les recettes. Pour l'année 2001, les Français ont dépensé au Maroc 0,14 milliard d'euros… en Tunisie, ils ont dépensé 0,09, en Espagne 0,28… J'ai établi cette boussole qui montre que pour l'économie du tourisme, le soleil se lève à l'ouest. Les Etats-Unis ramènent le maximum de devises suivis de la Grande-Bretagne, les Pays-Bas, l'Allemagne, la Suisse, l'Italie. Le Maroc n'a jamais autant donné d'importance au secteur du tourisme. Le Maroc reçoit en premier lieu les touristes français. 40 % des recettes dans la balance des paiements proviennent des touristes français. Il faut donc connaître leurs profils, leurs besoins, ce qu'ils consomment, d'où ils viennent afin de cibler les campagnes publicitaires. 26 % des Français qui viennent au Maroc viennent d'Ile de France… ce qui représente près de 260.000 touristes ou 1 million 300 mille touristes français. Ces études donnent de la visibilité qui permettent de peaufiner les stratégies et les politiques touristiques. Au niveau des intermédiations pour la réservation des séjours, il faut savoir que 80 % des touristes français réservent dans les TO… pour 0,3 % à peine à l'Office du tourisme. Il faut dès lors réfléchir à une nouvelle stratégie de développement de l'Office du tourisme à Paris afin qu'il multiplie ses efforts en matière de promotion.
J'ai réalisé une série d'études sur le profil des touristes français au Maroc, leurs demandes et attentes dans un pays atypique, très diversifié, très riche qui, de Tanger à Lagouira, offre mille et un visages.
Toutes ces études permettent-elles une anticipation ?
Il y a une différence entre prédire et prévoir. Toute politique doit mettre l'accent sur l'évaluation de certains indicateurs sur un moyen terme. Il faut développer l'information en amont pour améliorer les flux en tenant cependant compte des aléas de la conjoncture internationale. Un analyste canadien nous disait qu'il pouvait calculer les coordonnées polaires de n'importe quel objet céleste dans mille ans et à minuit mais, souligne-t-il, il ne peut rien dire sur le comportement de sa fille de vingt ans. Vous êtes de Figuig. Y a-t-il d'autres Figuiguiens de votre compétence qui exercent en France ?
Il y en a beaucoup qui ont quitté Figuig mais maintiennent des liens très forts avec leur lieu de naissance. Je connais des polytechniciens en France qui viennent de Figuig comme Jamal Cheikhi Jamal qui est professeur agrégé, docteur d'Etat en mathématiques .Il dirige les thèses à Ivry dans le domaine des mathématiques pures; Noussaïr Slimane qui a fait une thèse en doctorat d'ingénieur en mathématiques appliquées qui est un cadre de renommée internationale, enseignant à l'Ecole polytechnique de Montréal. Il y a Zerhouni Abdelaziz qui est directeur et chercheur chez Matra sur le segment de transmissions de fusées… Bien sûr, il y a en a d'autres, très liés à leur pays d'origine. Personnellement, j'assiste à plusieurs séminaires et colloques des écoles, et institutions qui me font appel.J'estime que c'est la contrepartie d'un bonheur, d'une satisfaction psychologique. En 1993 j'ai animé un séminaire à Figuig sur l'investissement des mathématiques, des statistiques et de l'informatique dans le domaine économique. C'était la frontière de la recherche, dans une région frontalière qui m'est très chère au cœur.
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