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Lundi 18 Mai 2026
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«Ma poésie est un combat» lance la poète Ansaf Ouazzani

Derrière sa silhouette mince, Ansaf Ouazzani cache bien une forte personnalité. Cette native de la ville de Fès, s'est établie à Paris il y a dix-huit ans. Elle y a suivi des études de langues - anglais et espagnol - avant d'entreprendre des recherches d

«Ma poésie est un combat» lance la poète Ansaf Ouazzani
Le parcours artistique de Ansaf commence, cependant bien avant son déplacement à l'étranger. Ses premiers essais poétiques remontent, en effet, à son enfance. Plus tard, plusieurs de ses poèmes ont été sélectionnés par de prestigieuses publications françaises telles que la Revue Bacchanales (publication de la Maison de la poésie Rhône-Alpes) ou Les cahiers de la poésie. «Fragments d'errances» (éd. Le Carbet, septembre 2002) est son premier recueil où elle regroupe des poèmes d'une grande sensibilité. Invitée de l'Association « Al Khaïma », elle s'est prêtée à cœur joie à l'exercice de la lecture publique. Samedi dans la soirée, elle a gratifié le public du complexe culturel du Mâarif, d'un moment poétique exceptionnel, où le verbe engagé était à l'honneur.
Entretien avec une poètesse pour qui l'écriture doit être une provocation, une incitation à la critique…

C'est la deuxième fois que vous vous prêtez à l'exercice de la lecture publique de vos poèmes au Maroc. Dans quel esprit s'inscrit votre participation à cette soirée ?
Ayant déjà entendu parler du projet de l'association « Al Khaima » avant qu'elle ne soit créée, j'ai encouragé fortement cette initiative qui vise à promouvoir la création et la culture dans un esprit d'ouverture, incluant un dialogue entre les deux rives de la Méditerranée. Par ailleurs, je pense que leur autre intérêt qui se porte sur le développement économique et social, notamment dans des régions rurales les plus déshéritées, est crucial. Je me sens quelque part concernée et c'est pourquoi j'ai répondu présente à l'invitation des organisateurs.
Vous avez publié plusieurs poèmes avant de sortir votre premier recueil. Comment présentez-vous votre expérience créatrice ?
Tout d'abord, mon écriture est issue de l'observation de la vie. Elle n'est que le reflet de ce qui est et de ce que beaucoup ressentent. Et là, le «je» n'est pas forcément un «je» personnel, c'est plutôt un «nous». Pour ce qui est des thèmes, je parle de tout ce que chaque humain peut ressentir, en passant par l'exil, le doute intérieur, la liberté exigée et revendiquée… Ma poésie est un regard sur la société. C'est aussi une lutte contre l'oubli, l'usurpation de la vérité et un espoir qui doit s'imposer.
Je m'inscris donc dans un combat qui dépasse ma propre personne, un combat ouvert et qui doit dépasser toutes les idées reçues et préconçues.
« Je suis la remise en question »
« Je suis poème »*.
On perçoit clairement, dans vos écrits, une volonté déclarée de dénonciation. La poésie a-t-elle encore ce pouvoir de régulation des rapports sociaux, notamment à une époque où le matériel prend le pas sur les valeurs ?
Pour moi, l'écriture doit être une provocation dérangeante, une incitation à la critique. À quoi bon écrire si nous ne sommes pas «révoltés». La poésie comme la révolte ne s'élabore pas sur commande. Elle n'est pas faite uniquement pour décrire un sentiment amoureux ou la beauté d'un paysage. N'oublions pas le rôle ancestral qu'ont joué les poètes dans les différentes civilisations. N'ont-ils pas été les premiers dénonciateurs, les premiers révélateurs ?… Une conscience toujours en alerte !
Quel sentiment la lecture de vos poèmes devant le public marocain a-t-elle suscité chez-vous ?
J'ai fortement apprécié la qualité d'écoute du public ainsi que sa diversité. Les réactions que n'ont pas manqué de susciter les vers, m'ont prouvé à quel point le public présent reste attaché à la culture poétique. Car, en effet, celle-ci demeure pour moi une forme d'expression majeure quelle que soit la langue à travers laquelle elle est véhiculée.

Si c'était à refaire ?
Avec plaisir et surtout… du fond du cœur.
* - extrait de « Fragments d'errances »)
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